Alliance Pacifique : et la Russie dans tout ça ?

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Après cinq ans de négociations, douze pays, dont le Japon et les États-Unis, ont conclu le 5 octobre un accord de principe pour créer la plus grande zone de libre-échange au monde. Le partenariat transpacifique (TPP) doit maintenant être signé et ratifié par les Parlements des différents pays. Si l’accord est pour les Etats-Unis une manière de mettre de côté la Chine, la Russie se sent elle aussi visée.

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L’azerbaïdjan et le Conseil de l’Europe : une crise de légitimité

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Vugar Gojayev est un militant azerbaïdjanais pour les droits de l'Homme.
Anciennement à la tête de l'International Crisis Group pour l'Azerbaïdjan, 
il représente actuellement son pays au siège de Human Right Watch.

Le 14 mai marque une nouvelle étape dans le paradoxe européen. L’Azerbaïdjan, pays dirigé par un gouvernement autoritaire ayant, ces dernières années, particulièrement réprimé la liberté de presse et muselé la liberté d’expression, prend la présidence de l’assemblée du Comité des ministres du Conseil de l’Europe, organe de décision de l’Organisation.

Ilham Aliyev et Herman Von Rompuy

Ilham Aliyev et Herman Von Rompuy

N’oublions pas que le Conseil de l’Europe est supposé être une Organisation dévouée à la promotion des droits humains et de la démocratie. Il est aberrant qu’un pays ayant un tel dédain pour les valeurs européennes fondamentales en dirige maintenant le Conseil.

L’Azerbaïdjan a été admis en janvier 2001, et ce malgré une excellente documentation sur les lacunes démocratiques de ce pays. À ce moment là, on espérait que l’adhésion au Conseil de l’Europe (CdE) aurait une influence positive sur Bakou, mettant les dirigeants azerbaïdjanais sous pression pour ouvrir le système. C’est pourtant l’inverse qui s’est produit : durant la dernière décennie, la démocratie a encore décliné de manière régulière et l’Azerbaïdjan se retrouve régulièrement en fin de liste des classements mondiaux concernant les libertés politiques, la corruption et les abus de droits.

L’aspect le plus exaspérant quant à cette présidence est que ce pays a échoué à remplir la majorité des critères d’adhésion au CdE. Ces critères obligent l’Azerbaïdjan à, entre autres, libérer ou rejuger les prisonnier politiques identifiés par les Organisations des droits de l’Homme, garantir la liberté d’expression et d’indépendance des médias, et amender les réglementations concernant les procédures d’appels.

Pratiquement aucune des réformes promises en 2001 ne s’est matérialisée et on assiste clairement à un déclin des droits civiques et politiques. Pour faire taire les critiques à propos du gouvernement, les autorités azerbaïdjanaises emploient la technique de la « porte tournante » à savoir : les victimes de harcèlement sont arrêtées puis relâchées, puis ré-arrêtées très peu après. Juste l’année dernière, les autorités azerbaïdjanaises ont arrêté des douzaines de hauts-membres de l’opposition politique, des défenseurs des droits de l’Homme, des jeunes activistes et journalistes en se basant sur des accusations montées de toute pièce ou sur des accusations politiques. Les élections sont truquées, la corruption est rampante, et le système judiciaire est complètement affilié à la branche exécutive.

La présidence de l’assemblée des ministres du CdE, organe en charge d’évaluer les progrès azerbaïdjanais à propos des critères d’entré dans le CdE à produit huit rapports concernant l’Azerbaïdjan depuis son adhésion. Tous ont montré les échecs et les violations sans fin des droits humains. Dans un rapport récent, Nils Muizniek, le commissaire au droit de l’homme du Conseil de l’Europe a exprimé ses inquiétudes à propos « des apparentes intensifications des poursuites criminelles injustifiées visant les personnes au point de vue dissidents, incluant les journalistes, les blogueurs et les activistes ». Parmi ces critiques, l’on peut ajouter les restrictions concernant la liberté d’expression, de rassemblement, d’association et les droits de propriété.

Aujourd’hui, en Azerbaïdjan, beaucoup se demandent quel est le rôle de l’organisation Européenne dans la transition démocratique. Ils se demandent comment, au vu des agissements évidents de leur gouvernement concernant les droits humains, leur État peut continuer d’être un membre du Conseil de l’Europe dont le seul rôle est d’assurer la protection des droits humains et de demander des comptes au gouvernement lorsqu’ils sont violés.

La répression azerbaïdjanaise sur les militants de la société civile a été faite au vu et au su du Conseil de l’Europe. Le Conseil a choisi de détourner les yeux de ces violations. Certes, des déclarations sévères ont été faites à de nombreuses reprises, mais aucun acte de fond n’a suivi. Il a soutenu l’administration du président Ilham Aliyev alors qu’il durcissait sa poigne autoritaire sur la société et la politique.

Bakou utilise son appartenance au Conseil de l’Europe comme un badge de légitimité. Il ne devrait pas être autorisé à se réclamer encore de ce Conseil, à moins de démontrer une réelle volonté à la démocratisation, et encore moins alors qu’il continue de violer les principes sur lesquels a été construit le Conseil de l’Europe.

Pour regagner sa crédibilité au yeux des Azerbaïdjanais, tout autant qu’aux yeux des autres, le conseil de l’Europe ne devrait pas seulement devenir plus audible à propos de l’absence de démocratisation de Bakou mais devrait aussi adopter de réelles sanctions afin que Aliyev et son gouvernement change de chemin. Les autorités à Bakou devraient être forcées de comprendre que leurs efforts pour éliminer toute critique gouvernementale ne sont pas acceptables dans une démocratie moderne.

La présidence de l’assemblée du Comité des ministres du Conseil de l’Europe offre des opportunités d’exercer des pressions sur Bakou. L’Organisation devrait inclure dans son dialogue avec l’Azerbaïdjan la nécessité de libérer immédiatement ceux qui croupissent en cellule sur des motivations politiques et que les droits quasi-inexistants soient réellement transformés pour ceux qui souffrent des persécutions des mains du gouvernement azerbaïdjanais.

