Biélorussie : des élections sous le signe d’un rapprochement avec l’Europe

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Alexandre Loukachenko, président sortant au pouvoir depuis 21 ans, s’est présenté pour un cinquième mandat et a obtenu 83,49% des voix. Un score sans surprise issu d’un scrutin qui toutefois détient des enjeux différent des précédents, notamment le rapprochement de Minsk avec Bruxelles.

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État des lieux de la crise ukrainienne, facteurs et conséquences

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Petro Porochenko, Président fraîchement élu en Ukraine Crédits : uarisis.org

L’Ukraine, ou l’absence de Nation

L’Ukraine telle qu’on la connaît actuellement est née en 1991, à la chute de l’URSS, et si on peut parler de pays, il n’est pas sur que l’on puisse parler de Nation. Cet état de fait prend ses origines dans l’histoire, la religion et la langue. Historiquement, il a bien existé une Ukraine – même si elle ne se nommait pas comme cela – lorsque Kiev était la principauté la plus puissante et la plus organisée du monde slave (Moscou n’existait même pas alors), mais elle a été détruite par les mongols et ne s’est jamais remise de ses blessures.

Par la suite, les terres de l’actuelle Ukraine ont été divisées entre Europe occidentale et Europe orientale, certaines d’entre elles étaient allemandes, polonaises, tchèques, d’autres Russes, ottomanes, ou encore cosaques. Alors que la majeure partie du territoire était sous domination russe, il existait bel et bien une langue ukrainienne. Mais même à ce moment là, cette langue n’était pas parlée sur tout le territoire de l’actuelle Ukraine.

Ces divisions linguistiques ont encore été accentuées par la domination, voire colonisation, russe. L’Ukraine a donc été divisée en régions parlant des langues comme l’ukrainien, l’allemand etc., et les régions russophones. Toujours pour les mêmes raisons, l’Ukraine est divisée en trois Églises, l’Église Orthodoxe rattachée au patriarcat de Moscou au sud-est, l’Église Orthodoxe du patriarcat de Kiev et l’Église Uniate qui suit les rites orthodoxes mais est rattachée à Rome. Globalement, les ukrainiens russophones sont orthodoxes rattachés au patriarcat de Moscou, tandis que les ukrainiens dont la langue maternelle est l’ukrainien sont plutôt Uniates ou Orthodoxes de Kiev.

Cette différence, que l’on peut donc qualifier de culturelle (une religion différente, une langue différente et parfois une ethnie différente), a des conséquences au niveau du sentiment de nation ukrainienne. S’il peut être très fort dans le nord-ouest, il est au contraire très faible dans la partie sud-est de l’Ukraine. Cet état de fait s’illustre notamment avec une quasi-absence du parti Svoboda dans le sud-est alors que le parti est bien mieux implanté dans le nord-ouest de l’Ukraine.

Quelles sont les conséquences de cette division interne de l’Ukraine ?

Ces divisions sont visibles, dans un premier temps, au niveau électoral : on peut le voir dans cette infographie, les régions russophones et du sud-est ont voté pour le président Ianoukovitch en 2010 (qui, il faut le rappeler, a été élu légalement et en toute transparence selon l’OSCE) tandis que les autres régions ont plutôt voté pour Ioulia Timochenko (BlouT).

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Cartographie : Célia Mascré

Durant les événements du Maïdan, qui ont conduit à la renégociation d’un accord prévoyant un gouvernement d’Union Nationale, le sud n’a pas manifesté d’hostilité aux événements en cours (on aurait par exemple pu imaginer des contre-manifestations dans le sud, voire même dans Kiev). Ils ont en revanche clairement manifesté leur mécontentement lorsque Ianoukovitch, Président pour qui ils avaient en majorité voté de manière légale et démocratique, a été contraint de fuir le pays. Puis, ils ont clairement pris les armes lorsque le Parlement ukrainien a décrété que le russe ne pouvait plus être une langue officielle en Ukraine (alors même que dans ces régions, pour plus de 40% des habitants, le russe est la langue maternelle). Les conséquences directes sont visibles aujourd’hui : rattachement de la Crimée à la Russie après qu’elle en a fait la demande, indépendance du Donbass votée par référendum, etc.

Les conséquences néfastes d’une telle situation

Pour l’Ukraine, cette situation ne peut évidemment pas déboucher sur une situation paisible et les clivages entre Est et Ouest ne peuvent qu’en sortir renforcés. C’est évidemment sans compter le risque, réel, de guerre civile. Hormis ces conséquences politiques, la crise a également un impact économique grave, avec une paralysie de l’économie ukrainienne, l’explosion du prix du gaz, la difficulté de circulation des personnes, des biens et des ressources.

