Invasion de la Crimée : une erreur économique et stratégique pour la Russie

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Auteur : Mark Adomanis, spécialiste de l'économie russe

L’invasion de la Crimée pourrait constituer la pire erreur de la politique étrangère russe à l’échelle de toute une génération.

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La dernière fois que j’ai écrit sur la Crimée, ce qui s’y passait n’était pas encore très clair. Il semblait que les Russes avaient décidé d’intervenir, mais ils continuaient à nier en bloc toute implication et les différents rapports, autres que ceux de Sébastopol (où la Russie avait déjà environ 15 000 troupes stationnées) et Simferopol (capitale régionale), étaient confus et contradictoires. Actuellement, il n’y a pas l’ombre d’un doute : dans une campagne qui a toutes les caractéristiques de sa doctrine militaire, la Russie a déployé des milliers de soldats sur le territoire souverain d’Ukraine. Les troupes russes, qui ne prétendent même pas agir selon un accord passé (comme à l’époque du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, ndt), ont dimanche matin désarmé le peu de personnel militaire ukrainien implanté dans la péninsule. En bloquant les points d’accès routier et en prenant le contrôle du peu d’infrastructures locales, les troupes Russes ont coupé la Crimée du reste du monde. Il n’y a aucune exagération à dire que la Russie a envahit et annexé la Crimée.

La gravité de la situation dépend d’un grand nombre de variables, dont la plus importante est celle des intentions la Russie. À l’heure actuelle, impossible de savoir si la Russie entend simplement punir la Crimée pour le renversement de Viktor Ianoukovitch ou si elle a l’intention de mener une campagne beaucoup plus vaste (et beaucoup plus dangereuse) pour renverser et remplacer le nouveau gouvernement ukrainien. Aucun des deux scénarios n’est justifié, et toute tentative russe de récupérer de force la Crimée violerait toute une série de lois et de traités internationaux. Mais l’existence de nombreux « conflits gelés » dans l’espace post-soviétique montre que la vie peut continuer après la création d’une enclave pro-russe. Mais si l’objectif réel de la Russie est un changement de régime, l’autorisation du Parlement russe à un recours à la force était si vaguement énoncé qu’il pourrait justifier n’importe quel type d’action, et nous pourrions prochainement voir une guerre ouverte éclater au sein de l’Europe pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Cependant, même en imaginant le moins pire des sénarios, à savoir que la Crimée devienne une enclave russe sur le modèle de l’Abkhazie ou la Transnistrie, (ce qui, serait malgré tout très mauvais!), la Russie a commis une grosse erreur de calcul qui pourrait empoisonner ses relations avec l’Europe et les Etats-Unis pour une décennie. Contrairement à 2008, lorsque les Géorgiens ont donné un semblant de justification à l’intervention russe en Ossétie du sud en tirant les premiers, rien de ce qui est arrivé en Crimée ou n’importe où ailleurs en Ukraine ne ressemble, même de loin, à une juste cause. L’intervention russe en Crimée est une tentative flagrante d’utiliser la force militaire pour influencer la politique d’un autre pays, et elle sera considérée comme telle par tout le monde en Europe et aux États-Unis. Il n’y a pas beaucoup de groupes à l’Ouest qui soit incliné vers de meilleures relations avec la Russie, et même si elle détient un certain soutien dans les milieux d’affaires et diplomatiques, les rares qui existent seront complètement marginalisés et discrédités. La dynamique des sanctions et des peines complémentaires augmentera, et personne aux États-Unis ou en Europe n’osera s’y opposer tout simplement parce qu’ils ne voudront pas être considérés comme « ceux qui ont soutenu l’agression russe ». Donc, pour résumer, le petit nombre de sympatisants de la Russie en Occident sera réduit à néant et ses relations avec l’Europe et les USA se détérioreront au pire niveau depuis Gorbatchev.

Et ce ne sont que les coûts diplomatiques. Les répercutions économiques de la Russie seront également sévère. La bourse de Moscou va se faire absolument assommer quand elle ouvrira ses portes demain, et de nombreux investisseurs étrangers vont décamper aussi vite qu’ils le peuvent. Selon la gravité de la situation en Ukraine, le système financier russe pourrait stagner. C’est la façon dont le monde fonctionne : les investisseurs réagissent souvent de façon excessive à des événements politiques. L’économie de la Russie a déjà été ralentie depuis plusieurs trimestres, et la dernière chose dont elle a besoin en ce moment est une énorme accélération de la fuite des capitaux. Le rouble va également souffrir, et même si sa dévalorisation pourrait se traduire positivement pour les fabricants nationaux à court terme, elle est plutôt susceptible de déclencher l’inflation, voire pousser la Banque centrale à relever ses taux d’intérêt.

La Russie va «réussir» –  dans le sens le plus étroit – à gérer la Crimée et, peut-être, d’autres parties de l’Est de l’Ukraine. Mais d’un point de vue stratégique, son intervention en Ukraine serait un désastre : cela aurait pour conséquence d’affaiblir sérieusement une économie déjà en bégaiement et empoisonnera les relations avec un grand nombre de pays avec lesquels la Russie a besoin d’avoir des relations de travail productives. Si la Russie pourrait s’avérer capable d’influencer en toute confiance ses « étrangers proches », certains agissement pourraient constituer une erreur aux proportions historiques.

Source : Forbes

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