La Russie n’a plus aucun point commun avec l’Europe

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Auteur : Artemy Troitsky, journaliste
pour Novaya Gazeta

C’est une grande déception, mais il semble que la Russie ne soit pas Européenne. Pas telle que nous la voudrions, en tout cas.

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Logiques médiatiques et conflits oubliés

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Arthur Kholiavyn est un expert letton dans le domaine des relations
internationales. Il explique que de nombreux conflits sanglants ont 
lieu partout dans le monde, mais restent oubliés par les journalistes.

L’on peut actuellement compter quarante-trois conflits armés dans le monde. Pourtant, la plupart d’entre eux ont été véritablement invisibles aux yeux des médias.

1404726767_d181d0bcd0b8Généralement, la guerre fait partie des thèmes les plus importants pour les médias. D’une part, car elle participe à la formation de l’opinion publique (sentiment patriotique, dons à des fondations, etc.).  De l’autre, le traitement médiatique de la guerre, aussi cynique que cela puisse paraître, constitue une partie de l’industrie du divertissement. Mais ce n’est pas nouveau : les éléments tels que la violence, la destruction, la redistribution du pouvoir, font partie intégrante de la société et de la nature humaine. Vous vous amusez à tirer sur tout ce qui bouge dans votre jeu vidéo préféré, et puis un jour, ça arrive vraiment. Mais avec un peu de chance, ce n’est pas chez vous que ça se passe, et vous serez bien protégé par votre « armure idéologique » qu’est votre écran de télévision.

Lorsqu’un conflit armé survient, le phénomène suivant survient systématiquement : les citoyens du monde entier s’insurgent devant leur ordinateur, faisant part de leurs émotions et faisant mine de connaître par cœur les enjeux du pays concerné alors que souvent, ils en connaissaient à peine l’existence la veille.

En réalité, ils se basent la plupart du temps uniquement sur les éléments ce que les médias leurs servent. Or, aujourd’hui, la méthode de sélection des informations par les médias n’a plus de secret pour personne. Il s’agit d’un mécanisme auto-reproducteur qui pousse les journalistes à nous parler pendant des heures des attentats au Pakistan mais en omettant totalement de nous informer sur les attentats aux Kiribati. Conclusion : aussi populaire et global soit le thème de la guerre, il peut ne pas atteindre le public.

Essayez donc de vous remémorer les conflits armés de cette année. Il y en a eu quarante-trois, dont neuf ayant fait plus de 1000 victimes; ce qui est, selon ​​la méthodologie de la base de données d’Uppsala Conflict, considéré comme une guerre.

Commençons par les guerres. Tout le monde sait que quelque chose se passe en l’Afghanistan, en Irak, en Somalie et en SyrieCertes, ce sont  les épisodes les plus sanglants de la guerre avec les islamistes dans les zones frontalières du Pakistan avec l’Afghanistan, et les attaques contre les chrétiens au Nigeria organisées par les islamistes qui  attirent le plus l’attention. Mais si l’on raisonne en terme de victimes, la deuxième guerre en 2013 fut celle des cartels de la drogue et du gouvernement mexicain  avec près de 12 000 personnes concernées, un nombre total de victimes et plus d’un demi-million forcés de quitter leur maison. Pourtant, en avez-vous entendu parler ? 

Dans la ville de La Barca, soixante-sept personnes ont été tuées en novembre dernier. L’année de l’investiture du président mexicain Enrico Peña Nieto, plus d’un demi-million de personnes ont été officiellement enlevées. Le nombre de soldats morts se compte par centaines, les policiers par milliers et les membres de cartels par dizaine de milliers. Le nombre d’enfants tués a dépassé le millier. La zone concernée par la guerre s’étend au moins sur sept États, ce qui équivaut à la taille de la France.

La guerre du sud-Soudan est un autre exemple de guerre « méconnue ». Si la couverture médiatique des conflits transfrontaliers sur les champs de pétrole dans la partie nord de l’État précédemment unifié a largement baissé, il semblerait que le conflit ethnique interne naissant ne soit pas digne d’intérêt du tout. Pendant ce temps, a débuté un conflit entre les Nuer et les Dinka, après que le leader de l’opposition ne soit pas venu au Conseil de libération nationale, où dix mille personnes étaient présentes. L’Ouganda est intervenu dans le conflit, et les citoyens des pays occidentaux ont quitté le pays sous le couvert des forces spéciales américaines. Cela rappelle un fameux conflit qui en 1994, a abouti à un des génocide les plus sanglant de l’histoire humaine. Dans ce pays potentiellement riche (avec ses réserves pétrolières), le spectre de la faim et de la crise humanitaire a commencé, avec notamment une épidémie de choléra.

