Les médias et l’État islamique : « l’Occident montre, la Russie analyse »

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Les débats sur cette couverture médiatique ont lieu en France, mais pas en Russie. Les vidéos des décapitations d’otages et des violences sont contournés par la majorité des chaines et des éditions russes.

Après la chute de l’URSS et l’abolition de la censure, une nouvelle pratique journalistique est apparue en Russie. Dans les années 1990, plusieurs conflits ont servi de « laboratoire » pour les journalistes russes de guerre certainement influencés par les médias étrangers. Néanmoins, ces influences n’ont pas empêché la formation d’une déontologie propre au journalisme russe qui définit la couverture des conflits, y compris celui qui oppose la coalition internationale à l’État Islamique (EI).

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Images de l’État islamique sur la première chaîne russe

Malgré leur divergence d’opinion, les médias d’État et ceux de l’opposition sont d’accord sur un point : l’EI est une menace à la communauté internationale. Valery Amirov, chercheur en déontologie du journalisme de guerre et professeur à l’Université fédérale de l’Oural, s’exprime sur la position de France 24. « S’il s’agit de crime, un journaliste neutre ne fait pas preuve de professionnalisme. L’existence d’une position fondée sur des valeurs humanistes, lui donne le droit de trier et de commenter l’information. »

Les débats sur cette couverture médiatique ont lieu en France, mais pas en Russie. Les vidéos des décapitations d’otages et des violences sont contournés par la majorité des chaines et des éditions russes. « La communauté journalistique en Russie se réfère au principe de « traumegénésis » de l’information. Le journaliste risque de provoquer un stress qui peut se transformer en trauma psychique et SSPT », explique Amirov. Le principe de « ne pas nuire » définit les lignes éditoriales et « la stratégie de comportement journalistique ». C’est pourquoi la question de l’image ne pose pas autant de problèmes qu’en France.

Une autre spécificité des journalistes de guerre en Russie : ils sont souvent issus de formations militaires. Ce n’est pas toujours le cas pour les freelances, dont le travail est peu apprécié par les médias russes. L’embedding est pratiqué comme dans les pays occidentaux mais il est aussi différent. « Nous ne cherchons pas l’exclusivité. Les journalistes occidentaux montrent, nous analysons», explique Alexander Sladkov, correspondant de guerre à Rossia TV. Ce qui explique que « les reportages de Vice n’ont suscité aucune agitation en Russie », estime Valery Amirov. Le code des principes éthiques de l’Union des journalistes liste les exigences primordiales du métier : « recueillir, analyser, comparer l’information de toutes les sources possibles, accompagner les messages par l’information sur les dessous réels des événements ». « Dans les conditions de censure imposée, Medyan Dairieh n’était pas capable de remplir ces taches », explique Amirov à propos du récent reportage de VICE en Irak et en Syrie. « Il ne s’agit pas de propagande, mais de la diffusion des voix des terroristes déguisée en journalisme objectif. Il n’existe aucune information pour laquelle le journaliste devrait renoncer aux principes déontologiques. »

Nadejda Driamina

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