Source : Eurasianet

Traduction : @Ligouchka

État des lieux de la crise ukrainienne, facteurs et conséquences

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Petro Porochenko, Président fraîchement élu en Ukraine Crédits : uarisis.org

L’Ukraine, ou l’absence de Nation

L’Ukraine telle qu’on la connaît actuellement est née en 1991, à la chute de l’URSS, et si on peut parler de pays, il n’est pas sur que l’on puisse parler de Nation. Cet état de fait prend ses origines dans l’histoire, la religion et la langue. Historiquement, il a bien existé une Ukraine – même si elle ne se nommait pas comme cela – lorsque Kiev était la principauté la plus puissante et la plus organisée du monde slave (Moscou n’existait même pas alors), mais elle a été détruite par les mongols et ne s’est jamais remise de ses blessures.

Par la suite, les terres de l’actuelle Ukraine ont été divisées entre Europe occidentale et Europe orientale, certaines d’entre elles étaient allemandes, polonaises, tchèques, d’autres Russes, ottomanes, ou encore cosaques. Alors que la majeure partie du territoire était sous domination russe, il existait bel et bien une langue ukrainienne. Mais même à ce moment là, cette langue n’était pas parlée sur tout le territoire de l’actuelle Ukraine.

Ces divisions linguistiques ont encore été accentuées par la domination, voire colonisation, russe. L’Ukraine a donc été divisée en régions parlant des langues comme l’ukrainien, l’allemand etc., et les régions russophones. Toujours pour les mêmes raisons, l’Ukraine est divisée en trois Églises, l’Église Orthodoxe rattachée au patriarcat de Moscou au sud-est, l’Église Orthodoxe du patriarcat de Kiev et l’Église Uniate qui suit les rites orthodoxes mais est rattachée à Rome. Globalement, les ukrainiens russophones sont orthodoxes rattachés au patriarcat de Moscou, tandis que les ukrainiens dont la langue maternelle est l’ukrainien sont plutôt Uniates ou Orthodoxes de Kiev.

Cette différence, que l’on peut donc qualifier de culturelle (une religion différente, une langue différente et parfois une ethnie différente), a des conséquences au niveau du sentiment de nation ukrainienne. S’il peut être très fort dans le nord-ouest, il est au contraire très faible dans la partie sud-est de l’Ukraine. Cet état de fait s’illustre notamment avec une quasi-absence du parti Svoboda dans le sud-est alors que le parti est bien mieux implanté dans le nord-ouest de l’Ukraine.

Quelles sont les conséquences de cette division interne de l’Ukraine ?

Ces divisions sont visibles, dans un premier temps, au niveau électoral : on peut le voir dans cette infographie, les régions russophones et du sud-est ont voté pour le président Ianoukovitch en 2010 (qui, il faut le rappeler, a été élu légalement et en toute transparence selon l’OSCE) tandis que les autres régions ont plutôt voté pour Ioulia Timochenko (BlouT).

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Cartographie : Célia Mascré

Durant les événements du Maïdan, qui ont conduit à la renégociation d’un accord prévoyant un gouvernement d’Union Nationale, le sud n’a pas manifesté d’hostilité aux événements en cours (on aurait par exemple pu imaginer des contre-manifestations dans le sud, voire même dans Kiev). Ils ont en revanche clairement manifesté leur mécontentement lorsque Ianoukovitch, Président pour qui ils avaient en majorité voté de manière légale et démocratique, a été contraint de fuir le pays. Puis, ils ont clairement pris les armes lorsque le Parlement ukrainien a décrété que le russe ne pouvait plus être une langue officielle en Ukraine (alors même que dans ces régions, pour plus de 40% des habitants, le russe est la langue maternelle). Les conséquences directes sont visibles aujourd’hui : rattachement de la Crimée à la Russie après qu’elle en a fait la demande, indépendance du Donbass votée par référendum, etc.

Les conséquences néfastes d’une telle situation

Pour l’Ukraine, cette situation ne peut évidemment pas déboucher sur une situation paisible et les clivages entre Est et Ouest ne peuvent qu’en sortir renforcés. C’est évidemment sans compter le risque, réel, de guerre civile. Hormis ces conséquences politiques, la crise a également un impact économique grave, avec une paralysie de l’économie ukrainienne, l’explosion du prix du gaz, la difficulté de circulation des personnes, des biens et des ressources.

Cette crise a également des conséquences sur les deux voisins directs de l’Ukraine, à savoir la Russie et l’Union Européenne.

Pourquoi la Russie n’a ni intérêt à une partition de l’Ukraine, ni à une  guerre civile dans le pays.

Concernant tout d’abord la Russie, en matière économique, Gazprom représente 25% des rentrées d’argent de l’État russe, le principal client de Gazprom étant l’Union Européenne dont plus de 40% du gaz vient de Russie (pour certains pays cette proportion monte jusqu’à 100%). De plus, 80% du gaz russe transitant par l’Ukraine, une guerre civile dans ce pays provoquerait de sérieux problèmes pour l’achat de gaz russe de la part de l’UE. Or, si la Russie ne vend plus de gaz à l’Union Européenne, elle perd une de ses principales rentrées d’argent, et l’on se souvient des conséquences de la baisse du cours du gaz dans les années 80 sur l’URSS…

Au vu du traumatisme qu’ont subi les Russes (Vladimir Poutine compris) à la chute de l’URSS et dans les années 90, on imagine bien qu’ils n’ont aucune envie que le scénario se reproduise. C’est pourquoi V. Poutine fera tout pour éviter la guerre civile en Ukraine, surtout si l’on ajoute les multiples désavantages que compte le fait d’avoir un pays voisin en guerre civile (instabilité, terrorisme, réfugiés, absence d’État avec qui traiter). La partition de l’Ukraine en deux n’est pas forcément non plus à son avantage : quel intérêt aurait la Russie à perdre son influence sur la partie occidentale de l’Ukraine, qui serait susceptible d’intégrer l’OTAN ?

