L’azerbaïdjan et le Conseil de l’Europe : une crise de légitimité

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Vugar Gojayev est un militant azerbaïdjanais pour les droits de l'Homme.
Anciennement à la tête de l'International Crisis Group pour l'Azerbaïdjan, 
il représente actuellement son pays au siège de Human Right Watch.

Le 14 mai marque une nouvelle étape dans le paradoxe européen. L’Azerbaïdjan, pays dirigé par un gouvernement autoritaire ayant, ces dernières années, particulièrement réprimé la liberté de presse et muselé la liberté d’expression, prend la présidence de l’assemblée du Comité des ministres du Conseil de l’Europe, organe de décision de l’Organisation.

Ilham Aliyev et Herman Von Rompuy

Ilham Aliyev et Herman Von Rompuy

N’oublions pas que le Conseil de l’Europe est supposé être une Organisation dévouée à la promotion des droits humains et de la démocratie. Il est aberrant qu’un pays ayant un tel dédain pour les valeurs européennes fondamentales en dirige maintenant le Conseil.

L’Azerbaïdjan a été admis en janvier 2001, et ce malgré une excellente documentation sur les lacunes démocratiques de ce pays. À ce moment là, on espérait que l’adhésion au Conseil de l’Europe (CdE) aurait une influence positive sur Bakou, mettant les dirigeants azerbaïdjanais sous pression pour ouvrir le système. C’est pourtant l’inverse qui s’est produit : durant la dernière décennie, la démocratie a encore décliné de manière régulière et l’Azerbaïdjan se retrouve régulièrement en fin de liste des classements mondiaux concernant les libertés politiques, la corruption et les abus de droits.

L’aspect le plus exaspérant quant à cette présidence est que ce pays a échoué à remplir la majorité des critères d’adhésion au CdE. Ces critères obligent l’Azerbaïdjan à, entre autres, libérer ou rejuger les prisonnier politiques identifiés par les Organisations des droits de l’Homme, garantir la liberté d’expression et d’indépendance des médias, et amender les réglementations concernant les procédures d’appels.

Pratiquement aucune des réformes promises en 2001 ne s’est matérialisée et on assiste clairement à un déclin des droits civiques et politiques. Pour faire taire les critiques à propos du gouvernement, les autorités azerbaïdjanaises emploient la technique de la « porte tournante » à savoir : les victimes de harcèlement sont arrêtées puis relâchées, puis ré-arrêtées très peu après. Juste l’année dernière, les autorités azerbaïdjanaises ont arrêté des douzaines de hauts-membres de l’opposition politique, des défenseurs des droits de l’Homme, des jeunes activistes et journalistes en se basant sur des accusations montées de toute pièce ou sur des accusations politiques. Les élections sont truquées, la corruption est rampante, et le système judiciaire est complètement affilié à la branche exécutive.

La présidence de l’assemblée des ministres du CdE, organe en charge d’évaluer les progrès azerbaïdjanais à propos des critères d’entré dans le CdE à produit huit rapports concernant l’Azerbaïdjan depuis son adhésion. Tous ont montré les échecs et les violations sans fin des droits humains. Dans un rapport récent, Nils Muizniek, le commissaire au droit de l’homme du Conseil de l’Europe a exprimé ses inquiétudes à propos « des apparentes intensifications des poursuites criminelles injustifiées visant les personnes au point de vue dissidents, incluant les journalistes, les blogueurs et les activistes ». Parmi ces critiques, l’on peut ajouter les restrictions concernant la liberté d’expression, de rassemblement, d’association et les droits de propriété.

Aujourd’hui, en Azerbaïdjan, beaucoup se demandent quel est le rôle de l’organisation Européenne dans la transition démocratique. Ils se demandent comment, au vu des agissements évidents de leur gouvernement concernant les droits humains, leur État peut continuer d’être un membre du Conseil de l’Europe dont le seul rôle est d’assurer la protection des droits humains et de demander des comptes au gouvernement lorsqu’ils sont violés.