Cette crise a également des conséquences sur les deux voisins directs de l’Ukraine, à savoir la Russie et l’Union Européenne.

Pourquoi la Russie n’a ni intérêt à une partition de l’Ukraine, ni à une  guerre civile dans le pays.

Concernant tout d’abord la Russie, en matière économique, Gazprom représente 25% des rentrées d’argent de l’État russe, le principal client de Gazprom étant l’Union Européenne dont plus de 40% du gaz vient de Russie (pour certains pays cette proportion monte jusqu’à 100%). De plus, 80% du gaz russe transitant par l’Ukraine, une guerre civile dans ce pays provoquerait de sérieux problèmes pour l’achat de gaz russe de la part de l’UE. Or, si la Russie ne vend plus de gaz à l’Union Européenne, elle perd une de ses principales rentrées d’argent, et l’on se souvient des conséquences de la baisse du cours du gaz dans les années 80 sur l’URSS…

Au vu du traumatisme qu’ont subi les Russes (Vladimir Poutine compris) à la chute de l’URSS et dans les années 90, on imagine bien qu’ils n’ont aucune envie que le scénario se reproduise. C’est pourquoi V. Poutine fera tout pour éviter la guerre civile en Ukraine, surtout si l’on ajoute les multiples désavantages que compte le fait d’avoir un pays voisin en guerre civile (instabilité, terrorisme, réfugiés, absence d’État avec qui traiter). La partition de l’Ukraine en deux n’est pas forcément non plus à son avantage : quel intérêt aurait la Russie à perdre son influence sur la partie occidentale de l’Ukraine, qui serait susceptible d’intégrer l’OTAN ?

Concernant l’annexion du sud-est de l’Ukraine par la Russie, il s’agit d’un scénario peu probable tant les conséquences sur les États alliés de la Russie seraient néfastes. Ceux-ci hébergent une minorité russe importante et l’annexion par la Russie de zone à minorité russophone en Ukraine ne peut que leur faire craindre une action similaire chez eux. Ils pourraient donc être tentés d’un rapprochement avec l’OTAN, ce qui est évidemment contraire aux intérêts russes notamment avec son projet de créer une Union Douanière Eurasiatique. Avec la crise ukrainienne, la Russie court de gros risques économiques : l’UE est la première zone commerciale mondiale et un marché riche dont la privation ne peut être que négative. De plus, les sanctions internationales à l’encontre de la Russie présentent un risque d’ostracisation par rapport à la communauté mondiale d’échange, ce qui évidemment freinerait largement son développement économique.

La Russie, partenaire indispensable de l’Europe

L’UE, on l’a déjà vu, est très dépendante du gaz russe non seulement sur le court terme avec aujourd’hui 40% des 50% de gaz importé par l’UE venant de Russie mais aussi sur le long terme avec en prévision pour 2020, 70% de gaz importé. Il va donc falloir trouver des producteurs. Or, la Russie, avec les premières réserves mondiales de gaz naturel au monde, sa position proche de l’Europe*, est un partenaire avec lequel il faut compter. Le risque est, pour l’Union Européenne, qu’à force de tourner le dos à la Russie, celle-ci finisse de tendre la main à la Chine qui a aussi besoin de ce gaz et est un partenaire moins regardant que l’Union Européenne.

Cette situation est d’ailleurs déjà en train de se réaliser avec la récente conclusion d’un accord de plusieurs centaines de milliards d’euros (293 milliards) pour plusieurs décennie (30 ans). Un rapprochement de la Russie avec la Chine ne peut avoir que des conséquences néfastes sur le prix du gaz et donc sur le prix de l’énergie en Europe. Le coût horaire moyen dans l’industrie du textile en Chine est de 0,8$ brut de l’heure, 14$ en Europe (30$ en France) : il n’est pas sur que l’on puisse se permettre une augmentation du prix de l’énergie notamment dans les pays qui sont extrêmement dépendants au gaz (ce qui n’est pas le cas de la France dont seulement 5% de l’énergie provient du gaz)

Qu’en est-il du risque de troisième guerre mondiale ? Il semble complètement inenvisageable, aucun dirigeant politique n’étant assez fanatique pour déclencher une guerre de ce type au risque que toute la population et son pays soient anéantis. Si on peut dire que Poutine est parfois à la limite du raisonnable, il n’est pas stupide et connaît les limites à ne pas dépasser. Et malgré tout ce que l’on peut dire sur lui en Occident, ce n’est pas un fou sanguinaire. Pourtant il semble que les médias occidentaux aiment le  comparer à un Tsar ou à Staline, Staline n’ayant lui même pas déclenché de guerre avec l’occident, il faut s’en souvenir. Il aime son pays, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il ne s’enrichit grâce à cette situation.