Concernant l’annexion du sud-est de l’Ukraine par la Russie, il s’agit d’un scénario peu probable tant les conséquences sur les États alliés de la Russie seraient néfastes. Ceux-ci hébergent une minorité russe importante et l’annexion par la Russie de zone à minorité russophone en Ukraine ne peut que leur faire craindre une action similaire chez eux. Ils pourraient donc être tentés d’un rapprochement avec l’OTAN, ce qui est évidemment contraire aux intérêts russes notamment avec son projet de créer une Union Douanière Eurasiatique. Avec la crise ukrainienne, la Russie court de gros risques économiques : l’UE est la première zone commerciale mondiale et un marché riche dont la privation ne peut être que négative. De plus, les sanctions internationales à l’encontre de la Russie présentent un risque d’ostracisation par rapport à la communauté mondiale d’échange, ce qui évidemment freinerait largement son développement économique.

La Russie, partenaire indispensable de l’Europe

L’UE, on l’a déjà vu, est très dépendante du gaz russe non seulement sur le court terme avec aujourd’hui 40% des 50% de gaz importé par l’UE venant de Russie mais aussi sur le long terme avec en prévision pour 2020, 70% de gaz importé. Il va donc falloir trouver des producteurs. Or, la Russie, avec les premières réserves mondiales de gaz naturel au monde, sa position proche de l’Europe*, est un partenaire avec lequel il faut compter. Le risque est, pour l’Union Européenne, qu’à force de tourner le dos à la Russie, celle-ci finisse de tendre la main à la Chine qui a aussi besoin de ce gaz et est un partenaire moins regardant que l’Union Européenne.

Cette situation est d’ailleurs déjà en train de se réaliser avec la récente conclusion d’un accord de plusieurs centaines de milliards d’euros (293 milliards) pour plusieurs décennie (30 ans). Un rapprochement de la Russie avec la Chine ne peut avoir que des conséquences néfastes sur le prix du gaz et donc sur le prix de l’énergie en Europe. Le coût horaire moyen dans l’industrie du textile en Chine est de 0,8$ brut de l’heure, 14$ en Europe (30$ en France) : il n’est pas sur que l’on puisse se permettre une augmentation du prix de l’énergie notamment dans les pays qui sont extrêmement dépendants au gaz (ce qui n’est pas le cas de la France dont seulement 5% de l’énergie provient du gaz)

Qu’en est-il du risque de troisième guerre mondiale ? Il semble complètement inenvisageable, aucun dirigeant politique n’étant assez fanatique pour déclencher une guerre de ce type au risque que toute la population et son pays soient anéantis. Si on peut dire que Poutine est parfois à la limite du raisonnable, il n’est pas stupide et connaît les limites à ne pas dépasser. Et malgré tout ce que l’on peut dire sur lui en Occident, ce n’est pas un fou sanguinaire. Pourtant il semble que les médias occidentaux aiment le  comparer à un Tsar ou à Staline, Staline n’ayant lui même pas déclenché de guerre avec l’occident, il faut s’en souvenir. Il aime son pays, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il ne s’enrichit grâce à cette situation.

Qui tire son épingle du jeu ?

Il y a deux acteurs indirects dans la crise ukrainienne : ce sont les USA et la Chine. Pour eux, cette crise ne possède que des avantages.

Commençons par voir quelles peuvent être les conséquences positives pour l’UE et pour la Russie. Pour l’un comme pour l’autre, il va s’agir de ne plus être interdépendant. La Russie exporte 70% de son gaz en Europe, elle va désormais aussi exporter en Chine. Ainsi, elle ne dépendra plus uniquement de l’UE pour ce qui constitue actuellement 25% de ses rentrées d’argent. De son côté, l’UE, qui importe 40% de son gaz de Russie, aura donc à trouver d’autres fournisseurs quoi qu’il arrive. Des États comme l’Allemagne et l’Italie devraient par exemple revendre du gaz stocké aux pays dépendant à 100% du gaz russe.

Un rapprochement politique avec la Chine envoie également un signal fort aux occidentaux : « La Russie n’est pas isolée, elle n’a pas besoin de vous ». Pourtant même si on peut y voir de manière positive la fin la dépendance européenne vis-à-vis de la Russie pour le gaz, on ne peut que se poser la question du prix du gaz importé venant d’autres producteurs. Le passage par la méthanisation devient en effet passage quasi-obligé; avec tout ce que ça implique en terme d’investissements dans les transports et en termes d’infrastructure.

Enfin, le dernier avantage qu’aurait l’UE en cas de partition de l’Ukraine ou de victoire des partisans de Maïdan serait un gain d’influence et surtout d’un nouveau marché plus à l’Orient encore. Mais ce marché est pauvre et ne compense absolument pas la perte/l’absence de la Russie comme partenaire à la fois commercial et politique.

Dans ce cas, qui tire réellement avantage de la crise ukrainienne et d’un refroidissement des relations EU-Russie ?

Sans être adepte de la théorie du complot ou instrument de la propagande Russe (car elle existe), il semble bien que les deux seuls pays qui ont avantage à ce que la situation d’instabilité en Ukraine persiste soient la Chine et surtout… les USA.

Quels avantages pourrait bien tirer la Chine d’un refroidissement des relations Russo-Européennes ? La Chine et la Russie ont 3 645 km de frontière commune, la Russie est un marché de plusieurs centaines de millions d’habitants et surtout, la Russie est la première réserve de gaz naturel mondiale. La Chine, elle, compte 1400 millions d’habitants, a une croissance de 7,8% en 2013 et est un des premiers pays exportateurs au monde. Pour l’instant, son principal mode de production d’énergie réside dans les centrales thermiques fonctionnant au charbon, et source de pollution très importante. Or, la population chinoise est de plus en plus sensible à cette question, et la Chine a d’ailleurs dans ses derniers plans quinquennaux placé la lutte contre la pollution en tête de ses objectifs. Le gaz naturel étant des ressources fossiles celle qui est la plus propre, il n’est guère étonnant qu’elle l’intéresse (elle cherche de toute manière à diversifier ses approvisionnements en énergie).

