Kostroma : premier festival du film français

Par défaut

Le festival du film français a débuté il y a un peu plus de deux semaines à Moscou et Novossibirsk. Depuis des années, de nombreuses manifestations culturelles françaises ont lieu dans la capitale russe et d’autres grandes villes. Malheureusement, dès que l’on s’en éloigne, difficile de trouver ne serait-ce que la trace d’un livre, ou d’un DVD en français.

A Kostroma, petite ville située à 7h de Moscou en train au nord-est, est organisé pour la toute première fois un festival du cinéma français.

Ici l’on se sent bien loin de la capitale, avec très peu d’infrastructures et une activité culturelle et artistique peu développée.

Pourtant, les initiatives citoyennes existent, et Natacha en est la preuve : Natacha Konovalova est professeur de français depuis 1995 et est originaire de la région. Elle vit avec sa fille de 16 ans, qui parle et comprends parfaitement le français, et se rend très souvent en France. Selon elle, il est regrettable qu’il y ait si peu de manifestations culturelles, notamment françaises.

Cette année, à sa grande surprise, l’Alliance française de Rybinsk et l’ambassade française l’ont soutenue dans son projet de festival du film d’animation français.

Du 23 au 30 octobre, les habitants de Kostroma, jeunes, retraités, enfants, parents, ont pu regarder, chaque jour, un dessin animé français sous-titré en russe. Et pour cause, le festival attire tous les profils : des étudiants et écoliers apprenant le français, mais aussi des étudiants en design, en théâtre, et en techniques cinéma, chez qui les techniques filmographiques des différents dessins animés ont suscité un vif intérêt. Les tous petits, eux, se sont contentés d’apprécier les images et se sont vus raconter l’histoire par leurs parents après le visionnage.

Nous avons interviewé Natacha Konovalova, et Tatyana Kolessova, également professeur de français à l’Université linguistique de Kostroma.

Le festival attire tous les publics

Le festival attire tous les publics

Natacha, vous avez donc organisé ce festival toute seule ?

Non, je tiens à préciser que mon amie Ludmila Roumiantseva m’a apportée son soutien moral, et elle m’a beaucoup aidé. Je considère que c’est notre initiative commune.

Comment s’organise un festival, par quoi commence-t-on ?

Eh bien j’ai dû imprimer les affiches, je les ai distribuées dans toutes les écoles primaires, les maternelles, les lycées, à l’université, aux arrêts de bus, partout !

Ensuite, j’ai par exemple dû emprunter du matériel vidéo, un rétroprojecteur, un lecteur de DVD qui lit le format BLU-RAY, ce qui n’a pas été une mince affaire !

Où avez-vous pu trouver ces DVD français sous-titrés en russe ?

C’est l’ambassade française qui me les as envoyées, et je leur en suis très reconnaissante.

Le festival a commencé il y a quelques jours, avez-vous eu beaucoup de visiteurs ?

C’est aléatoire, certains professeurs promettent de venir avec leur classe entière, et là c’est la panique car il faut trouver des chaises, et puis finalement ils ne viennent pas et il n’y a pratiquement personne. Et le lendemain, je m’attends à voir un amphithéâtre vide et il y a foule !

Avez-vous une anecdote à raconter, quelque chose qui vous a marqué ?

Oh oui ! Le 23 octobre c’était la première séance. Une des meilleurs profs de Kostroma est arrivée avec 6 élèves de sa classe et un papa. Le premier film dans le programme c’était  « Le jour des corneilles » de Jean Christophe Dussant. Mais quand nous avons reçu le colis avec des dvd, ce film avait été remplacé par un autre, ce fameux « Le chat du rabbin ».
Avant le film j’ai pris la parole, j’ai parlé du festival, comment et par qui il a été organisé. J’ai expliqué qu’on ne connaissait pas ces films et que c’était une découverte pour nous comme pour tous les autres. J’ai oublié de prévenir les spectateurs que le film n’était pas le même qu’au programme, parce que je ne connaissais ni l’un ni l’autre, et pour moi cela revenait au même.
Au bout de 45 minutes, cette prof m’a demandé d’arrêter le film et d’expliquer pourquoi ce n’était pas celui de l’affiche. Elle a exigé de le remplacer par un autre, parce qu’elle a trouvé que ce n’était pas intéressant pour les enfants de 8 ans, en ajoutant que le film ne parlait que des juifs, que c’était un sujet politique, et que ce n’était pas bien pour les petits.

Nous avons regardé trois courts métrages des « Mille et une nuits » et les élèves sont partis avec leur maîtresse. En partant, ils on commenté  » Mais le premier film n’était pas mal non plus », « Oui, le chat était marrant », même le papa a dit: « Moi aussi, j’ai aimé le premier film. »
Quand ils sont partis les autres spectateurs sont restés dans la salle et ils ont demandé à regarder le premier film jusqu’à la fin.

Natacha Konovalova dans le cadre de son métier de guide touristique

Natacha Konovalova dans le cadre de son métier de guide touristique

Au tour de Tatyana Kolessova, professeur de français à l’université et enseignante au collège de la culture, dont les étudiants sont des futures danseurs, chanteurs, comédiens, et metteurs en scène, de nous faire part de son ressenti sur le Festival.