En ce qui concerne le conflit centrafricain entre les groupes du gouvernement et les rebelles de la Séléka, il a lui bénéficié de l’attention des organisations internationales, mais pas les médias. L’Union européenne a renforcé ses troupes de maintien de la paix auquel la France a activement contribué. En réalité, le deuxième et le seul pays membre ayant réellement participé s’est avéré être … l’Estonie.

L’envoi de troupes de la part des gouvernements espagnols, finlandais, lettons, luxembourgeois, néerlandais et polonais n’est que récent. L’Union africaine a engagé sa mission, ainsi que des pays qui ne font pas partie d’aucune union quelle qu’elle soit. Ainsi, la Géorgie a envoyé son contingent limité, puis la la Russie, la Croatie et l’Albanie qui ont signé un accord de participation après la première phase de la guerre civile. Si les pays des Balkans peuvent saisir cette occasion pour réaffirmer leur intégration euro-atlantique, la Russie, elle, peut utiliser cet accord dans les négociations d’autres problèmes graves dans les relations avec l’UE.

Le degré d’intérêt porté à un conflit par les médias et la société dépend du nombre de victimes, de l’intensité et de la durée des affrontements, mais aussi et surtout du pays auquel appartiennent les médias en question.

Si ni la géopolitique, ni la politique, ni l’idéologie ni des valeurs spécifiques de la société n’est menacé, alors un citoyen lambda risque de ne pas être au courant d’un grave conflit à l’autre bout du monde. Cependant, notre époque nous a doté de l’outil merveilleux qu’est Internet, et il permet à quiconque le possédant de connaître le monde dans son ensemble et de s’informer par soi-même.

Source : Ridus

Traduction : Célia Mascré

Pourquoi l’Union eurasienne ne sera jamais l’Union européenne

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Nargis Kassenova est la Directrice du Centre d'étude d'Asie centrale du
KIMEP (Institut de management, d'économie et de prévision du Kazakhstan)

Contrairement à ce que beaucoup ont envie de croire, l’Union euriasiatique se différencie de l’Union Européenne, par bien des aspects. Cette dernière a certes été une source d’inspiration et un modèle pour la création de l’Union économique eurasienne, mais malgré certaines similitudes extérieures, ces deux projets d’intégration détiennent cinq différences fondamentales.

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Tout d’abord, ils diffèrent par la nature de leur volonté politique. L’intégration, de manière générale, implique de déléguer une partie de sa souveraineté à une entité supra-nationale, ce qui provoque systématiquement des questionnements internes et complexes pour n’importe quel État. Dans le cas de l’UE, cette déléguation s’est effectuée vers des élites politiques et des businessman, et l’enjeu de l’Union était la sécurité, le développement du commerce et le maintien de la position des européens dans la politique globale.

En ce qui concerne l’Union eurasienne, les pouvoirs resteront concentrés entre les mains des chefs d’États de ses membres : la Russie, le Kazakhstan, et la Biélorussie. Chaque acteur détient une motivation très personnelle, et est intéressé seulement par sa propre politique de sécurité nationale.

En quelque sorte, dans l’espace eurasien, le concept de souveraineté est revenu à sa valeur d’origine de la puissance souveraine. D’un côté, cet état de fait a ses avantages : les décisions importantes peuvent être adoptées et mises en œuvre rapidement, car il n’y a pas de multitude d’acteurs et d’intérêts à prendre en compte. De l’autre, l’avenir du projet se perd dans les diverses lignes de la politique des dirigeants actuels. On le sait, là où le pouvoir n’est pas centralisé, les projets ont du mal à se concrétiser (comme en Ukraine ou au Kirighizistan)

L’exemple de l’Ukraine, justement, illustre bien la deuxième différence au niveau de la participation volontaire dans le projet et les formes de pression qui peuvent être livrées dans le processus de promotion de l’intégration. L’intégration européenne, elle, est volontaire. Elle a été accompagnée et suivie d’un jeu politique complexe, avec des outils de politiques contraignantes efficaces. C’est ainsi que la France et l’ Allemagne ont pu pousser le Royaume-Uni à la signature de l’Acte unique européen de 1986 , qui a conduit à la création du marché unique.

Dans le cas de l’Union Eurasienne, c’est l’inverse : on utilise plutôt la carotte (au lieu du bâton) pour « pousser » les États à rejoindre l’Union.

Lorsque l’Ukraine a manifesté sa volonté de rapprochement avec l’Union Européenne, cette dernière s’est empressée de lui mettre sous le nez des avertissements concernant les graves conséquences économiques de ses décisions, la hausse du prix du gaz, et autres types de chantage contre une aide financière.