Les États unis ont tout intérêt à ce que l’UE et la Russie voient leurs relations se tendre et que leurs échanges s’amoindrir. Pourquoi ? Les USA et l’UE sont concurrents en termes industriels. En effet, les industries qui n’ont pas été délocalisées dans les pays à main-d’œuvre peu chère sont les mêmes en Europe et aux USA. Le prix de la main-d’œuvre étant sensiblement le même (légèrement plus bas aux USA qu’en Europe de l’Ouest), le prix de l’énergie apparaît comme essentiel. Les États-Unis sont derrière la Russie le deuxième pays producteur de gaz au monde, ils disposent de la technologie de métanisation et ont tout intérêt à ce que l’UE leur achète du gaz plutôt qu’à la Russie. Cela pour deux raisons : non seulement car ça leur permettrait de gagner de l’argent en exportant une denrée naturelle, mais aussi de faire monter les prix de l’énergie en UE, vu les moyens devant être mis en œuvre pour cette exportation. Ils n’ont donc qu’à gagner à ce que l’UE ne puisse plus échanger de gaz avec la Russie. En cas de partition de l’Ukraine en deux, il y a fort à parier que la partie occidentale de l’Ukraine finirait par rejoindre l’OTAN dirigé par les USA dont c’est un instrument de politique étrangère.

La cartographie ci-dessous illustre à quel point l’OTAN s’est étendu à l’est, au point de ne plus être qu’à 150km de Saint-Pétersbourg. En cas d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, Moscou se retrouverait à 500km des frontières de l’Alliance atlantique. Ceci, on l’imagine, ne pourrait qu’être envisagé comme une menace par la Russie.

carte_perso_otan

Cartographie : Célia Mascré

La question qui reste en suspens, est : que va faire et que peut faire le Président nouvellement élu d’Ukraine ?

Célia Mascré

* Le gaz étant une ressource transitant par gazoduc principalement les
 technologies de métanisation étant très onéreuses et compliquées à mettre
 en place

Ukraine : au-delà du manichéisme médiatique ambiant

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Jack Matlock a été ambassadeur des États-Unis en URSS de 1987 à 1991, il 
est spécialiste des affaires soviétiques pendant les années les plus
tumultueuses de la guerre froide
MSC_2014_Klychko-Kerry-Yatsenyuk_Mueller_MSC2014

De gauche à droite : Vladimir klitschko, John Kerry, Arseni Iatsenouk

Avec toutes les nouvelles qui viennent d’Ukraine, de Moscou, de Washington et des capitales européennes, les accusations mutuelles, les spéculations réflexes, et l’hystérie langagière de certains observateurs énonçant qu’on est au bord de l’apocalypse, il est difficile de garder en tête ce qu’impliquent, sur le long terme, les événements actuels. Je crois néanmoins que personne ne peut comprendre les possibles implications sans avoir en tête les facteurs historiques, géographiques, politiques, et psychologiques en jeux dans ces événements dramatiques. Le point de vue de la plupart des médias, qu’ils soient occidentaux ou russes, ne semble être que qu’un coté ou l’autre va « perdre » ou « gagner » l’Ukraine.

Selon moi, c’est une erreur fondamentale. Si j’étais ukrainien, je me plairais à citer cette réplique universelle de Pogo, personnage de la BD de Walt Kelly : « Nous avons rencontré notre ennemi, c’est nous même ». Le fait est que l’Ukraine est un État mais pas encore une nation. En plus de 22 ans d’indépendance, elle n’a pas encore trouvé de dirigeant qui puisse unir ses citoyens dans un concept partagé d’identité ukrainienne. Oui, la Russie a commis des ingérences en Ukraine, mais ce ne sont pas ces dernières qui ont crée la désunion en Ukraine. C’est plutôt l’étrange manière dont le pays a été construit, avec des régions parfois incompatibles entre elles. À ce défaut de conception de l’Ukraine indépendante, l’on doit ajouter le funeste héritage du Soviétisme communiste que la Russie et l’Ukraine ont en commun.

La seconde erreur que font les gens est de croire que lorsqu’un certain gouvernement adopte une certaine politique c’est dans le réel intérêt de ce pays. Dans les faits, la politique est faite dans l’émotion par des dirigeants qui se sentent personnellement provoqués par des concurrent. Cette politique a plus de chance d’être contre-productive que de soutenir le véritable intérêt du pays. Les dirigeants politiques ne sont pas des ordinateurs pesant le pour et le contre, ou bien les risques et les gains d’une manière objective. Ce sont des humains dotés de leurs part d’imperfection humaine, comprenant notamment la vanité, l’orgueil, et la nécessité de maintenir les apparences quelle que soit la réalité.

Quelques fondamentaux :

1. Le territoire actuel de l’État ukrainien a été assemblé non par les ukrainiens eux-même mais par des étrangers, et il tire les racines de sa forme actuelle suite à la fin de la seconde guerre mondiale. Penser qu’il s’agit d’un territoire traditionnel ou d’un tout primordial est absurde. Cela s’applique d’autant plus aux deux plus récentes additions au territoire de l’Ukraine que sont certaines portions de la Pologne ou de la Tchécoslovaquie de l’entre deux guerre annexés par Staline à la fin de la seconde guerre mondiale et la Crimée largement russophone qui a été transférée de la République Socialiste Fédérale de Russie bien après la guerre quand Nikita Krouchtchev contrôlait le parti communiste de l’Union Soviétique. Puisque toutes les parties de l’URSS étaient contrôlées depuis Moscou, à cette époque cela ne semblait qu’être une question administrative et n’était pas réellement important dans les faits (d’ailleurs, la ville de Sébastopol, quartier général de la flotte de la mer Noire, était directement soumise à Moscou et non à Kiev). Jusqu’à cette donation par Krouchtchev, la Crimée a été considérée comme partie intégrante de la Russie depuis la conquête au 18ème siècle par Catherine la Grande.