Qui tire son épingle du jeu ?

Il y a deux acteurs indirects dans la crise ukrainienne : ce sont les USA et la Chine. Pour eux, cette crise ne possède que des avantages.

Commençons par voir quelles peuvent être les conséquences positives pour l’UE et pour la Russie. Pour l’un comme pour l’autre, il va s’agir de ne plus être interdépendant. La Russie exporte 70% de son gaz en Europe, elle va désormais aussi exporter en Chine. Ainsi, elle ne dépendra plus uniquement de l’UE pour ce qui constitue actuellement 25% de ses rentrées d’argent. De son côté, l’UE, qui importe 40% de son gaz de Russie, aura donc à trouver d’autres fournisseurs quoi qu’il arrive. Des États comme l’Allemagne et l’Italie devraient par exemple revendre du gaz stocké aux pays dépendant à 100% du gaz russe.

Un rapprochement politique avec la Chine envoie également un signal fort aux occidentaux : « La Russie n’est pas isolée, elle n’a pas besoin de vous ». Pourtant même si on peut y voir de manière positive la fin la dépendance européenne vis-à-vis de la Russie pour le gaz, on ne peut que se poser la question du prix du gaz importé venant d’autres producteurs. Le passage par la méthanisation devient en effet passage quasi-obligé; avec tout ce que ça implique en terme d’investissements dans les transports et en termes d’infrastructure.

Enfin, le dernier avantage qu’aurait l’UE en cas de partition de l’Ukraine ou de victoire des partisans de Maïdan serait un gain d’influence et surtout d’un nouveau marché plus à l’Orient encore. Mais ce marché est pauvre et ne compense absolument pas la perte/l’absence de la Russie comme partenaire à la fois commercial et politique.

Dans ce cas, qui tire réellement avantage de la crise ukrainienne et d’un refroidissement des relations EU-Russie ?

Sans être adepte de la théorie du complot ou instrument de la propagande Russe (car elle existe), il semble bien que les deux seuls pays qui ont avantage à ce que la situation d’instabilité en Ukraine persiste soient la Chine et surtout… les USA.

Quels avantages pourrait bien tirer la Chine d’un refroidissement des relations Russo-Européennes ? La Chine et la Russie ont 3 645 km de frontière commune, la Russie est un marché de plusieurs centaines de millions d’habitants et surtout, la Russie est la première réserve de gaz naturel mondiale. La Chine, elle, compte 1400 millions d’habitants, a une croissance de 7,8% en 2013 et est un des premiers pays exportateurs au monde. Pour l’instant, son principal mode de production d’énergie réside dans les centrales thermiques fonctionnant au charbon, et source de pollution très importante. Or, la population chinoise est de plus en plus sensible à cette question, et la Chine a d’ailleurs dans ses derniers plans quinquennaux placé la lutte contre la pollution en tête de ses objectifs. Le gaz naturel étant des ressources fossiles celle qui est la plus propre, il n’est guère étonnant qu’elle l’intéresse (elle cherche de toute manière à diversifier ses approvisionnements en énergie).

Les États unis ont tout intérêt à ce que l’UE et la Russie voient leurs relations se tendre et que leurs échanges s’amoindrir. Pourquoi ? Les USA et l’UE sont concurrents en termes industriels. En effet, les industries qui n’ont pas été délocalisées dans les pays à main-d’œuvre peu chère sont les mêmes en Europe et aux USA. Le prix de la main-d’œuvre étant sensiblement le même (légèrement plus bas aux USA qu’en Europe de l’Ouest), le prix de l’énergie apparaît comme essentiel. Les États-Unis sont derrière la Russie le deuxième pays producteur de gaz au monde, ils disposent de la technologie de métanisation et ont tout intérêt à ce que l’UE leur achète du gaz plutôt qu’à la Russie. Cela pour deux raisons : non seulement car ça leur permettrait de gagner de l’argent en exportant une denrée naturelle, mais aussi de faire monter les prix de l’énergie en UE, vu les moyens devant être mis en œuvre pour cette exportation. Ils n’ont donc qu’à gagner à ce que l’UE ne puisse plus échanger de gaz avec la Russie. En cas de partition de l’Ukraine en deux, il y a fort à parier que la partie occidentale de l’Ukraine finirait par rejoindre l’OTAN dirigé par les USA dont c’est un instrument de politique étrangère.

