Avec Vladimir Poutine, la Russie va-t-elle devenir une gérontocratie ?

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“On verra” a répondu le président russe lorsque les journalistes lui demandaient s’il souhaitait se présenter en 2018. Quelques jours plus tard, Vladimir Poutine fête ses 63 ans, si fringuant qu’il en paraît à peine 50. A la fin de son mandat, Poutine aura 66 ans. D’où cette question : la Russie va-t-elle devenir une gérontocratie ? Le magazine Slon tente d’y répondre.

En 2024, Poutine sera plus âgé que Boris Eltsine lorsqu’il a annoncé sa démission en 1999. Leonid Brejnev, lui, est mort à 76 ans alors qu’il exerçait encore le pouvoir. L’histoire va-t-elle se répéter ? Si oui, quelles en seront les conséquences ?

Quel est les limitées légales à ce propos ?

Il n’y en n’a pas. Concernant son âge, Vladimir Poutine n’a donc pas de limites constitutionnelles. Tout comme aux Etats-Unis, d’ailleurs : lorsque John McCain s’est présenté à la présidentielle de 2008, l’opinion publique a tiré la sonnette d’alarme. Quand la Constitution a été rédigée, en 1787, personne n’aurait pensé que l’espérance de vie augmenterait à ce point. Mais McCain a perdu, et le débat s’est envolé.

En Russie, restreindre l’âge des hommes politiques pour exercer leur métier n’arrange personne. Il y a cinq ans, on ne pouvait être membre de la Cour Constitutionnelle que jusqu’à 70 ans. Mais le président de la Cour, Valery Zorkin, qui a aujourd’hui 72 ans, a modifié la loi. Il s’est d’ailleurs octroyé le droit d’occuper son siège à vie. Son collègue le président de la Cour suprême Viatcheslav Lebedev, en a d’ailleurs fait de même. Comprenez, ce droit est un tel privilège pour eux, qu’il paraît peu probable qu’ils le retirent au président de la Russie…

En fait, le système est conçu de telle manière que Vladimir Poutine, qu’il soit président du pays, Premier ministre, ou père de la Nation, pourra toujours exercer son rôle, peu importe son âge et ses résultats politiques.

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Une santé invérifiable

L’écrasante majorité des Russes considèrent que Vladimir Poutine est en parfaite santé. Et malgré l’âge légal de la retraite (60 ans en Russie), 63% d’entre eux estiment que leur président est “vigoureux, énergique et en pleine forme”.

Sauf que les activités sportives médiatiques de Poutine sont les seuls éléments qui peuvent permettre au peuple de juger de sa santé. En réalité, il pourrait bien avoir le syndrome d’asperger, comme le prétendent certains scientifiques américains, personne ne pourrait le savoir. Tout comme le vieillissement de Poutine a peu de chance d’apparaître au grand public.

Le plus jeune des dictateurs

Sur la scène internationale, la “jeunesse politique“ de Vladimir Poutine n’est plus si évidente. Il est le plus âgé de ses camarades du format normand Merkel, Porochenko et Hollande, et aussi de ses adversaires politiques Cameron et Obama. Rien de surprenant si l’on considère que les démocraties favorisent le partage du pouvoir. Finalement, parmi les dictateurs de ce monde, Poutine figure parmi les plus jeunes : Robert Mugabe a 91 ans, Raul Castro 84 ans, etc.

“Poutine sans artifice” par le photographe Alexandre Petrossian

“Poutine sans artifice” par le photographe Alexandre Petrossian

Que l’on soit convaincu ou non de l’image que le président donne à voir de lui-même, Poutine entre dans une phase où les risques pour sa santé son irrémédiablement augmentés. C’est un fait médical. Bien sûr, cela peut ne pas être un obstacle à la direction du pays. Nixon dans ses mémoires, (qu’il a rédigées à 70 ans) se souvient avoir été bluffé de la vivacité d’esprit de Winston Churchill lorsqu’il l’a rencontré en 1954, alors qu’il avait 79 ans. Churchill qui, dans ses dernières années à la tête du gouvernement britannique, se faisait soigner pour insuffisance cardiaque, eczéma et surdité. Après un AVC, il a perdu la capacité de parler de façon cohérente, après quoi la crise en cours et la politique ont été partiellement paralysé.

La Russie bel et bien sur le chemin de la gérontocratie

Vladimir Poutine et Fidel Castro

Vladimir Poutine et Fidel Castro

“Quand nous élisons un président de 65 ans ou plus, il faut s’attendre à ce que ces gens ne puissent pas s’acquitter de leurs responsabilités, estime Herbert Abrams, professeur de médecine à l’université de Stanford et auteur du livre The President Has Been Shot: Disability, Confusion and the 25th Amendment sur les effets de la santé sur la qualité des décisions prises par les dirigeants.

Pour le chercheur, il faudrait clairement introduire une limite d’âge de 60 à 65 ans pour la fonction publique : “être président c’est trop exigeant physiquement, intellectuellement, psychologiquement et émotionnellement, pour imposer ce fardeau sur les épaules d’une personne âgée”.

Seulement voilà, la Russie actuelle semble peu encline à laisser la place aux jeunes dans la politique. Et vu les récentes mesures politiques, nous sommes plutôt sur le chemin de la gérontocratie.

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