2. Le regroupement de personnes qui ont une différence d’histoire, d’expérience, de confort, de langue (même si assez proches) aussi frappante explique la division actuelle de l’Ukraine. Cette division n’est pourtant pas aussi frappante que ce qu’elle a été par exemple entre les Tchèques et les Slovaques qui ont divorcé de manière plutôt civilisée et pratique. Si d’une part, on peut grouper la Galicie et les provinces de l’Ouest et d’autre part le Don et la Crimée dans le Sud et l’Est, les régions entre les deux sont composées de mélange de tradition de part et d’autre. Il n’y pas de ligne de division claire et Kiev peut être réclamée par chacune des parties du pays.

3. À cause de son histoire, de sa situation géographique, et des liens à la fois économiques et naturels, il n’y a aucune chance que l’Ukraine devienne prospère, ou unie sans une relation amicale (ou au minimum une relation neutre) avec la Russie.

4. La Russie, comme n’importe quel pays, est extrêmement sensible à propos des activités militaires aux niveau de ses frontières. Elle a répété de manière récurrente qu’elle arrêterait à n’importe quel prix l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN (dans les faits, la grande majorité des Ukrainiens sont contre cette adhésion). Toutefois, l’adjonction de l’Ukraine à l’OTAN était un objectif avoué de l’administration Bush-Cheney et n’a pas été formellement exclue par l’administration Obama.

5. Un dirigeant russe avisé pourrait tolérer une Ukraine qui modernise à la fois son système politique et économique avec l’Union Européenne tant que (1) cette association n’a pas de base anti-russe, (2) que les citoyen ukrainien russophones ont des garanties sociales, économiques et linguistiques égales à celles des autres ukrainiens et (3) surtout que cette intégration économique progressive avec l’Europe ne conduise pas l’Ukraine à devenir un membre de l’OTAN.

6. Jusqu’à présent, les nationalistes ukrainiens de l’Ouest n’ont voulu concéder aucune de ces conditions, et les États Unis ont, par leurs politiques, encouragé ou fermé les yeux sur les attitudes et la politique qui ont fait d’eux des ennemis de Moscou. Cela peut sembler injuste mais c’est un fait.

Où tout cela nous mène-t-il ? Quelques pensées :

A. C’était une erreur globale qu’ont commises toutes les parties, à la fois en Ukraine et en dehors de l’Ukraine que de traiter cette crise comme une compétition pour le contrôle de l’Ukraine.

B. La « mise en garde » d’Obama à Poutine était mal-avisée (pour ne pas dire stupide). Quoi qu’il en soit, le léger espoir que Moscou évite une intervention militaire en Ukraine a disparu lorsqu’Obama lui a jeté un gant au visage et l’a défié de le faire. Ce n’était pas seulement une erreur de jugement politique, mais aussi un échec de compréhension de la psychologie humaine – à moins, bien sur, qu’en fait il ait voulu une intervention russe, ce qui est difficile à croire.

C. Les intentions russes ne sont pas encore très claires pour le moment (du moins, pour moi). Je ne pense pas qu’il soit dans l’intérêt de la Russie de séparer l’Ukraine en deux, néanmoins ils pourraient vouloir détacher la Crimée de l’Ukraine (s’ils le font, ils auront probablement l’accord de la majorité des résidents de Crimée). Ils ont peut-être simplement envie de soutenir leurs frères/amis de l’Est Ukrainien en négociation avec le nouveau pouvoir. Dans tous les cas, ils démontrent que les États-Unis n’ont pas de pouvoir dissuasif sur ce qu’ils considèrent être nécessaire pour sécuriser leurs intérêts dans leurs voisinage.

D. L’Ukraine est déjà divisée de facto, avec différent groupes aux commandes de différentes régions. Pour qu’il y ai un espoir de réunification, une coopération est nécessaire entre toutes les parties par la formation d’une coalition qui soit acceptable à minima par la Russie et les régions Russophones d’Ukraine de l’Est et du Sud. Une fédération avec des gouverneurs élus localement et non-nommé par le gagnant des élections nationales serait essentiel. De plus, une réelle autonomie pour la Crimée est nécessaire.

E. De nombreuses questions importantes restent en suspens. On énonce souvent le principe de l’intégrité territoriale, mais ce n’est pas le seul principe à observer. Les Russes diront de manière assez juste que les États-Unis sont intéressés par l’intégrité territoriale uniquement lorsque cela sert leurs intérêts. Les gouvernements américains ont tendance à omettre ce principe lorsque l’OTAN et ses alliés violent l’intégrité territoriale Serbe en créant et en reconnaissant un Kosovo indépendant. De même lorsqu’ils supportent la séparation du Sud-Soudan du Soudan, de l’Érythrée de l’Éthiopie et du Timor Oriental de l’Indonésie.

Si on parle de violation de la souveraineté, la Russie pourra répondre que les USA ont envahis Panama pour arrêter Noriega, envahis Grenade pour empêcher une prise d’otage de citoyen américains (même s’ils n’avaient pas été pris en otage), envahis l’Irak sur des suppositions de possession par Saddam Hussein d’armes de destruction massive (qu’ils n’ont jamais trouvé), tuent des personnes dans d’autres pays avec des drones, etc. En d’autre termes, si les États-unis veulent parler de « souveraineté et de préservation d’intégrité territoriale » à la Russie, peut-être devraient-ils songer à respecter les règles qu’ils souhaitent imposer aux autres.

JackMatlock.com

Les trois grandes illusions de la Russie sur l’Iran

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Auteur : Polina Sinovets, chercheuse ukrainienne à l'Université d'Odessa.

Polina Sinovets est chercheuse pour le site « Ponars Eurasia » qui offre de nouvelles approches en matière d’analyse sur les thèmes de la politique et la sécurité en Russie et en Eurasie.Dans ce projet, les membres PONARS – politologu es connus, historiens et sociologues des États-Unis, d’Europe, de Russie et d’autres pays de la CEI rédigent des articles analytiques offrant un autre regard sur la Russie, sa politique et ses politiciens.