La répression azerbaïdjanaise sur les militants de la société civile a été faite au vu et au su du Conseil de l’Europe. Le Conseil a choisi de détourner les yeux de ces violations. Certes, des déclarations sévères ont été faites à de nombreuses reprises, mais aucun acte de fond n’a suivi. Il a soutenu l’administration du président Ilham Aliyev alors qu’il durcissait sa poigne autoritaire sur la société et la politique.

Bakou utilise son appartenance au Conseil de l’Europe comme un badge de légitimité. Il ne devrait pas être autorisé à se réclamer encore de ce Conseil, à moins de démontrer une réelle volonté à la démocratisation, et encore moins alors qu’il continue de violer les principes sur lesquels a été construit le Conseil de l’Europe.

Pour regagner sa crédibilité au yeux des Azerbaïdjanais, tout autant qu’aux yeux des autres, le conseil de l’Europe ne devrait pas seulement devenir plus audible à propos de l’absence de démocratisation de Bakou mais devrait aussi adopter de réelles sanctions afin que Aliyev et son gouvernement change de chemin. Les autorités à Bakou devraient être forcées de comprendre que leurs efforts pour éliminer toute critique gouvernementale ne sont pas acceptables dans une démocratie moderne.

La présidence de l’assemblée du Comité des ministres du Conseil de l’Europe offre des opportunités d’exercer des pressions sur Bakou. L’Organisation devrait inclure dans son dialogue avec l’Azerbaïdjan la nécessité de libérer immédiatement ceux qui croupissent en cellule sur des motivations politiques et que les droits quasi-inexistants soient réellement transformés pour ceux qui souffrent des persécutions des mains du gouvernement azerbaïdjanais.

Source : Eurasianet

Traduction : @Ligouchka

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Oligarque déshonoré, corrompu, Porochenko « incarne la faiblesse » selon les diplomates américains

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Le président Barack Obama est l’un des premiers à avoir félicité Porochenko pour sa victoire à la présidentielle de dimanche dernier en Ukraine. Il s’est d’ailleurs empressé d’organiser une rencontre au cours de sa prochaine tournée européenne, à priori à Varsovie le 3 juin. Par ses diverses fonctions ministérielles, Porochenko est loin d’être inconnu des diplomates américains. Mais ceci est inattendu : le journal russe Kommersant a publié ce matin à l’aube des révélations fournies par Wikileaks, concernant des centaines de documents touchant le nouveau Président ukrainien. Ces comptes-rendus et autres télégrammes s’étalent sur la période 2006-2010 et ne sont pas vraiment flatteurs pour le Roi du chocolat.

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Commençons en 2006, lorsque Porochenko était à la fois député du bloc « Notre Ukraine » (président du comité des finances et de l’activité bancaire), et Président du conseil de la banque nationale d’Ukraine. Le 26 mai 2006, Sheila Gwaltney, chef adjointe de la mission diplomatique américaine à Kiev, signale au Département d’État que l’image de Porochenko est « discréditée par des allégations crédibles de corruption. »

Dans un document daté du 16 février 2006, l’ambassadeur américain à Kiev, John Herbst, parle de Porochenko comme d’un « oligarque déshonoré ». Le 21 juin 2006, le nouveau chef de la mission diplomatique américaine, William Taylor, le décrit comme un « politique extrêmement impopulaire, jouissant d’un large soutien des chefs de partis grâce à son ancienne entreprise et ses activités organisationnelles. »

Un mois plus tard, William Taylor écrit que « Notre Ukraine » aurait pu emmener de jeunes cadres au sommet, mais a préféré « suivre le conseils de l’oligarque auto-discrédité Petro Porochenko, qui est devenu la personnification de toutes les faiblesses de ce parti ».