La cartographie ci-dessous illustre à quel point l’OTAN s’est étendu à l’est, au point de ne plus être qu’à 150km de Saint-Pétersbourg. En cas d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, Moscou se retrouverait à 500km des frontières de l’Alliance atlantique. Ceci, on l’imagine, ne pourrait qu’être envisagé comme une menace par la Russie.

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Cartographie : Célia Mascré

La question qui reste en suspens, est : que va faire et que peut faire le Président nouvellement élu d’Ukraine ?

Célia Mascré

* Le gaz étant une ressource transitant par gazoduc principalement les
 technologies de métanisation étant très onéreuses et compliquées à mettre
 en place

Wikipédia solidaire des manifestants pro-européens de Kiev

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La version ukrainienne de la célèbre encyclopédie en ligne Wikipédia s’est joint aux protestations de nos compatriotes à Kiev. Le site de ressources a annoncé dans un communiqué mettre le site « Offline » pendant trente minutes chaque jour en signe de protestation. Cette décision est directement liée aux récentes lois adoptées par les pouvoirs ukrainiens prévoyant un contrôle plus strict sur ​​les citoyens de l’État, entraînant une surveillance accrue. Le site a également ajouté un bordereau noir en haut de ses pages en ukrainien où il est écrit « Wikipédia est contre la censure » (voir ci-dessous)

 Nouvelle entête du site Wikipédia en ukrainien "Wikipédia est contre la censure"

Nouvelle entête du site Wikipédia en ukrainien « Wikipédia est contre la censure »

Selon Wikipedia, ces lois peuvent sérieusement endommager l’Internet libre et ouvert, y compris son propre site. La désactivation de la version ukrainienne du portail de ressources Internet aura lieu de 16h à 16h30 minutes (de 21h à 21h30, heure de Paris) tous les jours à partir du 21 Janvier 2014. Les « encyclopédistes » ukrainiens soulignent qu’ils n’adhèrent à aucune idéologie quelle qu’elle soit. Ils se prononcent pour un concept unique : le stockage gratuit de données, la distribution et l’utilisation des connaissances de manière libre.

Pendant ce temps, les manifestants dans les rues de Kiev continuent de lutter contre les forces de l’ordre qui, elles, tentent d’empêcher la population de gagner le Parlement et l’édifice du Gouvernement ukrainien. Entre eux, des colonnes de carcasses de véhicules brûlés : cette barricade fait office depuis déjà 24h de mur artificiel entre les manifestants et les policiers. L’opposition a également fabriqué des catapultes en bois propulsant des pierres avec efficacité. Les citoyens ont aussi leur lot de violence : grenades assourdissantes, gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc.

Le représentant de l’UDAR (Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme) Vitaliy Kovalchuk a déclaré aux médias avoir besoin d’une réunion d’urgence des leader de l’opposition avec Viktor Ianoukovitch pour une avancée réelle dans la résolution de la crise aiguë qui touche le pays. De son côté, le chef du parti UDAR, le boxeur Vitali Klitschko, a déclaré que la responsabilité de l’approfondissement de la crise politique reposera entièrement sur Ianoukovitch. Selon Klitschko, Ianoukovitch élimine indirectement les possibilités de dialogue en se plaçant au-dessus de toute négociations.  » Cela démontre encore une fois qu’il refuse d’entendre nos attentes » – a déclaré le politicien.

Des mesures sévères pour rétablir l’ordre ont été demandées par les députés du Parti des régions du Conseil régional de Lougansk au Président Ianoukovitch. Selon eux, « Euromaïdan » en tant que protestation pacifique s’est terminée dans la soirée du 19 janvier, lorsqu’elle a dégénéré en une confrontation violente. Ils tiennent également pour responsable quiconque ayant brûlé un véhicule des forces de l’ordre, leur ayant lancé des pierres, et pointe notamment du doigt Vitali Klitschko, Arseni Iatseniouk et Oleg Tiagnybok, accusés d’avoir « encouragé l’agressivité et l’hystérie chez les manifestants ». (trois leaders de l’opposition, ndt)

Malgré tout, les négociations de résolution de crise ont bel et bien débuté hier soir, avec le Secrétaire général du CNDS (conseil national de sécurité et de défense) Andriy Klyuyev. Du côté de l’opposition, étaient présents Iouri Lutsenko, ancien ministre de l’intérieur, Ruslan Kochulinsky, président de l’Union panukrainienne « Svoboda », Vitaly Kovalchuk, député UDAR, et Alexandre Tourtchinov, de l’Union panukrainienne « Patrie ». Du côté du gouvernement, la ministre de la Justice Olena Lukash et le conseiller présidentiel Andrei Portnov étaient présents.