Aujourd’hui, Pauline Sinovets, de l’Université nationale d’Odessa, écrit sur ce que les Russes admettent des erreurs dans leurs jugements sur l’Iran.

RUSSIA-IRAN-NUCLEAR

L’élection d’un nouveau Président iranien en juin dernier, Hassan Rohani, a redonné espoir quant à un possible compromis concernant son programme nucléaire ainsi que des discutions apaisées avec la communauté internationale. De son côté, Moscou estime que le principal problème dans les relations avec l’Iran reste l’incapacité ou la réticence des États-Unis à comprendre les véritables causes du développement du programme nucléaire de Téhéran. Dans le même temps, la compréhension russe de ce que veut réellement l’Iran n’est pas non plus sans défaut, celle-ci étant davantage basée sur un mythe que sur une évaluation objective de la situation. Voici listés et explicités les principaux mythes dont il est ici question.

Mythe n°1 : l’Iran développe un programme nucléaire parce qu’il a besoin de garanties de sécurité, et non de l’arme nucléaire.

Commentant  ​​le programme nucléaire iranien, un expert russe dans le domaine de la non-prolifération, Vladimir Orlov, cite le président Vladimir Poutine : « Je pense que derrière la volonté de lutter contre la prolifération des armes de destruction massive en Iran, se cachent des intentions d’une tout autre nature, à savoir provoquer un changement de régime ». Ainsi, s’il l’on en croit la logique russe, l’Iran cherche à obtenir des États-Unis des garanties de sécurité solides et explicites, après quoi la « question générale du nucléaire ne sera plus à l’ordre du jour ».

Mais quel genre de garanties exactement, même théoriques, pourrait fournir l’Occident à l’Iran qui puisse suffisamment le satisfaire pour qu’il renonce au développement des armes nucléaires ? Ces garanties doivent-elle être inconditionnelles ou bien doivent-elles contenir certaines  « lignes rouges » ?

L’expert russe Alexeï Arbatov a déjà fait remarquer que la formule la plus constructive pourrait être celle d’une  « non-agression contre l’Iran en échange de sa non-agression contre Israël ou un allié des États-Unis dans le golfe Persique ». Pourtant, ce type de garantie ne pourrait pas empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire. Autrement dit, elle ne pourra pas l’empêcher d’influencer l’équilibre régional des forces en sa faveur sans pour autant qu’une attaque directe contre qui que ce soit ait lieu. Même sans déclencher une guerre, l’Iran peut provoquer une agression avec succès dans d’autres pays, en particulier en Israël. Il semble que ce type de garanties de sécurité puissent potentiellement déstabiliser l’équilibre régional actuel.

De plus, parler de garanties serait utile si et seulement si Téhéran souhaite réellement obtenir uniquement la sécurité. Ce n’est un secret pour personne, le chef spirituel de l’Iran, l’ayatollah Khamenei, associe le progrès nucléaire iranien à l’indépendance et au progrès national scientifique et technique. Si elle constitue une sorte de symbole de sa grandeur et de prospérité, alors pourquoi dans ce cas limiter le développement du programme nucléaire de l’Iran ? La situation est quelque peu similaire à celle de l’Inde, qui en son temps associait également l’arme nucléaire à l’idée nationale. Selon le Premier ministre Atal Bihari Vajpayee, qui en 1998 a autorisé les essais nucléaires indiens, « ils ont donné à l’Inde la force, la puissance, et la confiance dans sa vigueur » Mais à l’époque, la sécurité de l’État n’étais pas soumise aux défis extérieurs, et les relations avec la Chine et le Pakistan semblait avoir trouvé un semblant de stabilité.
Toutefois, même en partant du principe que la sécurité n’est pas la seule préoccupation de l’Iran et ne sert que de prétexte pour le développement de son programme nucléaire, cette théorie est largement reprise par des experts et des hommes politiques russes.

En 2008, l’Iran a déclaré publiquement qu’il n’avait pas besoin de garanties internationales de sécurité qui restreindraient le développement de son programme nucléaire. L’ambassadeur iranien en Russie de l’époque, Gholamreza Ansari, a  notamment expliqué que « lorsqu’on nous parle de garanties de sécurité pour l’Iran, nous ne comprenons pas, tout simplement parce que nous n’en avons pas besoin ». Moscou a décidé d’ignorer cette déclaration.

Mythe n°2 : L’Iran est un allié potentiel de la Russie

Ce mythe est très populaire en Russie, on le retrouve à la fois chez les experts et les journalistes, et dans la conscience de masse. Sur les blogs d’analyse russes, l’Iran apparaît souvent comme un allié naturel de la Russie en raison de leurs intérêts communs, de leurs valeurs et objectifs, notamment la volonté de résister à l’influence des États-Unis. Cette idée se popularise de plus en plus à mesure que la crise syrienne croît et que la Russie et les États-Unis, soutenant chacun un camp adverse, se trouvent chacun d’un côté différent des barricades.

La récente déclaration de l’ambassadeur russe auprès de l’OTAN Dmitri Rogozine selon lequel « la Russie considère toute action militaire contre l’Iran comme une menace pour ses propres intérêts » a été interprétée par certains médias comme la volonté de Moscou de soutenir l’Iran en cas de conflit au Moyen-Orient.

Et Téhéran a conscience de ce sentiment russe. En leur temps déjà, les experts iraniens prédisaient que Moscou se lasserait rapidement de la politique du « Reset » proposé par Washington et ne lui permettrait pas de poursuivre sa politique unilatérale au Moyen-Orient, en particulier sur les fronts iranien et syrien.

