Robert Pszczel : « grâce à Photoshop, il y a un nouvel art de propagande »

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Robert Pszczel, chef du bureau de l’OTAN à Moscou, collectionne les caricatures soviétiques des années 1950. Durant la période de la guerre froide, l’OTAN était particulièrement représenté sur les dessins de propagande. Il explique au journal Gazeta à quel point ceux-ci sont plus que jamais d’actualité dans ce contexte d’extrême tension entre la Russie et l’Europe.

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Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à ces caricatures durant la guerre froide ?

Quand je suis arrivé à Moscou, j’étais plein d’espoir quant au progrès des relations entre la Russie et l’OTAN. Lors du sommet de Lisbonne, en 2010, il était même question d’un partenariat stratégique. Concernant les caricatures, j’ai eu tout d’abord un intérêt historique. J’ai voulu montrer comment, dans les années 1950-1960, l’OTAN était présentée comme une bête. J’avais la sensation de collectionner des fragments de l’histoire. Aujourd’hui, l’histoire semble se répéter, les dessinateurs reprennent ces thématiques. Cela dit, elles n’ont jamais vraiment disparues. Même au meilleur des relations Russie-Europe, l’OTAN n’a jamais été populaire ici.

Dans ces caricatures, l’alliance atlantique était souvent incarnée par un général américain bedonnant. Pourquoi cette image ?

Je pense que dans l’imaginaire collectif, l’OTAN c’est avant tout les États-Unis. Pour ses opposants, tous les États membres sont aux ordres des américains. C’est faux, l’alliance atlantique est un corps collectif. Nous avons nous-même fait une étude d’opinion il y a quelques années. Les gens ne voient en l’OTAN que le côté militaire. Pourtant, il s’agit bien d’une organisation politique et diplomatique.

Indépendamment de l’idéologie, les dessinateurs de l’époque de la guerre froide étaient très talentueux. Et aujourd’hui ?

À l’époque c’était une grosse industrie. Les mêmes dessinateurs pouvaient aussi bien vouer un culte à Staline et Lénine, que réaliser des affiches de « propagande positive » vantant la gloire de la patrie (à travers les victoires sportives, etc.) Aujourd’hui c’est différent. Remarquez, grâce à Photoshop, il y a un nouvel art de propagande. Récemment, j’ai ajouté à ma collection un collage du magazine russe Argument y fakt où un ours grogne près de la muraille du Kremlin contre un soldat américain qui prépare son assaut. Aucune référence à l’OTAN n’est faite explicitement, mais l’allusion est évidente.

En Europe, la Russie est souvent représentée grâce à la figure de l’ours. Je n’y vois rien de grave. Après tout, l’Angleterre a le lion, la France le coq, les États-Unis ont l’aigle. Le problème, c’est qu’au lieu de discuter de sécurité internationale entre partenaires, on analyse tout sous le prisme de la caricature. Or, à force d’exacerber les traits de chacun, les gens finissent par en faire leur réalité.

Vous avez travaillé avec beaucoup de Secrétaires généraux de l’OTAN. Quelle était leur attitude face à la caricature ?

J’ai travaillé avec quatre d’entre eux, et tous avaient un bon sens de l’humour, en particulier Lord George Robinson. En ce qui concerne Anders Fogh Rasmussen par exemple, il était ravi quand je lui ai offert un collage où lui, les ministres étrangers et Dmitri Rogozine, représentant permanent russe de l’époque, étaient représentés comme deux équipes sportives concurrentes. Rasmussen l’a même accroché chez lui.

Comment les visiteurs réagissent, en voyant ces caricatures accrochées aux murs dans vos bureaux ?

Je n’ai jamais vu qui que ce soit choqué par ces dessins. Pour beaucoup, comme pour moi, c’est une partie de l’histoire et le souvenir d’une certaine vision de l’OTAN.

Dans votre collection, il y a ce dessin où les drapeaux de l’Union soviétique, la Grande-Bretagne et les États-Unis sont liés aux mains de l’Europe. Qu’est-ce qu’il signifie ?

Cette figure montre qu’il y fut un temps où la Russie et l’Occident avaient un objectif commun : se battre contre les nazis. Aujourd’hui, où tout dépend de l’atmosphère politique, cette affiche nous rappelle que notre destin n’est pas une prison : nous pouvons le changer.

Avez vous une caricature que vous aimez particulièrement ?

Oui, et elle est affichée dans nos bureaux aussi. Elle représente ce militaire atlantiste typique… Il porte une valise de dollars avec laquelle il corrompt un journaliste, qui lui même chante les louanges du pacifisme. Pour moi, ce dessin, c’est une caricature de la caricature. Évidemment, durant la Guerre froide, il y a eu une forte rivalité idéologique entre les deux pays, mais il semble que l’image elle-même soit révolue depuis longtemps.

Cependant aujourd’hui, l’expression « Des paroles… et des bases » issue de la fameuse caricature soviétique (voir ci-dessus), redevient d’actualité. L’OTAN parle d’une soit-disant « paix », mais continue de construire des bases un peu partout. J’aimerais jeter un œil sur ce vieux dessin et me dire que tout ça est terminé. Mais quand je regarde la télévision aujourd’hui je comprends bien que ce n’est pas le cas.

Source : Gazeta

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