Une des séries de dépêches du département d’État porte sur la querelle ayant eu lieu entre Porochenko et Ioulia TImochenko. À propos de cette dernière, l’on peut y lire : « On ne peut pas lui faire confiance. Elle est hypocrite et n’a aucun principe ». Un peu plus loin, il est écrit que « Porochenko est prêt à prendre des mesures extrêmes dans son opposition à Ioulia Timochenko. Il ne s’arrêtera devant rien pour se venger d’elle suite à ses accusations publiques de corruption »

Dès 2009, lorsque Porochenko est devenu ministre des affaires étrangères, les diplomates américains parlent de lui de manière beaucoup plus positive. Dans un télégramme daté du 9 octobre 2009, le chargé d’Affaires en Ukraine, James Pettit, le qualifie de « Riche homme d’affaires avec de larges relations politiques, appelant à une intégration avec l’Union européenne et des relations plus pragmatiques avec la Russie. »

Le 26 janvier 2010, John Tefft, ambassadeur américain à Kiev, écrit que Porochenko a conclu un accord important avec le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Selon cet accord, Moscou n’enverrait pas son nouvel ambassadeur Mikhaïl Zurabov, en Ukraine, jusqu’à ce que le mandat du président Viktor Iouchtchenko* soit achevé. Selon John Tefft, c’est Porochenko lui-même qui a imaginé ce plan selon lequel Zurabov ne prendrait officiellement ses fonctions qu’au début du mandat de Ianoukovitch, en 2010. Toujours selon ce scénario, Zurabov devait arriver à Kiev avec des lettres de créance au nom de Viktor Iouchtchenko, en transmettre une copie au ministère ukrainien des Affaires étrangères et même les montrer aux journalistes. Et c’est effectivement ce qui s’est passé.

Dans divers télégrammes, d’autres diplomates américains affirment que Petro Porochenko, en tant que ministre des affaires étrangères, a veillé à ne pas trop se rapprocher de Moscou. Ainsi, dans une dépêche de décembre 2009, il est rapporté que lors d’une commission OTAN-Ukraine, Porochenko aurait appelé ses collègues occidentaux à « résister à toute tentative de la Russie d’instaurer une sorte de sphère d’influence ou d’utiliser un quelconque droit de veto sur la volonté de l’Ukraine à adhérer à l’alliance nord-Atlantique ».

Enfin, dans un télégramme daté du 17 février 2010, John Tefft relate une rencontre avec Porochenko, qui s’est venté d’avoir conseillé à Viktor Ianoukovitch de faire sa première visite à Moscou et non à Bruxelles. Dans ce contexte, Porochenko a exhorté les américains à ne pas trop prendre au sérieux les déclarations de Ianoukovitch, notamment lorsqu’il approuve la proposition de D. Medvedev (alors Président russe) de créer une « nouvelle architecture de sécurité en Europe ». Dans le même temps, toujours selon John Tefft, Porochenko aurait insisté, malgré la position du nouveau Président ukrainien, pour que « L’Ukraine continue de chercher adhésion à l’OTAN, mais sur le long terme. »

À la question « Que pense M. Porochenko de toutes ces caractéristiques que le Département d’État américain lui attribue ? » son attachée de presse Irina Frize, a répondu qu’il ne les avait pas lues.

 

* À l’époque, Dmitri Medvedev avait accusé son homologue Iouchtchenko de mener une « politique anti-russe »

Source : Kommersant


Célia Mascré

État des lieux de la crise ukrainienne, facteurs et conséquences

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Petro Porochenko, Président fraîchement élu en Ukraine Crédits : uarisis.org

L’Ukraine, ou l’absence de Nation

L’Ukraine telle qu’on la connaît actuellement est née en 1991, à la chute de l’URSS, et si on peut parler de pays, il n’est pas sur que l’on puisse parler de Nation. Cet état de fait prend ses origines dans l’histoire, la religion et la langue. Historiquement, il a bien existé une Ukraine – même si elle ne se nommait pas comme cela – lorsque Kiev était la principauté la plus puissante et la plus organisée du monde slave (Moscou n’existait même pas alors), mais elle a été détruite par les mongols et ne s’est jamais remise de ses blessures.

