Logiques médiatiques et conflits oubliés

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Arthur Kholiavyn est un expert letton dans le domaine des relations
internationales. Il explique que de nombreux conflits sanglants ont 
lieu partout dans le monde, mais restent oubliés par les journalistes.

L’on peut actuellement compter quarante-trois conflits armés dans le monde. Pourtant, la plupart d’entre eux ont été véritablement invisibles aux yeux des médias.

1404726767_d181d0bcd0b8Généralement, la guerre fait partie des thèmes les plus importants pour les médias. D’une part, car elle participe à la formation de l’opinion publique (sentiment patriotique, dons à des fondations, etc.).  De l’autre, le traitement médiatique de la guerre, aussi cynique que cela puisse paraître, constitue une partie de l’industrie du divertissement. Mais ce n’est pas nouveau : les éléments tels que la violence, la destruction, la redistribution du pouvoir, font partie intégrante de la société et de la nature humaine. Vous vous amusez à tirer sur tout ce qui bouge dans votre jeu vidéo préféré, et puis un jour, ça arrive vraiment. Mais avec un peu de chance, ce n’est pas chez vous que ça se passe, et vous serez bien protégé par votre « armure idéologique » qu’est votre écran de télévision.

Lorsqu’un conflit armé survient, le phénomène suivant survient systématiquement : les citoyens du monde entier s’insurgent devant leur ordinateur, faisant part de leurs émotions et faisant mine de connaître par cœur les enjeux du pays concerné alors que souvent, ils en connaissaient à peine l’existence la veille.

En réalité, ils se basent la plupart du temps uniquement sur les éléments ce que les médias leurs servent. Or, aujourd’hui, la méthode de sélection des informations par les médias n’a plus de secret pour personne. Il s’agit d’un mécanisme auto-reproducteur qui pousse les journalistes à nous parler pendant des heures des attentats au Pakistan mais en omettant totalement de nous informer sur les attentats aux Kiribati. Conclusion : aussi populaire et global soit le thème de la guerre, il peut ne pas atteindre le public.

Essayez donc de vous remémorer les conflits armés de cette année. Il y en a eu quarante-trois, dont neuf ayant fait plus de 1000 victimes; ce qui est, selon ​​la méthodologie de la base de données d’Uppsala Conflict, considéré comme une guerre.

Commençons par les guerres. Tout le monde sait que quelque chose se passe en l’Afghanistan, en Irak, en Somalie et en SyrieCertes, ce sont  les épisodes les plus sanglants de la guerre avec les islamistes dans les zones frontalières du Pakistan avec l’Afghanistan, et les attaques contre les chrétiens au Nigeria organisées par les islamistes qui  attirent le plus l’attention. Mais si l’on raisonne en terme de victimes, la deuxième guerre en 2013 fut celle des cartels de la drogue et du gouvernement mexicain  avec près de 12 000 personnes concernées, un nombre total de victimes et plus d’un demi-million forcés de quitter leur maison. Pourtant, en avez-vous entendu parler ? 

Dans la ville de La Barca, soixante-sept personnes ont été tuées en novembre dernier. L’année de l’investiture du président mexicain Enrico Peña Nieto, plus d’un demi-million de personnes ont été officiellement enlevées. Le nombre de soldats morts se compte par centaines, les policiers par milliers et les membres de cartels par dizaine de milliers. Le nombre d’enfants tués a dépassé le millier. La zone concernée par la guerre s’étend au moins sur sept États, ce qui équivaut à la taille de la France.

La guerre du sud-Soudan est un autre exemple de guerre « méconnue ». Si la couverture médiatique des conflits transfrontaliers sur les champs de pétrole dans la partie nord de l’État précédemment unifié a largement baissé, il semblerait que le conflit ethnique interne naissant ne soit pas digne d’intérêt du tout. Pendant ce temps, a débuté un conflit entre les Nuer et les Dinka, après que le leader de l’opposition ne soit pas venu au Conseil de libération nationale, où dix mille personnes étaient présentes. L’Ouganda est intervenu dans le conflit, et les citoyens des pays occidentaux ont quitté le pays sous le couvert des forces spéciales américaines. Cela rappelle un fameux conflit qui en 1994, a abouti à un des génocide les plus sanglant de l’histoire humaine. Dans ce pays potentiellement riche (avec ses réserves pétrolières), le spectre de la faim et de la crise humanitaire a commencé, avec notamment une épidémie de choléra.

En ce qui concerne le conflit centrafricain entre les groupes du gouvernement et les rebelles de la Séléka, il a lui bénéficié de l’attention des organisations internationales, mais pas les médias. L’Union européenne a renforcé ses troupes de maintien de la paix auquel la France a activement contribué. En réalité, le deuxième et le seul pays membre ayant réellement participé s’est avéré être … l’Estonie.

L’envoi de troupes de la part des gouvernements espagnols, finlandais, lettons, luxembourgeois, néerlandais et polonais n’est que récent. L’Union africaine a engagé sa mission, ainsi que des pays qui ne font pas partie d’aucune union quelle qu’elle soit. Ainsi, la Géorgie a envoyé son contingent limité, puis la la Russie, la Croatie et l’Albanie qui ont signé un accord de participation après la première phase de la guerre civile. Si les pays des Balkans peuvent saisir cette occasion pour réaffirmer leur intégration euro-atlantique, la Russie, elle, peut utiliser cet accord dans les négociations d’autres problèmes graves dans les relations avec l’UE.

Le degré d’intérêt porté à un conflit par les médias et la société dépend du nombre de victimes, de l’intensité et de la durée des affrontements, mais aussi et surtout du pays auquel appartiennent les médias en question.

Si ni la géopolitique, ni la politique, ni l’idéologie ni des valeurs spécifiques de la société n’est menacé, alors un citoyen lambda risque de ne pas être au courant d’un grave conflit à l’autre bout du monde. Cependant, notre époque nous a doté de l’outil merveilleux qu’est Internet, et il permet à quiconque le possédant de connaître le monde dans son ensemble et de s’informer par soi-même.

Source : Ridus

Traduction : Célia Mascré

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