Lorsque finalement, il a été décidé de ne pas signer cet accord, Ianoukovitch a dû faire face à une vague de colère populaire, et l’Ukraine a été punie par la perte de la Crimée.

La conclusion qu’ont tiré les participants et les candidats au projet, n’est autre que « vous ne voulez pas vous intégrer, alors vous pouvez tout à fait vous passer d’un morceau de votre territoire ». En ce sens, il est impossible d’imaginer que Berlin ou Paris, facilite l’indépendance de l’Écosse par rapport au Royaume-Uni dans le cas d’une sortie récente de l’UE. Au contraire, la force de l’UE consiste à réduire le nombre de candidats à l’adhésion, en élaborant des formes alternatives pour le développement de la coopération et de la coordination.

La troisième différence réside dans le degré d’équilibre – à la fois économique et politique – des composantes du projet d’intégration. Le projet européen a commencé avec l’union de trois grandes économies (Allemagne, France et Italie), deux petites (Pays-Bas et Belgique) et une micro (Luxembourg). La plus grande économie, l’Allemagne de l’Ouest, pesait pour environ 40% du PIB total. Cet alignement de forces a permis de réduire la peur de la domination d’un pays et d’une économie sur les autres membres de l’association.

Dans l’Union Eurasienne, il y a une évidente domination de l’économie russe qui représentant 88% du PIB total de l’union en 2010, lors de la naissance de celle-ci.

Avec un tel déséquilibre, il est presque impossible de parvenir à un véritable système de contrôle. D’autant plus que Moscou, magnanime, s’est réservé le droit de décider du système de vote et de quotas. Ainsi, bien qu’au Conseil de la Commission économique eurasienne, qui est un organe exécutif supranational, les pays membres aient le même nombre de membres et de votes, les départements qui le servent sont en grande partie recrutés parmi les citoyens de Russie, dont le quota est de 84 %, tandis qu’il est de 10% pour le Kazakhstan et de 6% pour la Biélorussie. L’adhésion du Kirghizistan et de l’Arménie n’a pas changé la situation de manière significative. Cette asymétrie est aggravée par la dépendance politique des petits États vis-à-vis de la Russie. Le Kazakhstan et la Biélorussie (et bientôt, l’Arménie et le Kirghizistan) ne peuvent pas toujours dire «non».

Dans le même temps, l’économie russe, même si elle est dominante, ne peut pas être classée parmi les plus stables. Sa vulnérabilité liée à la volatilité des prix du pétrole, du gaz, et des métaux rend le Kazakhstan est encore plus vulnérable, et l’adoption de règlements et normes communes avec la Russie via l’UEE n’est probablement pas la meilleure voie pour les trente économies les plus compétitives. Désormais, quand la Russie se brouille avec l’Occident, les perspectives de nouvelles associations risquent d’être limitées.

Le rôle spécial de la Russie nous amène à la quatrième différence, que l’on appellera la « personnalisation du dirigeant » – au sens de pays dirigeant – ou la « locomotive de l’intégration ». L’intégration européenne a été très positive pour la reconstruction de l’Allemagne en général – après la seconde guerre mondiale, ndt. Cette incorporation de l’Allemagne à travers une Europe unie aura permis la fin des peurs traditionnelles des pays voisins. Dans notre situation – celle de l’union Eurasiatique, ndt, l’intégration est la démonstration du pouvoir montant et de l’autonomie – vis-à-vis de l’extérieur, notamment de l’UE – de la Russie. Même si l’Allemagne a un rôle premier dans l’UE, elle promeut l’Union Européenne tandis que l’intégration dans l’Union Eurasiatique n’a pour objectif principal que la promotion de Moscou et de la Russie.

L’Allemagne d’après-guerre est devenue un pays libéral et démocratique, présentant ses excuses à ses voisins et au monde. La Russie post-soviétique intervient militairement dans les affaires de ses voisins proches, ne les considérant pas comme pleinement souverain et se préoccupant peu de leurs intérêts.

Cette politique étrangère russe de domination à court terme (pouvant être assimilée au realpolitik) constitue le cinquième élément de différente avec l’UE. Le projet européen est fondé sur une base juridique solide et le respect des droits de l’homme. Ces valeurs déterminent l’identité et de consolider la communauté européenne.

Le projet eurasien n’est pas fondé sur de telles valeurs. Les accords signés ne sont pas respectés : c’est typique de l’espace post-soviétique. L’ajustement des lois en fonction des besoins, au moment voulu, fait obstacle à une intégration qui serait basée sur un cadre juridique strict. La violation du mémorandum de Budapest (1994), dans lequel la Russie donne des garanties de sécurité territoriale à l’Ukraine, a démontré à quel point les accords, au sein de l’espace post-soviétique, peuvent être totalement ignorés, (tout comme revendiqués !) – si besoin.