Selon la majorité des Ukrainiens, seules des négociations pourraient aider à résoudre la situation explosive actuelle. Selon une étude du Centre Razoumkov, 73,2% des habitants à l’ouest du pays se prononcent pour la nécessité de telles négociations, 64,3% dans le centre, 79,9% dans les régions méridionales, et 77,6% à l’est.

Le 22 Janvier 2014, de nouvelles lois renforçant le contrôle sur Internet et les communications mobiles entreront en vigueur, interdisant toute activité médiatique en ligne sans être enregistré comme agences de presse, ainsi que des peines plus sévères en cas de trouble à l’ordre public lors de manifestations.

#Ligouchka

Source : Vesti.ru

Pourquoi Poutine a-t-il offert quinze milliards de dollars à Ianoukovitch ?

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Auteur : Ioulia Latinina, éditorialiste pour Novaya Gazeta

L’histoire de notre « politique de charité » se décompose en deux temps : la tragédie, puis la comédie.

Reuters

Un couple s’embrasse symboliquement sur la place de l’indépendance à Kiev

L’Union soviétique a distribué des milliards aux chefs d’État des pays en développement. Il leur a fourni des mitrailleuses, des chars, des armes, de la nourriture, des ressources gratuites, et même du pétrole. Ceux des chefs qui n’étaient pas sanguinaires, ont ri des bizarreries des idiot communistes tout en jurant un amour éternel à Léonid Brejnev. Et puis ils se sont empressés de maudire les capitalistes tout en leur demandant s’ils ne voudraient pas par hasard leur donner un peu plus …

Dans les villages il n’y avait pas de gaz, et dans les magasins pas de saucisses, mais Brejnev a estimé qu’il fallait édifier le communisme dans le monde entier. Ca ne s’est jamais fait : il s’est avéré que l’URSS a fait faillite. Ce n’est pas l’unique raison, mais en partie parce que des pétrodollars ont été distribués à des Nasser, des Lumumba et autres Carré. C’était une tragédie. Superpuissance, oui et non, en tout cas le monde était au bord de l’anéantissement nucléaire.

Actuellement, Vladimir Poutine est en train de faire la même chose, mais version comique. Au lieu de l’Afrique, c’est l’Ukraine que nous achetons, au lieu de gâcher la vie à des capitalistes de la lointaine Amérique latine, nous ruinons celle de Saakachvili en Géorgie, au lieu d’entretenir Cuba, c’est l’ensemble de l’Ossétie du sud et toute sa population que nous entretenons.

Les 15 milliards que Poutine a payé à Ianoukovitch pour l’Ukraine, en achetant ses obligations pourries, iront exactement au même endroit que les crédits soviétiques fait à nos « frères » : sur un cahier de créance. Or, vous pouvez être certain que l’Ukraine ne remboursera jamais cet argent.

Notez bien ces mots : d’ici quelques années, et ce aux yeux de n’importe quel gouvernement, l’Ukraine sera officiellement en défaut de paiement.. Ou alors, la dette sera tout simplement effacée, dans le meilleur des cas pour Poutine, en échange de quelques concessions à ses amis.

Bien sûr, ce ne sont pas 15 petits milliards de dollars qui vont ruiner la Russie, qui vient de gaspiller 50 milliards dans les Jeux olympiques d’hiver. Je pense qu’il est toutefois utile de rappeler que ces 15 milliards auraient certainement été utiles pour d’autres choses, comme par exemple s’occuper de la route reliant Moscou à Vladivostok, qui n’est toujours pas goudronnée. Vladivostok, ce trou perdu à propos duquel des reportages de journaux étrangers sont régulièrement publiés, et qui ressemblent de près aux voyages de Linvingston en Afrique australe de 1849.