Par la suite, les terres de l’actuelle Ukraine ont été divisées entre Europe occidentale et Europe orientale, certaines d’entre elles étaient allemandes, polonaises, tchèques, d’autres Russes, ottomanes, ou encore cosaques. Alors que la majeure partie du territoire était sous domination russe, il existait bel et bien une langue ukrainienne. Mais même à ce moment là, cette langue n’était pas parlée sur tout le territoire de l’actuelle Ukraine.

Ces divisions linguistiques ont encore été accentuées par la domination, voire colonisation, russe. L’Ukraine a donc été divisée en régions parlant des langues comme l’ukrainien, l’allemand etc., et les régions russophones. Toujours pour les mêmes raisons, l’Ukraine est divisée en trois Églises, l’Église Orthodoxe rattachée au patriarcat de Moscou au sud-est, l’Église Orthodoxe du patriarcat de Kiev et l’Église Uniate qui suit les rites orthodoxes mais est rattachée à Rome. Globalement, les ukrainiens russophones sont orthodoxes rattachés au patriarcat de Moscou, tandis que les ukrainiens dont la langue maternelle est l’ukrainien sont plutôt Uniates ou Orthodoxes de Kiev.

Cette différence, que l’on peut donc qualifier de culturelle (une religion différente, une langue différente et parfois une ethnie différente), a des conséquences au niveau du sentiment de nation ukrainienne. S’il peut être très fort dans le nord-ouest, il est au contraire très faible dans la partie sud-est de l’Ukraine. Cet état de fait s’illustre notamment avec une quasi-absence du parti Svoboda dans le sud-est alors que le parti est bien mieux implanté dans le nord-ouest de l’Ukraine.

Quelles sont les conséquences de cette division interne de l’Ukraine ?

Ces divisions sont visibles, dans un premier temps, au niveau électoral : on peut le voir dans cette infographie, les régions russophones et du sud-est ont voté pour le président Ianoukovitch en 2010 (qui, il faut le rappeler, a été élu légalement et en toute transparence selon l’OSCE) tandis que les autres régions ont plutôt voté pour Ioulia Timochenko (BlouT).

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Cartographie : Célia Mascré

Durant les événements du Maïdan, qui ont conduit à la renégociation d’un accord prévoyant un gouvernement d’Union Nationale, le sud n’a pas manifesté d’hostilité aux événements en cours (on aurait par exemple pu imaginer des contre-manifestations dans le sud, voire même dans Kiev). Ils ont en revanche clairement manifesté leur mécontentement lorsque Ianoukovitch, Président pour qui ils avaient en majorité voté de manière légale et démocratique, a été contraint de fuir le pays. Puis, ils ont clairement pris les armes lorsque le Parlement ukrainien a décrété que le russe ne pouvait plus être une langue officielle en Ukraine (alors même que dans ces régions, pour plus de 40% des habitants, le russe est la langue maternelle). Les conséquences directes sont visibles aujourd’hui : rattachement de la Crimée à la Russie après qu’elle en a fait la demande, indépendance du Donbass votée par référendum, etc.

Les conséquences néfastes d’une telle situation

Pour l’Ukraine, cette situation ne peut évidemment pas déboucher sur une situation paisible et les clivages entre Est et Ouest ne peuvent qu’en sortir renforcés. C’est évidemment sans compter le risque, réel, de guerre civile. Hormis ces conséquences politiques, la crise a également un impact économique grave, avec une paralysie de l’économie ukrainienne, l’explosion du prix du gaz, la difficulté de circulation des personnes, des biens et des ressources.

Cette crise a également des conséquences sur les deux voisins directs de l’Ukraine, à savoir la Russie et l’Union Européenne.

Pourquoi la Russie n’a ni intérêt à une partition de l’Ukraine, ni à une  guerre civile dans le pays.