Ainsi, l’intégration eurasienne a très peu en commun avec le modèle européen. Ces deux projets ont des motivations différentes, une structure et un degré de stabilité différent.

Traduction : Célia Mascré

L’azerbaïdjan et le Conseil de l’Europe : une crise de légitimité

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Vugar Gojayev est un militant azerbaïdjanais pour les droits de l'Homme.
Anciennement à la tête de l'International Crisis Group pour l'Azerbaïdjan, 
il représente actuellement son pays au siège de Human Right Watch.

Le 14 mai marque une nouvelle étape dans le paradoxe européen. L’Azerbaïdjan, pays dirigé par un gouvernement autoritaire ayant, ces dernières années, particulièrement réprimé la liberté de presse et muselé la liberté d’expression, prend la présidence de l’assemblée du Comité des ministres du Conseil de l’Europe, organe de décision de l’Organisation.

Ilham Aliyev et Herman Von Rompuy

Ilham Aliyev et Herman Von Rompuy

N’oublions pas que le Conseil de l’Europe est supposé être une Organisation dévouée à la promotion des droits humains et de la démocratie. Il est aberrant qu’un pays ayant un tel dédain pour les valeurs européennes fondamentales en dirige maintenant le Conseil.

L’Azerbaïdjan a été admis en janvier 2001, et ce malgré une excellente documentation sur les lacunes démocratiques de ce pays. À ce moment là, on espérait que l’adhésion au Conseil de l’Europe (CdE) aurait une influence positive sur Bakou, mettant les dirigeants azerbaïdjanais sous pression pour ouvrir le système. C’est pourtant l’inverse qui s’est produit : durant la dernière décennie, la démocratie a encore décliné de manière régulière et l’Azerbaïdjan se retrouve régulièrement en fin de liste des classements mondiaux concernant les libertés politiques, la corruption et les abus de droits.

L’aspect le plus exaspérant quant à cette présidence est que ce pays a échoué à remplir la majorité des critères d’adhésion au CdE. Ces critères obligent l’Azerbaïdjan à, entre autres, libérer ou rejuger les prisonnier politiques identifiés par les Organisations des droits de l’Homme, garantir la liberté d’expression et d’indépendance des médias, et amender les réglementations concernant les procédures d’appels.

Pratiquement aucune des réformes promises en 2001 ne s’est matérialisée et on assiste clairement à un déclin des droits civiques et politiques. Pour faire taire les critiques à propos du gouvernement, les autorités azerbaïdjanaises emploient la technique de la « porte tournante » à savoir : les victimes de harcèlement sont arrêtées puis relâchées, puis ré-arrêtées très peu après. Juste l’année dernière, les autorités azerbaïdjanaises ont arrêté des douzaines de hauts-membres de l’opposition politique, des défenseurs des droits de l’Homme, des jeunes activistes et journalistes en se basant sur des accusations montées de toute pièce ou sur des accusations politiques. Les élections sont truquées, la corruption est rampante, et le système judiciaire est complètement affilié à la branche exécutive.

La présidence de l’assemblée des ministres du CdE, organe en charge d’évaluer les progrès azerbaïdjanais à propos des critères d’entré dans le CdE à produit huit rapports concernant l’Azerbaïdjan depuis son adhésion. Tous ont montré les échecs et les violations sans fin des droits humains. Dans un rapport récent, Nils Muizniek, le commissaire au droit de l’homme du Conseil de l’Europe a exprimé ses inquiétudes à propos « des apparentes intensifications des poursuites criminelles injustifiées visant les personnes au point de vue dissidents, incluant les journalistes, les blogueurs et les activistes ». Parmi ces critiques, l’on peut ajouter les restrictions concernant la liberté d’expression, de rassemblement, d’association et les droits de propriété.

Aujourd’hui, en Azerbaïdjan, beaucoup se demandent quel est le rôle de l’organisation Européenne dans la transition démocratique. Ils se demandent comment, au vu des agissements évidents de leur gouvernement concernant les droits humains, leur État peut continuer d’être un membre du Conseil de l’Europe dont le seul rôle est d’assurer la protection des droits humains et de demander des comptes au gouvernement lorsqu’ils sont violés.