La grosse question reste malgré tout : pourquoi faire ? Avec les dirigeants de l’Union soviétique, c’était clair : les gars croyaient sincèrement à la construction du communisme à travers le monde. Mais aujurd’hui, pour quoi ? Ils sont là, au Kremlin, à sérieusement croire que ces 15 milliards offerts à M. Ianoukovitchde vont renforcer le pouvoir de Vladimir Poutine en Ukraine ? A en juger par l’ampleur d’Euromaïdan, il semble difficile de croire que Ianoukovitch puisse parvenir à jouer la carte « Poutine » dans son pays. S’il y a quelqu’un qui doit reprendre la main sur l’Ukraine, c’est bien Ianoukovitch lui-même.

En fin de compte, les raisons qui motivent le Kremlin à agir ainsi sont plutôt claires. Depuis l’arrivée de Ianoukovitch au pouvoir, et même avant, Moscou est préoccupée par l’idée de perdre pied en Ukraine. A peine sa victoire officiellement reconnue par l’administration présidentielle russe, Ianoukovitch aurait reçu un fax avec une description détaillée des nombreux souhaits de Moscou. L’idée était irréaliste : si tant est que Ianoukovitch avait quelque chose à donner, pourquoi l’aurait-il donné à Poutine ? Il le tient, mais se comporte de manière bien trop intrusive. En fait, c’est typiquement de la géopolitique à la russe.

Actuellement, la géopolitique consiste à ce que les pays voisins appliquent les ordres provenant du cercle proche de Poutine. Au Kremlin, l’on considère que ce la renforce le prestige de la Russie.

Cela fonctionne de cette manière pour l’Ukraine : on donne 15 milliards pour que l’Ukraine pardonne, mais elle devra donner en échange ceci et cela.

C’est exactement la même chose avec la Libye, à qui l’on a accordé l’effacement de la dette soviétique, mais en échange de quoi les entreprises d’Etat (comprenez, appartenant aux amis de Poutine), signent de gros contrat. La logique est donc : petite perte pour l’Etat, gros profits pour les « bonnes personnes ».

Honnêtement, je soupçonne cette histoire de n’avoir jamais vraiment commencée. Première étape : l’économie ukrainienne est menacée de sanctions telles que Ianoukovitch sera obligé d’abandonner le rapprochement avec l’UE. Deuxième étape : soutenir Ianoukovitch dans un crédit qu’il ne pourra jamais rembourser. Troisième étape : atteindre les entreprises ukrainiennes en échange d’un prêt annulé/restructuré. De gré ou de force.

En fait, l’idée est loin d’être stupide, mais il ya un « mais ». Pour que ce plan de génie fonctionne, nous avons besoin que Ianoukovitch reste président. Et à en juger par le cours des choses actuelles, il est peu probable que son mandat soit renouvelé. Il est donc bien probable que ces 15 milliards restent en Ukraine, et les combattants pour « la renaissance spirituelle des liens et la grandeur de la Russie »- se retrouvent sans usines.

Traduction : #Ligouchka

Source : Novaya Gazeta

Ukraine-UE : l’actualité en caricatures

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"Fonctionnaires européens : on ne peut pas rester insensibles au message des Ukrainiens !" Yahoo Actu - le 4 décembre

« Fonctionnaires européens : on ne peut pas rester insensibles au message des Ukrainiens ! » Yahoo Actu – le 4 décembre

Fin novembre, les députés ukrainiens ont annoncé de manière inattendue la suspension  de la préparation pour l’accord d’association avec l’Union européenne, en préparation depuis des mois. Aussitôt, les commentaires ont fusé : « Poutine a su se montrer convainquant », pouvait-on lire sur les réseaux sociaux. Effectivement, l’Ukraine est tiraillée entre la Russie, qui rêve d’une mainmise sur l’ex-Etat soviétique, et l’Union Européenne, qui offre divers avantages. Il semble qu’aucun compromis ne soit possible, et qu’il faille donc faire un choix, aussi difficile qu’il soit : chaque partie a beaucoup à offrir.
Quoi qu’il en soit, ce retournement de situation a provoqué les manifestations de l’opposition et une mobilisation sans précédent depuis la Révolution orange de 2004, qui marquait un rapprochement de l’Ukraine avec l’OTAN et l’UE. Depuis quelques jours, les manifestations prennent une telle ampleur que les commentateurs parlent de « deuxième Révolution orange ».
Le président Viktor Ianoukovitch a pris la parole depuis, expliquant qu’il ne pouvait pas signer ce partenariat occidental en raison de la situation économique difficile de l’Ukraine, mais son Premier ministre Mykola Azarov a reconnu que le Kremlin avait fait pression sur Kiev.
Ces évènements renvoient l’Ukraine à sa division entre l’ouest du pays, pro-européen et l’est, russophone et russophile.
Rappelons que l’UE avait posé une condition à la signature de cet accord : la libération de l’opposante et ancienne Premier ministre Ioulia Timochenko emprisonnée pour abus de pouvoir et toujours en prison.
Pour comprendre les enjeux : « Ukraine : son cœur balance entre Bruxelles et Moscou« 
● Voici quelques caricatures de la presse internationale, de septembre à aujourd’hui :
Parlons-nous de la même Europe ? Le 9 décembre, Lesoir.be, par Kroll.