Concernant tout d’abord la Russie, en matière économique, Gazprom représente 25% des rentrées d’argent de l’État russe, le principal client de Gazprom étant l’Union Européenne dont plus de 40% du gaz vient de Russie (pour certains pays cette proportion monte jusqu’à 100%). De plus, 80% du gaz russe transitant par l’Ukraine, une guerre civile dans ce pays provoquerait de sérieux problèmes pour l’achat de gaz russe de la part de l’UE. Or, si la Russie ne vend plus de gaz à l’Union Européenne, elle perd une de ses principales rentrées d’argent, et l’on se souvient des conséquences de la baisse du cours du gaz dans les années 80 sur l’URSS…

Au vu du traumatisme qu’ont subi les Russes (Vladimir Poutine compris) à la chute de l’URSS et dans les années 90, on imagine bien qu’ils n’ont aucune envie que le scénario se reproduise. C’est pourquoi V. Poutine fera tout pour éviter la guerre civile en Ukraine, surtout si l’on ajoute les multiples désavantages que compte le fait d’avoir un pays voisin en guerre civile (instabilité, terrorisme, réfugiés, absence d’État avec qui traiter). La partition de l’Ukraine en deux n’est pas forcément non plus à son avantage : quel intérêt aurait la Russie à perdre son influence sur la partie occidentale de l’Ukraine, qui serait susceptible d’intégrer l’OTAN ?

Concernant l’annexion du sud-est de l’Ukraine par la Russie, il s’agit d’un scénario peu probable tant les conséquences sur les États alliés de la Russie seraient néfastes. Ceux-ci hébergent une minorité russe importante et l’annexion par la Russie de zone à minorité russophone en Ukraine ne peut que leur faire craindre une action similaire chez eux. Ils pourraient donc être tentés d’un rapprochement avec l’OTAN, ce qui est évidemment contraire aux intérêts russes notamment avec son projet de créer une Union Douanière Eurasiatique. Avec la crise ukrainienne, la Russie court de gros risques économiques : l’UE est la première zone commerciale mondiale et un marché riche dont la privation ne peut être que négative. De plus, les sanctions internationales à l’encontre de la Russie présentent un risque d’ostracisation par rapport à la communauté mondiale d’échange, ce qui évidemment freinerait largement son développement économique.

La Russie, partenaire indispensable de l’Europe

L’UE, on l’a déjà vu, est très dépendante du gaz russe non seulement sur le court terme avec aujourd’hui 40% des 50% de gaz importé par l’UE venant de Russie mais aussi sur le long terme avec en prévision pour 2020, 70% de gaz importé. Il va donc falloir trouver des producteurs. Or, la Russie, avec les premières réserves mondiales de gaz naturel au monde, sa position proche de l’Europe*, est un partenaire avec lequel il faut compter. Le risque est, pour l’Union Européenne, qu’à force de tourner le dos à la Russie, celle-ci finisse de tendre la main à la Chine qui a aussi besoin de ce gaz et est un partenaire moins regardant que l’Union Européenne.

Cette situation est d’ailleurs déjà en train de se réaliser avec la récente conclusion d’un accord de plusieurs centaines de milliards d’euros (293 milliards) pour plusieurs décennie (30 ans). Un rapprochement de la Russie avec la Chine ne peut avoir que des conséquences néfastes sur le prix du gaz et donc sur le prix de l’énergie en Europe. Le coût horaire moyen dans l’industrie du textile en Chine est de 0,8$ brut de l’heure, 14$ en Europe (30$ en France) : il n’est pas sur que l’on puisse se permettre une augmentation du prix de l’énergie notamment dans les pays qui sont extrêmement dépendants au gaz (ce qui n’est pas le cas de la France dont seulement 5% de l’énergie provient du gaz)

Qu’en est-il du risque de troisième guerre mondiale ? Il semble complètement inenvisageable, aucun dirigeant politique n’étant assez fanatique pour déclencher une guerre de ce type au risque que toute la population et son pays soient anéantis. Si on peut dire que Poutine est parfois à la limite du raisonnable, il n’est pas stupide et connaît les limites à ne pas dépasser. Et malgré tout ce que l’on peut dire sur lui en Occident, ce n’est pas un fou sanguinaire. Pourtant il semble que les médias occidentaux aiment le  comparer à un Tsar ou à Staline, Staline n’ayant lui même pas déclenché de guerre avec l’occident, il faut s’en souvenir. Il aime son pays, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il ne s’enrichit grâce à cette situation.