Les dirigeants iraniens soutiennent activement l’équilibre géopolitique des forces, en utilisant souvent les sympathies russes pour bloquer les sanctions globales de l’ONU concernant le développement du programme nucléaire de l’État. Dans le même temps, sur un certain nombre de questions, Téhéran soutient des valeurs et des idées contredisant radicalement les intérêts russes. Par exemple, dans la presse officielle iranienne, la Tchétchénie apparaît comme un État islamique intégré à la Fédération de Russie et luttant pour son indépendance. Et bien que l’Iran soit heureux de voir la Russie dans les rangs de ses défenseurs, il refuse de compter sur Moscou concernant les questions les plus pointilleuses comme, par exemple, celle de l’enrichissement de l’uranium.

Mythe n°3 : La présidentielle de 2013 laisse présager une percée dans les négociations sur le programme nucléaire de l’Iran

En juillet 2013, le nouveau président élu de l’Iran Hassan Rohani a été décrit comme un candidat modéré ayant critiqué l’agressivité de son prédécesseur, et son incapacité à trouver un terrain d’entente avec l’Occident. Certains experts russes estiment même que le changement de président de Mahmoud Ahmadinejad à Rouhani sera dommageable pour les intérêts russes. Rouhani est considéré comme quelqu’un qui vise à bâtir un meilleur dialogue avec l’Occident, ce qui, de facto, signifie avoir un impact négatif sur les relations avec la Russie. En outre, au début des années 2000, Rouhani a été le négociateur en chef iranien sur les questions nucléaires et a finalement accepté de suspendre le programme d’enrichissement d’uranium et des inspections plus approfondies de l’AIEA sur les installations nucléaires de l’Iran. Dans sa première conférence de presse post-électorale, Rouhani a dit : « Nos programmes nucléaires sont complètement transparents. Mais nous sommes prêts à faire preuve de plus de transparence et à prouver au monde entier que les évolutions de la République islamique d’Iran sont en adéquation avec les cadres internationaux. »

Une telle déclaration peut être interprétée de différentes manières. Elle pourrait signifier que Rohani est prêt à faire certaines concessions concernant le programme nucléaire de l’Iran, mais également qu’il concentre ses efforts sur l’établissement des fondements juridiques pour les droits nucléaires de du pays. De toute façon, Téhéran va essayer d’exploiter l’image d’un nouveau chef « constructif » et « flexible » afin d’affaiblir les sanctions internationales sans pour autant qu’il y ait de changement majeur dans son programme nucléaire comme la limitation de l’enrichissement d’uranium ou un accès complet à l’AIEA. En outre, même selon les estimations les plus optimistes du programme d’armes iraniennes, selon lesquelles il aurait été stoppé en 2003, Rohani aurait toujours fait partie de l’équipe qui a poursuivi activement son développement. Il est également important de se rappeler que l’ayatollah Ali Khamenei a dirigé l’Iran pendant près de 25 ans – sous des gouvernements  conservateurs et d’autres plus libéraux qui ont conduit le programme nucléaire Étatique à travers des périodes de confrontation et de détente. Les Présidents iraniens sont peut-être responsables de la tactique de l’État avec la communauté internationale , mais c’est Khamenei qui définit la stratégie intérieur du pays.

Si la présidence de Rouhani affecte les négociations nucléaires, cela ne peut être qu’à un niveau tactique, il facilitera le dialogue avec les homologues de l’Iran et préparera certainement la communauté internationale à l’idée que l’Iran est prêt à un compromis. Mais changer le moyen d’atteindre ses objectifs n’est pas la même chose que de changer les objectifs eux-mêmes.

Conclusion

Selon les mythes populaires qui circulent en Russie, l’Iran cherche à renforcer sa sécurité en exigeant des garanties de l’Occident , l’Iran est un allié russe potentiel sur les grandes questions politiques ; et le monde sera inspiré par un nouveau président qui cherche à développer un dialogue constructif avec l’Organisation des Nations Unies. C’est cet Iran que Moscou défend au Conseil de sécurité. En outre, l’Iran de Rohani pourrait être en mesure d’obtenir des faveurs encore plus politiques et économiques de Moscou, celle-ci cherchant à empêcher l’Iran de quitter sa sphère d’influence.

Cependant, ce scénario ne ​​coïncide pas avec un autre étant donné que l’Iran est déterminé à accroître son pouvoir et son influence non seulement dans la région mais aussi dans l’arène internationale. Le programme nucléaire de l’Iran est un signe important de la hausse du potentiel de l’Iran, un symbole de sa prospérité, d’indépendance et de fierté nationale . Les armes nucléaires peuvent être considérés comme le stade suprême du progrès national – un moyen pour l’Iran d’atteindre ses ambition et un symbole du retour à la grandeur de l’empire antique du pays. Peu importe qui est au pouvoir, guerrier ou diplomate, l’objectif principal de l’Iran sera la même, seuls les moyens diffèrent. L’Iran a besoin d’alliés pour atteindre ses objectifs, peut importe lesquels. Que ce soit la Russie ou l’Ouest, ils sont tous temporaires dans les objectifs au long terme. L’Iran a intégré dans sa culture des relations internationales qu’il doit lutter pour sa grandeur avec une confiance et une dépendance minimales envers un ou plusieurs autres États. Si l’Iran devait devenir capable d’obtenir l’arme nucléaire, il ferait valoir qu’il s’intéresse au Moyen-Orient de façon plus agressive, ce qui pourrait entraîner des conflits avec Israël, l’Arabie saoudite et les États-Unis mais aussi aussi aggraver la situation dans les pays voisins. En fin de compte , les Russes devraient se rendre compte que l’émergence d’un voisin nucléaire imprévisible, puissant, nationaliste, et déterminé sur sa périphérie sud fera peu pour augmenter leur propre sécurité.

Traduction : Célia Mascré

Source : PONARS Eurasia

Ukraine : son coeur balance entre Bruxelles et Moscou

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Alors que l’Ukraine s’apprête à signer un accord douanier avec l’Union Européenne (UE) fin novembre à Vilnius, la Russie manifeste plus que jamais son mécontentement. Cette Ukraine, qui a pris sa majorité en 1991, s’émanciperait-elle de la mère Russie ?