Parlons-nous de la même Europe ?
Le 9 décembre, Lesoir.be, par Kroll.

Poutine essaye d'apprivoiser l'Ukraine. Political Cartoon pour le Moscow Times, 25 novembre

Poutine essaye d’apprivoiser l’Ukraine. Political Cartoon pour le Moscow Times, 25 novembre

 

"Partenariat oriental : Poutine a tout faux en Ukraine" (The financial Times, le 3 décembre)

« Partenariat oriental : Poutine a tout faux en Ukraine » (The financial Times, le 3 décembre)

L'incapacité du président Viktor Ianoukovitch à venir à un accord clair avec soit l'Union européenne ou de la Russie a laissé de nombreuses personnes se demandant où il est à la tête de la nation.     Cartoon @ kyivpost ce matin essaie d'attraper le chemin de Président de l'Ukraine Viktor Ianoukovitch.

« Les hésitations du Président Viktor Ianoukovitch ». The Kiev Post, le 31 novembre.

"L'Ukraine tiraillée entre une princesse et un ours !" - Chaunu pour Ouest France

« L’Ukraine tiraillée entre une princesse et un ours ! » – Chaunu pour Ouest France, le 3 décembre

caricature-yahooactu

« Fonctionnaires européens : on ne peut pas rester insensibles au message des Ukrainiens ! » Yahoo Actu – le 4 décembre

Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch : " Je suis en faveur des liens plus étroits avec l'Europe" - Paresh Nath pour le Khaleej Time, le 21 novembre

Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch :  » Je suis en faveur des liens plus étroits avec l’Europe » – Paresh Nath pour le Khaleej Time, le 21 novembre

"Partenariat oriental: Moscou bloque le chemin vers l'UE"  - Peter Schrank pour le Postimees, Tallinn, Estonie, le 25 septembre

« Partenariat oriental: Moscou bloque le chemin vers l’UE » – Peter Schrank pour le Postimees, Tallinn, Estonie, le 25 septembre

Ukraine : son coeur balance entre Bruxelles et Moscou

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Alors que l’Ukraine s’apprête à signer un accord douanier avec l’Union Européenne (UE) fin novembre à Vilnius, la Russie manifeste plus que jamais son mécontentement. Cette Ukraine, qui a pris sa majorité en 1991, s’émanciperait-elle de la mère Russie ?

© Fotolia/ bernanamoglu

Le 18 septembre dernier, le gouvernement ukrainien approuvait un projet d’accord d’association avec l’UE, qui déboucherait probablement sur un accord de libre échange en novembre prochain, dans le cadre sommet du Partenariat oriental à Vilnuis (Lituanie)

Seulement voilà : l’Ukraine détient depuis mai 2013 le précieux statut d’observateur au sein de l’union douanière composée du Kazakhstan de la Russie et de la Biélorussie. Or, l’Ukraine exporte à 60% vers les anciens pays soviétiques dont 38 % vont vers l’Union douanière (Russie, Kazakhstan, Biélorussie) : c’est un exemple de l’importance économique et stratégique de ce marché pour le pays.

Pour résumer, donc, l’Ukraine a postulé pour deux zones de libre échange différentes voire opposées. Or, elle a été reçue dans les deux cas … C’est un véritable choix cornélien qui s’impose ainsi à l’Ukraine.

L’irrésistible tentation vers l’Ouest

Les nombreux avantages que l’entrée du pays la seule zone de libre-échange européenne ne sont plus à prouver : modernisation des normes, évolutions technologiques, accès illimité aux produits européens, nouveau statut sur la scène internationale…

L’Ukraine pourrait même paradoxalement bénéficier d’une récente tolérance de la part de l’Europe : le journaliste Shaun Walker, correspondant à Moscou pour The Guardian, fait remarquer qu’ironiquement, les exigences de l’Union Européenne concernant l’Ukraine sur le plan de la corruption et des droits de l’Homme (Youlia Timochenko, etc.) vont en décroissant face à la pression de la Russie.