La répression azerbaïdjanaise sur les militants de la société civile a été faite au vu et au su du Conseil de l’Europe. Le Conseil a choisi de détourner les yeux de ces violations. Certes, des déclarations sévères ont été faites à de nombreuses reprises, mais aucun acte de fond n’a suivi. Il a soutenu l’administration du président Ilham Aliyev alors qu’il durcissait sa poigne autoritaire sur la société et la politique.

Bakou utilise son appartenance au Conseil de l’Europe comme un badge de légitimité. Il ne devrait pas être autorisé à se réclamer encore de ce Conseil, à moins de démontrer une réelle volonté à la démocratisation, et encore moins alors qu’il continue de violer les principes sur lesquels a été construit le Conseil de l’Europe.

Pour regagner sa crédibilité au yeux des Azerbaïdjanais, tout autant qu’aux yeux des autres, le conseil de l’Europe ne devrait pas seulement devenir plus audible à propos de l’absence de démocratisation de Bakou mais devrait aussi adopter de réelles sanctions afin que Aliyev et son gouvernement change de chemin. Les autorités à Bakou devraient être forcées de comprendre que leurs efforts pour éliminer toute critique gouvernementale ne sont pas acceptables dans une démocratie moderne.

La présidence de l’assemblée du Comité des ministres du Conseil de l’Europe offre des opportunités d’exercer des pressions sur Bakou. L’Organisation devrait inclure dans son dialogue avec l’Azerbaïdjan la nécessité de libérer immédiatement ceux qui croupissent en cellule sur des motivations politiques et que les droits quasi-inexistants soient réellement transformés pour ceux qui souffrent des persécutions des mains du gouvernement azerbaïdjanais.

Source : Eurasianet

Traduction : @Ligouchka

Ukraine : au-delà du manichéisme médiatique ambiant

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Jack Matlock a été ambassadeur des États-Unis en URSS de 1987 à 1991, il 
est spécialiste des affaires soviétiques pendant les années les plus
tumultueuses de la guerre froide
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De gauche à droite : Vladimir klitschko, John Kerry, Arseni Iatsenouk

Avec toutes les nouvelles qui viennent d’Ukraine, de Moscou, de Washington et des capitales européennes, les accusations mutuelles, les spéculations réflexes, et l’hystérie langagière de certains observateurs énonçant qu’on est au bord de l’apocalypse, il est difficile de garder en tête ce qu’impliquent, sur le long terme, les événements actuels. Je crois néanmoins que personne ne peut comprendre les possibles implications sans avoir en tête les facteurs historiques, géographiques, politiques, et psychologiques en jeux dans ces événements dramatiques. Le point de vue de la plupart des médias, qu’ils soient occidentaux ou russes, ne semble être que qu’un coté ou l’autre va « perdre » ou « gagner » l’Ukraine.

Selon moi, c’est une erreur fondamentale. Si j’étais ukrainien, je me plairais à citer cette réplique universelle de Pogo, personnage de la BD de Walt Kelly : « Nous avons rencontré notre ennemi, c’est nous même ». Le fait est que l’Ukraine est un État mais pas encore une nation. En plus de 22 ans d’indépendance, elle n’a pas encore trouvé de dirigeant qui puisse unir ses citoyens dans un concept partagé d’identité ukrainienne. Oui, la Russie a commis des ingérences en Ukraine, mais ce ne sont pas ces dernières qui ont crée la désunion en Ukraine. C’est plutôt l’étrange manière dont le pays a été construit, avec des régions parfois incompatibles entre elles. À ce défaut de conception de l’Ukraine indépendante, l’on doit ajouter le funeste héritage du Soviétisme communiste que la Russie et l’Ukraine ont en commun.

La seconde erreur que font les gens est de croire que lorsqu’un certain gouvernement adopte une certaine politique c’est dans le réel intérêt de ce pays. Dans les faits, la politique est faite dans l’émotion par des dirigeants qui se sentent personnellement provoqués par des concurrent. Cette politique a plus de chance d’être contre-productive que de soutenir le véritable intérêt du pays. Les dirigeants politiques ne sont pas des ordinateurs pesant le pour et le contre, ou bien les risques et les gains d’une manière objective. Ce sont des humains dotés de leurs part d’imperfection humaine, comprenant notamment la vanité, l’orgueil, et la nécessité de maintenir les apparences quelle que soit la réalité.