Tatyana, quels films vous ont plus le plus et pourquoi ?

Malheureusement, je n’ai pas pu voir tous les films du festival mais parmi ceux que j’ai vus, j’ai surtout aimé “Le tableau” de Jean-Francois Laguionie et “Jean de la Lune” de Stephan Schesch.

Le premier est très philosophique et évoque la différence, ceux qui ne sont pas comme les autres car peut être handicapés ou laids, mais qui sont des créatures de Dieu eux aussi et qui ont leurs propres sentiments, leurs idées, leurs tourments et leurs amours. La beauté extérieure n’est qu’un trait physique donné par le créateur, et c’est à lui que nous le devons. Une bulle de savon ne brille seulement dans les rayons du soleil et éclate au premier coup de vent. La beauté intérieure, voilà ce qui fait des statuettes de vrais Hommes, Hommes sachant aimer, souffrir, sachant se sacrifier aux autres.

Le film peut être adressé aux enfants pour leur apprendre à percevoir le fond des choses, à comprendre ce qui est vrai et faux. Mais le film s’adresse aussi aux adultes, il nous fait réfléchir sur ce que nous sommes, sur qui nous sommes, nous fait relativiser nos ambitions et nos aspirations souvent superficielles. Trouver l’humain dans l’homme. Aimer l’humain dans l’homme.

Et le second film ?

Il semblerait que le second film s’adresse également aux enfants car son héros est un personnage d’une chanson très connue et très aimée par les enfants. Mais il rappelle aussi aux grandes personnes qu’ils ont été, eux aussi, enfants. Après tout, les adultes ne sont que des enfants qui jouent, seulement les conséquences de leur jeu sont bien réelles. Ce film devrait avoir la même évocation que Le Petit Prince d’éxupery pour les adultes, en leur rappelant leur enfance.

Selon vous, quels changements ce festival a-t-il provoqué chez vos élèves ?

Le festival a stimule l’intérêt pour le français et pour la culture française, mes éleves m’ont demandé s’il est possible de voir encore des films (animes ou d’art) car selon eux, il est beaucoup plus intéressant et plus facile d’apprendre la langue telle qu’elle est parlée : les bénéfices en sont plus grands pour eux.

Savez-vous ce qui attire le plus chez vos élèves dans la langue française ? Pourquoi n’ont-ils pas appris une autre langue, comme l’espagnol, l’italien, etc. ?

D’autres langues elles aussi sont populaires a Kostroma, surtout l’anglais. Les parents des enfants croient souvent que l’anglais est la langue la plus répandue et plus utilisée dans le monde. Pourtant, une quantité de gens viennent apprendre le français car ils son attirés par la beauté de la langue, on adore la littérature et la chanson française. Parmi ceux qui apprennent le français a Kostroma, il y a pas mal de gens qui aiment la culture, l’histoire de la France et qui préfèrent aller voyager en France, y passer les vacances.

Pensez-vous que les cultures cinématographiques française et russes ont beaucoup en commun ?

Le cinéma né en France, apparaît pour la première fois en Russie en mai 1896. Désormais, il est une attraction numéro 1 pour les Russes. Le cinéma russe se développe en Russie grâce aux firmes françaises, telles que Pathé, Frères, Gaumont et d’autres qui y vendaient équipement de projection et plus tard pour tourner des films. La réalisation, le tournage, le montage, on doit tout ça aux cinéastes français. Mais puis le cinéma russe choisit son propre chemin et ça concerne avant tout la réalisation et le jeu des comediens. L’école théâtrale russe de Stanislavsky et M. Tchekhov est réincarnée dans la production des films.

En général, y a-t-il beaucoup d’initiative citoyennes à Kostroma ? (associations, clubs, festival …)

Bien sur qu’a Kostroma il y a des centres de culture, mais ce qui m’afflige, c’est que peu d’entre eux s’occupent des relations internationales culturelles. C’est plus dommage encore car la ville de Kostroma a beaucoup de villes jumelées en France, en Allemagne, en Grande Bretagne, Pologne, Finlande, Croatie, États-Unis etc. Le département des affaires étrangères de la mairie n’est pas très intéressé par des relations entre nos villes et ce n’est que l’initiative personnelle des gens (comme Natacha, par exemple) qui nous permet de se voir, communiquer, être amis avec des Français, Allemands ou Anglais.

Merci beaucoup. Voudriez-vous ajouter quelque chose ?

Oui ! J’enseigne au collège de la culture, mes étudiants sont des futurs danseurs, chanteurs, comédiens, metteurs en scène. Pour les danseurs, le français est obligatoire. Mais deux heures par semaine c’est trop peu pour apprendre correctement. Quant aux autres, ils apprennent le français si ils veulent, ou bien continuent leurs cours commencent a l’école.

Voilà déjà trois ans que nous participons au festival des théâtres lycéens francophones en Bretagne, nos spectacles ont été primés trois fois et très apprécies par les spectateurs, collègues et professionnels.

Merci à Tatiana Kolessova, Natacha Konovalova, Liudmila Roumiantseva, Elena Tcheguina, Olga Baranova pour leur contribution !

Publicités