Actuellement, les relations entre l’UE et l’Ukraine reposent sur l’accord de partenariat et de coopération (APC) entré en vigueur en 1998. Lors du sommet de Paris organisé en 2008, les dirigeants de l’UE et de l’Ukraine ont convenu qu’un accord d’association devait succéder à l’accord de partenariat et de coopération.

Côté opinion publique, le terrain semble préparé en Ukraine : « Pour la première fois dans notre histoire, plus de 50% de la population soutient l’intégration européenne, et moins de 30% veulent renforcer les liens avec la Russie » expliquait le ministre ukrainien du commerce Petro Porochenko à Yalta ce week-end

Il faut dire que le comportement de la Russie, cet été, n’a pas vraiment joué en sa faveur quand elle a décidé de bloquer les exportations  pendant une semaine. La Russie a ainsi participé à un certain renversement de situation dans les mentalités : les ukrainiens se sont braqués contre la Russie et se sont raccrochés à l’union européenne

« Côté ukrainien, ils ont franchement accru le poids des soutiens pour l’UE, y compris chez les électeurs sceptiques ou indifférents, qui refusent d’être humiliés. Même les oligarques ont décidé de se défendre de façon solidaire. » explique au Monde Arseni Iatseniouk, membre de l’opposition, qui avait également déclaré à cette occasion que M. Poutine méritait une médaille pour avoir poussé l’Ukraine vers l’UE en déclenchait cette guerre commerciale.

D’un autre côté, et Poutine n’hésite pas à le rappeler, il existe des risques soulèvements politiques possibles dans les régions russophones de l’Ukraine (Est et Sud). Ces régions sont en effet dominées par des autorités locales anti-européennes et sont clairement positionnés du côté de la Russie. Mais ce n’est pas la seule carte que Poutine a en main.

Explications du « niet » russe

Vladimir n’apprécierait pas de perdre sa mainmise sur l’Ukraine en premier lieu et tout simplement parce que « Dans le système oligarchique dominant actuellement en Russie, il n’est pas pensable que l’Ukraine prenne son indépendance » (Christian Makarian dans « Allô l’Europe » sur France Inter)

Le Président russe présente toutefois des arguments bien plus recevable qu’un petit caprice géopolitique : par exemple, et cela n’a été contredit par aucun juriste, l’entrée de l’Ukraine dans la zone de libre échange de l’UE, irait à l’encontre du Traité d’amitié, de coopération et de partenariat entre la Fédération de Russie et de l’Ukraine de 1997. En particulier, l’article 13 qui prévoit « la coopération mutuellement avantageuse dans l’économie ». Cette incompatibilité juridique avait déjà été invoqué en 2008 lors de la possible entrée de l’Ukraine dans l’OTAN : Poutine ne veut vraiment pas lâcher sa petite protégée.

Arseni Iatseniouk, député ukrainien et ancien Président de la Rada (Parlement), résume la situation : « Le mur de Berlin est tombé il y a plus de 20 ans et il n’est pas nécessaire d’en construire un nouveau. Mais […] Moscou veut le construire à la frontière entre l’Ukraine et l’UE »

De manière moins juridique, il explique que si l’Ukraine appartient à ces deux zones de libre échange, le pays deviendra une véritable porte d’entrée pour produits russes et asiatiques sur le marché européen. La Russie, explique Poutine, se verra donc dans l’obligation de restreindre au maximum les modalités de l’union douanière eurasiatique.

Les relations russo-ukrainiennes en danger

Quoi qu’il en soit, Moscou a été claire : une fois le dos tournée à la Russie, l’Ukraine ne pourra attendre aucun geste d’aide ou d’amitié de la part de Moscou

Radek Sikorski (ministre ukrainien des affaires étrangères) lui pense que les relations russo-ukrainiennes ne seront que meilleures lorsque l’Ukraine sera intégrée dans le processus européen : il prend l’exemple de la Pologne.

Ces négociations sont donc bien plus tendues qu’elles n’y paraissent, tant les enjeux et les intérêts divers s’entrecroisent, parfois incompatibles entre eux. Pour la Russie, même si l’ « indépendance » de l’Ukraine est une mauvaise nouvelle, il ne s’agit pas de froisser ce pays si stratégiquement important. Pour l’Ukraine, l’idéal serait de bénéficier de l’union douanière européenne tout en gardant Poutine dans sa poche.

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