Quelques fondamentaux :

1. Le territoire actuel de l’État ukrainien a été assemblé non par les ukrainiens eux-même mais par des étrangers, et il tire les racines de sa forme actuelle suite à la fin de la seconde guerre mondiale. Penser qu’il s’agit d’un territoire traditionnel ou d’un tout primordial est absurde. Cela s’applique d’autant plus aux deux plus récentes additions au territoire de l’Ukraine que sont certaines portions de la Pologne ou de la Tchécoslovaquie de l’entre deux guerre annexés par Staline à la fin de la seconde guerre mondiale et la Crimée largement russophone qui a été transférée de la République Socialiste Fédérale de Russie bien après la guerre quand Nikita Krouchtchev contrôlait le parti communiste de l’Union Soviétique. Puisque toutes les parties de l’URSS étaient contrôlées depuis Moscou, à cette époque cela ne semblait qu’être une question administrative et n’était pas réellement important dans les faits (d’ailleurs, la ville de Sébastopol, quartier général de la flotte de la mer Noire, était directement soumise à Moscou et non à Kiev). Jusqu’à cette donation par Krouchtchev, la Crimée a été considérée comme partie intégrante de la Russie depuis la conquête au 18ème siècle par Catherine la Grande.

2. Le regroupement de personnes qui ont une différence d’histoire, d’expérience, de confort, de langue (même si assez proches) aussi frappante explique la division actuelle de l’Ukraine. Cette division n’est pourtant pas aussi frappante que ce qu’elle a été par exemple entre les Tchèques et les Slovaques qui ont divorcé de manière plutôt civilisée et pratique. Si d’une part, on peut grouper la Galicie et les provinces de l’Ouest et d’autre part le Don et la Crimée dans le Sud et l’Est, les régions entre les deux sont composées de mélange de tradition de part et d’autre. Il n’y pas de ligne de division claire et Kiev peut être réclamée par chacune des parties du pays.

3. À cause de son histoire, de sa situation géographique, et des liens à la fois économiques et naturels, il n’y a aucune chance que l’Ukraine devienne prospère, ou unie sans une relation amicale (ou au minimum une relation neutre) avec la Russie.

4. La Russie, comme n’importe quel pays, est extrêmement sensible à propos des activités militaires aux niveau de ses frontières. Elle a répété de manière récurrente qu’elle arrêterait à n’importe quel prix l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN (dans les faits, la grande majorité des Ukrainiens sont contre cette adhésion). Toutefois, l’adjonction de l’Ukraine à l’OTAN était un objectif avoué de l’administration Bush-Cheney et n’a pas été formellement exclue par l’administration Obama.

5. Un dirigeant russe avisé pourrait tolérer une Ukraine qui modernise à la fois son système politique et économique avec l’Union Européenne tant que (1) cette association n’a pas de base anti-russe, (2) que les citoyen ukrainien russophones ont des garanties sociales, économiques et linguistiques égales à celles des autres ukrainiens et (3) surtout que cette intégration économique progressive avec l’Europe ne conduise pas l’Ukraine à devenir un membre de l’OTAN.

6. Jusqu’à présent, les nationalistes ukrainiens de l’Ouest n’ont voulu concéder aucune de ces conditions, et les États Unis ont, par leurs politiques, encouragé ou fermé les yeux sur les attitudes et la politique qui ont fait d’eux des ennemis de Moscou. Cela peut sembler injuste mais c’est un fait.

Où tout cela nous mène-t-il ? Quelques pensées :

A. C’était une erreur globale qu’ont commises toutes les parties, à la fois en Ukraine et en dehors de l’Ukraine que de traiter cette crise comme une compétition pour le contrôle de l’Ukraine.

B. La « mise en garde » d’Obama à Poutine était mal-avisée (pour ne pas dire stupide). Quoi qu’il en soit, le léger espoir que Moscou évite une intervention militaire en Ukraine a disparu lorsqu’Obama lui a jeté un gant au visage et l’a défié de le faire. Ce n’était pas seulement une erreur de jugement politique, mais aussi un échec de compréhension de la psychologie humaine – à moins, bien sur, qu’en fait il ait voulu une intervention russe, ce qui est difficile à croire.

C. Les intentions russes ne sont pas encore très claires pour le moment (du moins, pour moi). Je ne pense pas qu’il soit dans l’intérêt de la Russie de séparer l’Ukraine en deux, néanmoins ils pourraient vouloir détacher la Crimée de l’Ukraine (s’ils le font, ils auront probablement l’accord de la majorité des résidents de Crimée). Ils ont peut-être simplement envie de soutenir leurs frères/amis de l’Est Ukrainien en négociation avec le nouveau pouvoir. Dans tous les cas, ils démontrent que les États-Unis n’ont pas de pouvoir dissuasif sur ce qu’ils considèrent être nécessaire pour sécuriser leurs intérêts dans leurs voisinage.

