Oligarque déshonoré, corrompu, Porochenko « incarne la faiblesse » selon les diplomates américains

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Le président Barack Obama est l’un des premiers à avoir félicité Porochenko pour sa victoire à la présidentielle de dimanche dernier en Ukraine. Il s’est d’ailleurs empressé d’organiser une rencontre au cours de sa prochaine tournée européenne, à priori à Varsovie le 3 juin. Par ses diverses fonctions ministérielles, Porochenko est loin d’être inconnu des diplomates américains. Mais ceci est inattendu : le journal russe Kommersant a publié ce matin à l’aube des révélations fournies par Wikileaks, concernant des centaines de documents touchant le nouveau Président ukrainien. Ces comptes-rendus et autres télégrammes s’étalent sur la période 2006-2010 et ne sont pas vraiment flatteurs pour le Roi du chocolat.

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Commençons en 2006, lorsque Porochenko était à la fois député du bloc « Notre Ukraine » (président du comité des finances et de l’activité bancaire), et Président du conseil de la banque nationale d’Ukraine. Le 26 mai 2006, Sheila Gwaltney, chef adjointe de la mission diplomatique américaine à Kiev, signale au Département d’État que l’image de Porochenko est « discréditée par des allégations crédibles de corruption. »

Dans un document daté du 16 février 2006, l’ambassadeur américain à Kiev, John Herbst, parle de Porochenko comme d’un « oligarque déshonoré ». Le 21 juin 2006, le nouveau chef de la mission diplomatique américaine, William Taylor, le décrit comme un « politique extrêmement impopulaire, jouissant d’un large soutien des chefs de partis grâce à son ancienne entreprise et ses activités organisationnelles. »

Un mois plus tard, William Taylor écrit que « Notre Ukraine » aurait pu emmener de jeunes cadres au sommet, mais a préféré « suivre le conseils de l’oligarque auto-discrédité Petro Porochenko, qui est devenu la personnification de toutes les faiblesses de ce parti ».

Une des séries de dépêches du département d’État porte sur la querelle ayant eu lieu entre Porochenko et Ioulia TImochenko. À propos de cette dernière, l’on peut y lire : « On ne peut pas lui faire confiance. Elle est hypocrite et n’a aucun principe ». Un peu plus loin, il est écrit que « Porochenko est prêt à prendre des mesures extrêmes dans son opposition à Ioulia Timochenko. Il ne s’arrêtera devant rien pour se venger d’elle suite à ses accusations publiques de corruption »

Dès 2009, lorsque Porochenko est devenu ministre des affaires étrangères, les diplomates américains parlent de lui de manière beaucoup plus positive. Dans un télégramme daté du 9 octobre 2009, le chargé d’Affaires en Ukraine, James Pettit, le qualifie de « Riche homme d’affaires avec de larges relations politiques, appelant à une intégration avec l’Union européenne et des relations plus pragmatiques avec la Russie. »

Le 26 janvier 2010, John Tefft, ambassadeur américain à Kiev, écrit que Porochenko a conclu un accord important avec le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Selon cet accord, Moscou n’enverrait pas son nouvel ambassadeur Mikhaïl Zurabov, en Ukraine, jusqu’à ce que le mandat du président Viktor Iouchtchenko* soit achevé. Selon John Tefft, c’est Porochenko lui-même qui a imaginé ce plan selon lequel Zurabov ne prendrait officiellement ses fonctions qu’au début du mandat de Ianoukovitch, en 2010. Toujours selon ce scénario, Zurabov devait arriver à Kiev avec des lettres de créance au nom de Viktor Iouchtchenko, en transmettre une copie au ministère ukrainien des Affaires étrangères et même les montrer aux journalistes. Et c’est effectivement ce qui s’est passé.

Dans divers télégrammes, d’autres diplomates américains affirment que Petro Porochenko, en tant que ministre des affaires étrangères, a veillé à ne pas trop se rapprocher de Moscou. Ainsi, dans une dépêche de décembre 2009, il est rapporté que lors d’une commission OTAN-Ukraine, Porochenko aurait appelé ses collègues occidentaux à « résister à toute tentative de la Russie d’instaurer une sorte de sphère d’influence ou d’utiliser un quelconque droit de veto sur la volonté de l’Ukraine à adhérer à l’alliance nord-Atlantique ».

Enfin, dans un télégramme daté du 17 février 2010, John Tefft relate une rencontre avec Porochenko, qui s’est venté d’avoir conseillé à Viktor Ianoukovitch de faire sa première visite à Moscou et non à Bruxelles. Dans ce contexte, Porochenko a exhorté les américains à ne pas trop prendre au sérieux les déclarations de Ianoukovitch, notamment lorsqu’il approuve la proposition de D. Medvedev (alors Président russe) de créer une « nouvelle architecture de sécurité en Europe ». Dans le même temps, toujours selon John Tefft, Porochenko aurait insisté, malgré la position du nouveau Président ukrainien, pour que « L’Ukraine continue de chercher adhésion à l’OTAN, mais sur le long terme. »

À la question « Que pense M. Porochenko de toutes ces caractéristiques que le Département d’État américain lui attribue ? » son attachée de presse Irina Frize, a répondu qu’il ne les avait pas lues.

 

* À l’époque, Dmitri Medvedev avait accusé son homologue Iouchtchenko de mener une « politique anti-russe »

Source : Kommersant


Célia Mascré

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