Qui tire son épingle du jeu ?

Il y a deux acteurs indirects dans la crise ukrainienne : ce sont les USA et la Chine. Pour eux, cette crise ne possède que des avantages.

Commençons par voir quelles peuvent être les conséquences positives pour l’UE et pour la Russie. Pour l’un comme pour l’autre, il va s’agir de ne plus être interdépendant. La Russie exporte 70% de son gaz en Europe, elle va désormais aussi exporter en Chine. Ainsi, elle ne dépendra plus uniquement de l’UE pour ce qui constitue actuellement 25% de ses rentrées d’argent. De son côté, l’UE, qui importe 40% de son gaz de Russie, aura donc à trouver d’autres fournisseurs quoi qu’il arrive. Des États comme l’Allemagne et l’Italie devraient par exemple revendre du gaz stocké aux pays dépendant à 100% du gaz russe.

Un rapprochement politique avec la Chine envoie également un signal fort aux occidentaux : « La Russie n’est pas isolée, elle n’a pas besoin de vous ». Pourtant même si on peut y voir de manière positive la fin la dépendance européenne vis-à-vis de la Russie pour le gaz, on ne peut que se poser la question du prix du gaz importé venant d’autres producteurs. Le passage par la méthanisation devient en effet passage quasi-obligé; avec tout ce que ça implique en terme d’investissements dans les transports et en termes d’infrastructure.

Enfin, le dernier avantage qu’aurait l’UE en cas de partition de l’Ukraine ou de victoire des partisans de Maïdan serait un gain d’influence et surtout d’un nouveau marché plus à l’Orient encore. Mais ce marché est pauvre et ne compense absolument pas la perte/l’absence de la Russie comme partenaire à la fois commercial et politique.

Dans ce cas, qui tire réellement avantage de la crise ukrainienne et d’un refroidissement des relations EU-Russie ?

Sans être adepte de la théorie du complot ou instrument de la propagande Russe (car elle existe), il semble bien que les deux seuls pays qui ont avantage à ce que la situation d’instabilité en Ukraine persiste soient la Chine et surtout… les USA.

Quels avantages pourrait bien tirer la Chine d’un refroidissement des relations Russo-Européennes ? La Chine et la Russie ont 3 645 km de frontière commune, la Russie est un marché de plusieurs centaines de millions d’habitants et surtout, la Russie est la première réserve de gaz naturel mondiale. La Chine, elle, compte 1400 millions d’habitants, a une croissance de 7,8% en 2013 et est un des premiers pays exportateurs au monde. Pour l’instant, son principal mode de production d’énergie réside dans les centrales thermiques fonctionnant au charbon, et source de pollution très importante. Or, la population chinoise est de plus en plus sensible à cette question, et la Chine a d’ailleurs dans ses derniers plans quinquennaux placé la lutte contre la pollution en tête de ses objectifs. Le gaz naturel étant des ressources fossiles celle qui est la plus propre, il n’est guère étonnant qu’elle l’intéresse (elle cherche de toute manière à diversifier ses approvisionnements en énergie).