D. L’Ukraine est déjà divisée de facto, avec différent groupes aux commandes de différentes régions. Pour qu’il y ai un espoir de réunification, une coopération est nécessaire entre toutes les parties par la formation d’une coalition qui soit acceptable à minima par la Russie et les régions Russophones d’Ukraine de l’Est et du Sud. Une fédération avec des gouverneurs élus localement et non-nommé par le gagnant des élections nationales serait essentiel. De plus, une réelle autonomie pour la Crimée est nécessaire.

E. De nombreuses questions importantes restent en suspens. On énonce souvent le principe de l’intégrité territoriale, mais ce n’est pas le seul principe à observer. Les Russes diront de manière assez juste que les États-Unis sont intéressés par l’intégrité territoriale uniquement lorsque cela sert leurs intérêts. Les gouvernements américains ont tendance à omettre ce principe lorsque l’OTAN et ses alliés violent l’intégrité territoriale Serbe en créant et en reconnaissant un Kosovo indépendant. De même lorsqu’ils supportent la séparation du Sud-Soudan du Soudan, de l’Érythrée de l’Éthiopie et du Timor Oriental de l’Indonésie.

Si on parle de violation de la souveraineté, la Russie pourra répondre que les USA ont envahis Panama pour arrêter Noriega, envahis Grenade pour empêcher une prise d’otage de citoyen américains (même s’ils n’avaient pas été pris en otage), envahis l’Irak sur des suppositions de possession par Saddam Hussein d’armes de destruction massive (qu’ils n’ont jamais trouvé), tuent des personnes dans d’autres pays avec des drones, etc. En d’autre termes, si les États-unis veulent parler de « souveraineté et de préservation d’intégrité territoriale » à la Russie, peut-être devraient-ils songer à respecter les règles qu’ils souhaitent imposer aux autres.

JackMatlock.com

Invasion de la Crimée : une erreur économique et stratégique pour la Russie

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Auteur : Mark Adomanis, spécialiste de l'économie russe

L’invasion de la Crimée pourrait constituer la pire erreur de la politique étrangère russe à l’échelle de toute une génération.

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La dernière fois que j’ai écrit sur la Crimée, ce qui s’y passait n’était pas encore très clair. Il semblait que les Russes avaient décidé d’intervenir, mais ils continuaient à nier en bloc toute implication et les différents rapports, autres que ceux de Sébastopol (où la Russie avait déjà environ 15 000 troupes stationnées) et Simferopol (capitale régionale), étaient confus et contradictoires. Actuellement, il n’y a pas l’ombre d’un doute : dans une campagne qui a toutes les caractéristiques de sa doctrine militaire, la Russie a déployé des milliers de soldats sur le territoire souverain d’Ukraine. Les troupes russes, qui ne prétendent même pas agir selon un accord passé (comme à l’époque du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, ndt), ont dimanche matin désarmé le peu de personnel militaire ukrainien implanté dans la péninsule. En bloquant les points d’accès routier et en prenant le contrôle du peu d’infrastructures locales, les troupes Russes ont coupé la Crimée du reste du monde. Il n’y a aucune exagération à dire que la Russie a envahit et annexé la Crimée.

La gravité de la situation dépend d’un grand nombre de variables, dont la plus importante est celle des intentions la Russie. À l’heure actuelle, impossible de savoir si la Russie entend simplement punir la Crimée pour le renversement de Viktor Ianoukovitch ou si elle a l’intention de mener une campagne beaucoup plus vaste (et beaucoup plus dangereuse) pour renverser et remplacer le nouveau gouvernement ukrainien. Aucun des deux scénarios n’est justifié, et toute tentative russe de récupérer de force la Crimée violerait toute une série de lois et de traités internationaux. Mais l’existence de nombreux « conflits gelés » dans l’espace post-soviétique montre que la vie peut continuer après la création d’une enclave pro-russe. Mais si l’objectif réel de la Russie est un changement de régime, l’autorisation du Parlement russe à un recours à la force était si vaguement énoncé qu’il pourrait justifier n’importe quel type d’action, et nous pourrions prochainement voir une guerre ouverte éclater au sein de l’Europe pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Cependant, même en imaginant le moins pire des sénarios, à savoir que la Crimée devienne une enclave russe sur le modèle de l’Abkhazie ou la Transnistrie, (ce qui, serait malgré tout très mauvais!), la Russie a commis une grosse erreur de calcul qui pourrait empoisonner ses relations avec l’Europe et les Etats-Unis pour une décennie. Contrairement à 2008, lorsque les Géorgiens ont donné un semblant de justification à l’intervention russe en Ossétie du sud en tirant les premiers, rien de ce qui est arrivé en Crimée ou n’importe où ailleurs en Ukraine ne ressemble, même de loin, à une juste cause. L’intervention russe en Crimée est une tentative flagrante d’utiliser la force militaire pour influencer la politique d’un autre pays, et elle sera considérée comme telle par tout le monde en Europe et aux États-Unis. Il n’y a pas beaucoup de groupes à l’Ouest qui soit incliné vers de meilleures relations avec la Russie, et même si elle détient un certain soutien dans les milieux d’affaires et diplomatiques, les rares qui existent seront complètement marginalisés et discrédités. La dynamique des sanctions et des peines complémentaires augmentera, et personne aux États-Unis ou en Europe n’osera s’y opposer tout simplement parce qu’ils ne voudront pas être considérés comme « ceux qui ont soutenu l’agression russe ». Donc, pour résumer, le petit nombre de sympatisants de la Russie en Occident sera réduit à néant et ses relations avec l’Europe et les USA se détérioreront au pire niveau depuis Gorbatchev.

