Le Kazakhstan laisse flotter sa monnaie, qui est en chute libre

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Le Kazakhstan, plombé par la chute des cours du pétrole et par la récession frappant la Russie voisine, a décidé jeudi de laisser filer sa monnaie, entraînant la pire dévaluation subie depuis 17 ans par cette ex-république soviétique d’Asie centrale riche en hydrocarbures.

Sa monnaie est tombée à un plus bas historique face au dollar : 257,21 tengues pour un dollar. Dans la matinée, la plupart des bureaux de change à Almaty ont été fermés. Les kazakh s’y étaient précipités pour acheter des dollars. Les plus tardifs ont même converti leur monnaie en roubles malgré la crise de la monnaie russe. Hier, l’euro s’est retrouvé au-dessus de 75 roubles pour la première fois en six mois.

Certains magasins ont fermé et l’anxiété s’est emparée de la population après l’annonce par le gouvernement qu’il cessait d’intervenir sur le marché des changes pour encadrer les mouvements de la tenge, qui a aussitôt perdu plus de 20% de sa valeur.

Lutter contre l’inflation, mais à quel prix ?

«J’ai bien peur que mon université augmente les frais de scolarité», a expliqué Janar Agataïéva, une étudiante de 19 ans, les yeux rivés sur l’évolution des cours devant un bureau de changes de la plus grande ville du pays, Almaty.
Ce changement radical de politique monétaire a été annoncé par le Premier ministre Karim Massimov avec pour objectif «la lutte contre l’inflation» : les autorités cessent d’intervenir sur le marché pour maintenir la monnaie dans une fourchette déterminée et passent à un régime « flottant » régi par l’offre et la demande.
La veille, elles avaient déjà laissé la monnaie céder 5% face au dollar.

Fait notable, le président Nazarbaïev n’a pas fait une seule référence à l’Union économique eurasienne comme pouvait contribuer à la libération de l’économie kazakhe de la crise croissante. En revanche, il a exhorté la population à prendre exemple sur des pays très éloignées tels que l’Australie et le Canada qui ont, selon ses termes, «un système économique semblable au nôtre, et adopté une voie similaire de développement au cours des 30 dernières années.»

«C’est un choc considérable pour la population et les entreprises, qui  devraient réduire leurs dépenses» écrit Oleg Kouzmine, économiste chez Renaissance Capital, dans une note prévoyant une croissance économique nulle au second semestre.

Les autorités avaient déjà créé un choc dans la population en février 2014 en relevant de près de 20% le cours du dollar face à la tenge. Il s’agissait alors de réagir à l’affaiblissement du rouble, qui devenait intenable pour le Kazakhstan dont la Russie est le principal partenaire commercial.

Depuis, le rouble a perdu près de la moitié de sa valeur, sous l’effet des sanctions liées à la crise ukrainienne et à la baisse du marché pétrolier, déséquilibrant encore les échanges au sein de la zone de libre-échange réunissant les deux pays.
Et surtout, le Kazakhstan , riche en hydrocarbures, subit directement les effets de la rechute actuelle des cours de l’or noir, accentuant la pression sur la monnaie.

S’adapter au pétrole bon marché

Le président Noursoultan Nazarbaïev, au pouvoir depuis près de 25 ans, a défendu une décision « nécessaire », car ne rien faire aurait provoqué « une baisse de production, des suppressions d’emplois et le gaspillage de nos réserves » dépensées pour soutenir artificiellement la monnaie.
«Une crise nécessite toujours des ajustement», a poursuivi le chef de l’Etat, qui avait déjà averti mercredi: le pays, dont le succès économique post-soviétique faisait exception dans la très pauvre Asie centrale, va devoir se serrer la ceinture pour s’adapter à des cours du baril à 30-40 dollars, soit encore plus bas que leur niveau actuel.

Le pétrole représente environ le quart du produit intérieur brut kazakh et la majorité de ses revenus budgétaires. Et outre la récession en Russie, le Kazakhstan doit aussi faire face à une chute de la demande en Chine, un autre important marché qui vient de déprécier elle-même sa monnaie.

La dévaluation «va simplifier la situation du Kazakhstan qui va garder plus de réserves pour soutenir ses banques et entreprises publiques» plutôt que les dépenser pour soutenir une monnaie sous pression, a expliqué à l’AFP Anton Tabakh, économiste de l’agence de notation Rus-Rating.

La banque russe VTB Capital a estimé que, malgré la dévaluation annoncée, la tenge allait «rester surévaluée», surtout vu l’afflux de produits russes rendus meilleur marché.

«Pour certains investisseurs étrangers, cette décision était attendue de longue date. Pour les petites et moyennes entreprises, cela crée de l’incertitude», a relevé Touleguen Askarov, président de l’association Biz Media, interrogé par l’AFP. «Certains concessionnaires automobiles ferment et les magasins attendent de voir ce qui va se passer maintenant».

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