Les États unis ont tout intérêt à ce que l’UE et la Russie voient leurs relations se tendre et que leurs échanges s’amoindrir. Pourquoi ? Les USA et l’UE sont concurrents en termes industriels. En effet, les industries qui n’ont pas été délocalisées dans les pays à main-d’œuvre peu chère sont les mêmes en Europe et aux USA. Le prix de la main-d’œuvre étant sensiblement le même (légèrement plus bas aux USA qu’en Europe de l’Ouest), le prix de l’énergie apparaît comme essentiel. Les États-Unis sont derrière la Russie le deuxième pays producteur de gaz au monde, ils disposent de la technologie de métanisation et ont tout intérêt à ce que l’UE leur achète du gaz plutôt qu’à la Russie. Cela pour deux raisons : non seulement car ça leur permettrait de gagner de l’argent en exportant une denrée naturelle, mais aussi de faire monter les prix de l’énergie en UE, vu les moyens devant être mis en œuvre pour cette exportation. Ils n’ont donc qu’à gagner à ce que l’UE ne puisse plus échanger de gaz avec la Russie. En cas de partition de l’Ukraine en deux, il y a fort à parier que la partie occidentale de l’Ukraine finirait par rejoindre l’OTAN dirigé par les USA dont c’est un instrument de politique étrangère.

La cartographie ci-dessous illustre à quel point l’OTAN s’est étendu à l’est, au point de ne plus être qu’à 150km de Saint-Pétersbourg. En cas d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, Moscou se retrouverait à 500km des frontières de l’Alliance atlantique. Ceci, on l’imagine, ne pourrait qu’être envisagé comme une menace par la Russie.

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Cartographie : Célia Mascré

La question qui reste en suspens, est : que va faire et que peut faire le Président nouvellement élu d’Ukraine ?

Célia Mascré

* Le gaz étant une ressource transitant par gazoduc principalement les
 technologies de métanisation étant très onéreuses et compliquées à mettre
 en place

Ukraine : l’ONU refuse d’enquêter sur la tragédie d’Odessa

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La demande russe d’enquêter sur la tragédie d’Odessa a été rejetée hier par les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies. C’est Vitaly Tchourkine, le représentant permanent de la Russie à l’ONU, qui l’a annoncé aux organes de presse : « Malheureusement, les membres du Conseil n’ont pas pu appuyer notre demande de faire appel au secrétaire général pour mettre en place une enquête impartiale » a-t-il déclaré.

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La Maison des syndicats, à Odessa.

L’incendie du 2 mai dans la Maison des syndicats à Odessa avait fait 48 morts et provoqué un véritable choc en Ukraine et en Russie. Les militants séparatistes d’Odessa, lors d’affrontements de rue contre les activistes d’Euromaïdan, s’étaient réfugiés dans la Maison des syndicats, sur la place du Champdes-Bécasses. Attaqués par des tirs de cocktails Molotov, ils ont tragiquement péri au nombre de quarante-huit dans l’incendie. Les experts-légistes ont montré que la plupart des victimes sont décédées des suites d’un arrêt respiratoire dû à l’exposition à un produit chimique, probablement du chloroforme. Plusieurs personnes ont également été tuées par balle.

Vitaly Tchourkine déplore notamment que le rapport de l’adjoint à la présidence de l’ONU, Ivan Šimonović, sur les événements en Ukraine ne reflète pas la réalité. Le rapport des experts des droits de l’homme, lui, ne ferait que réaffirmer « la version de Kiev » et ne tiendrait pas compte de certains aspects importants pour les résidents de l’Est de l’Ukraine. Par exemple, V. Tchourkine note que le rapport omet de préciser que les autorités de Kiev ont bloqué l’approvisionnement en eau de la Crimée, ce qui, selon lui, est une violation des normes internationales.

Pour les moins sensibles, je vous invite à écrire « Одесский дом Профсоюзов » dans votre moteur de recherche et regarder les images non censurées des événements. Car même si les médias français n’ont pas relayé l’information – ou alors de manière biaisée ou très tardive, ce n’est pas une raison pour ne pas s’informer soi-même 😉 ! La barbarie et la cruauté sont bien présentes dans les deux camps (si l’on considère qu’il n’y que deux camps…)

Source : ITAR-TASS, Communiqué de presse officiel de l’ONU