Et ce ne sont que les coûts diplomatiques. Les répercutions économiques de la Russie seront également sévère. La bourse de Moscou va se faire absolument assommer quand elle ouvrira ses portes demain, et de nombreux investisseurs étrangers vont décamper aussi vite qu’ils le peuvent. Selon la gravité de la situation en Ukraine, le système financier russe pourrait stagner. C’est la façon dont le monde fonctionne : les investisseurs réagissent souvent de façon excessive à des événements politiques. L’économie de la Russie a déjà été ralentie depuis plusieurs trimestres, et la dernière chose dont elle a besoin en ce moment est une énorme accélération de la fuite des capitaux. Le rouble va également souffrir, et même si sa dévalorisation pourrait se traduire positivement pour les fabricants nationaux à court terme, elle est plutôt susceptible de déclencher l’inflation, voire pousser la Banque centrale à relever ses taux d’intérêt.

La Russie va «réussir» –  dans le sens le plus étroit – à gérer la Crimée et, peut-être, d’autres parties de l’Est de l’Ukraine. Mais d’un point de vue stratégique, son intervention en Ukraine serait un désastre : cela aurait pour conséquence d’affaiblir sérieusement une économie déjà en bégaiement et empoisonnera les relations avec un grand nombre de pays avec lesquels la Russie a besoin d’avoir des relations de travail productives. Si la Russie pourrait s’avérer capable d’influencer en toute confiance ses « étrangers proches », certains agissement pourraient constituer une erreur aux proportions historiques.

Source : Forbes

La Russie dans la crise ukrainienne : qu’en pensent les Russes ?

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Selon la population russe interrogée début février, la Russie ne devait pas intervenir dans le conflit politique interne ayant lieu en Ukraine. La plupart des Russes pensaient alors également qu’un scnéario similaire en Russie était impossible.

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Selon l’étude du centre panrusse de l’opinion publique (VTsiOM) réalisée entre le 1er et le 2 février, la majorité des Russes (73%) estime que la Russie ne devrait pas intervenir dans le conflit entre le gouvernement et l’opposition en Ukraine, car il s’agit d’une question interne qui ne concerne que la population du pays. Ce point de vue est partagé par des citoyens soutenant le parti LDPR (Parti libéral-démocrate de Russie) (82%), des fonctionnaires (79%), des étudiants (77%), et des résidents des villes de taille moyenne (78%).

Seulement 15 % des répondants pensent que les autorités russes pourraient soutenir les citoyens ukrainiens en arrêtant toutes tentatives illégales de prise de pouvoir. Cette opinion est la plus répandue parmi les affiliés au parti « Russie Juste » (Centre gauche), (30%) et les employés du secteur commercial (20%).

De plus, à en croire les trois quarts des répondants (75%), en Russie, toute manifestation de masse est impossible. Les résidents des mégapoles, ainsi que la population rurales (79%) ne croient effectivement pas à la possibilité d’une telle évolution des choses. En revanche, moscovites et Saint-péterbourgeois n’en sont pas si convaincus (64%). La probabilité de l’arrivée d’une situation semblable à celle de l’Ukraine en Russie est perçue comme plausible par une petite tranche des répondants seulement (15%), et uniquement dans certaines circonstances : que le peuple soit confronté à une extrême pauvreté ou à une grave crise économique prolongée (respectivement, 30% et 25% des 15% précédemment cités). Enfin, la grande majorité des Russes (94%) ne souhaite pas que le scénario ukrainien s’exporte dans leur pays.

Ces sondages ont été menées parmi 1 600 personnes dans 130 villages et 42 régions de Russie. L’erreur statistique ne dépasse pas les 3,4%.

Source : VTsiOM

VTsIOM est le Centre Panrusse d’étude de l’opinion publique. Il existe depuis 1987.