© Fotolia/ bernanamoglu

Le 18 septembre dernier, le gouvernement ukrainien approuvait un projet d’accord d’association avec l’UE, qui déboucherait probablement sur un accord de libre échange en novembre prochain, dans le cadre sommet du Partenariat oriental à Vilnuis (Lituanie)

Seulement voilà : l’Ukraine détient depuis mai 2013 le précieux statut d’observateur au sein de l’union douanière composée du Kazakhstan de la Russie et de la Biélorussie. Or, l’Ukraine exporte à 60% vers les anciens pays soviétiques dont 38 % vont vers l’Union douanière (Russie, Kazakhstan, Biélorussie) : c’est un exemple de l’importance économique et stratégique de ce marché pour le pays.

Pour résumer, donc, l’Ukraine a postulé pour deux zones de libre échange différentes voire opposées. Or, elle a été reçue dans les deux cas … C’est un véritable choix cornélien qui s’impose ainsi à l’Ukraine.

L’irrésistible tentation vers l’Ouest

Les nombreux avantages que l’entrée du pays la seule zone de libre-échange européenne ne sont plus à prouver : modernisation des normes, évolutions technologiques, accès illimité aux produits européens, nouveau statut sur la scène internationale…

L’Ukraine pourrait même paradoxalement bénéficier d’une récente tolérance de la part de l’Europe : le journaliste Shaun Walker, correspondant à Moscou pour The Guardian, fait remarquer qu’ironiquement, les exigences de l’Union Européenne concernant l’Ukraine sur le plan de la corruption et des droits de l’Homme (Youlia Timochenko, etc.) vont en décroissant face à la pression de la Russie.

Actuellement, les relations entre l’UE et l’Ukraine reposent sur l’accord de partenariat et de coopération (APC) entré en vigueur en 1998. Lors du sommet de Paris organisé en 2008, les dirigeants de l’UE et de l’Ukraine ont convenu qu’un accord d’association devait succéder à l’accord de partenariat et de coopération.

Côté opinion publique, le terrain semble préparé en Ukraine : « Pour la première fois dans notre histoire, plus de 50% de la population soutient l’intégration européenne, et moins de 30% veulent renforcer les liens avec la Russie » expliquait le ministre ukrainien du commerce Petro Porochenko à Yalta ce week-end

Il faut dire que le comportement de la Russie, cet été, n’a pas vraiment joué en sa faveur quand elle a décidé de bloquer les exportations  pendant une semaine. La Russie a ainsi participé à un certain renversement de situation dans les mentalités : les ukrainiens se sont braqués contre la Russie et se sont raccrochés à l’union européenne

« Côté ukrainien, ils ont franchement accru le poids des soutiens pour l’UE, y compris chez les électeurs sceptiques ou indifférents, qui refusent d’être humiliés. Même les oligarques ont décidé de se défendre de façon solidaire. » explique au Monde Arseni Iatseniouk, membre de l’opposition, qui avait également déclaré à cette occasion que M. Poutine méritait une médaille pour avoir poussé l’Ukraine vers l’UE en déclenchait cette guerre commerciale.

D’un autre côté, et Poutine n’hésite pas à le rappeler, il existe des risques soulèvements politiques possibles dans les régions russophones de l’Ukraine (Est et Sud). Ces régions sont en effet dominées par des autorités locales anti-européennes et sont clairement positionnés du côté de la Russie. Mais ce n’est pas la seule carte que Poutine a en main.

Explications du « niet » russe

Vladimir n’apprécierait pas de perdre sa mainmise sur l’Ukraine en premier lieu et tout simplement parce que « Dans le système oligarchique dominant actuellement en Russie, il n’est pas pensable que l’Ukraine prenne son indépendance » (Christian Makarian dans « Allô l’Europe » sur France Inter)

Le Président russe présente toutefois des arguments bien plus recevable qu’un petit caprice géopolitique : par exemple, et cela n’a été contredit par aucun juriste, l’entrée de l’Ukraine dans la zone de libre échange de l’UE, irait à l’encontre du Traité d’amitié, de coopération et de partenariat entre la Fédération de Russie et de l’Ukraine de 1997. En particulier, l’article 13 qui prévoit « la coopération mutuellement avantageuse dans l’économie ». Cette incompatibilité juridique avait déjà été invoqué en 2008 lors de la possible entrée de l’Ukraine dans l’OTAN : Poutine ne veut vraiment pas lâcher sa petite protégée.

Arseni Iatseniouk, député ukrainien et ancien Président de la Rada (Parlement), résume la situation : « Le mur de Berlin est tombé il y a plus de 20 ans et il n’est pas nécessaire d’en construire un nouveau. Mais […] Moscou veut le construire à la frontière entre l’Ukraine et l’UE »

De manière moins juridique, il explique que si l’Ukraine appartient à ces deux zones de libre échange, le pays deviendra une véritable porte d’entrée pour produits russes et asiatiques sur le marché européen. La Russie, explique Poutine, se verra donc dans l’obligation de restreindre au maximum les modalités de l’union douanière eurasiatique.

Les relations russo-ukrainiennes en danger

Quoi qu’il en soit, Moscou a été claire : une fois le dos tournée à la Russie, l’Ukraine ne pourra attendre aucun geste d’aide ou d’amitié de la part de Moscou

Radek Sikorski (ministre ukrainien des affaires étrangères) lui pense que les relations russo-ukrainiennes ne seront que meilleures lorsque l’Ukraine sera intégrée dans le processus européen : il prend l’exemple de la Pologne.

Ces négociations sont donc bien plus tendues qu’elles n’y paraissent, tant les enjeux et les intérêts divers s’entrecroisent, parfois incompatibles entre eux. Pour la Russie, même si l’ « indépendance » de l’Ukraine est une mauvaise nouvelle, il ne s’agit pas de froisser ce pays si stratégiquement important. Pour l’Ukraine, l’idéal serait de bénéficier de l’union douanière européenne tout en gardant Poutine dans sa poche.

#Ligouchka