Crimée : le risque d’une Troisième Guerre mondiale ?

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Ostap Karmodi écrit pour le site Colta.ru à propos de la crise en Crimée
et le scénario d'une issue des plus effrayantes.

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Ces derniers temps, beaucoup d’encre coule concernant l’introduction des troupes russes en Crimée, et aujourd’hui en particulier. À vrai dire, l’évolution de la situation est telle que la possibilité d’une troisième guerre mondiale n’est pas si absurde. Le président du comité de la Douma pour les affaires de la CEI promet de répondre rapidement à la question sur l’appartenance de la Crimée à la Russie, si la Crimée le demande. Le parlement de Crimée a levé le drapeau de la Russie et a annoncé l’organisation d’un référendum, le 25 mai (la date a finalement été rapprochée au 30 mars, ndt). La Russie a décidé d’envoyer des troupes à la frontière avec l’Ukraine, tout comme elle l’a fait avec la Géorgie en 2008. De grands transports de la flotte Baltique de la Fédération de Russie sont entrés dans la mer Noire, ainsi que le navire amiral de la 6ème flotte américaine.

Ces derniers jours, les politiciens occidentaux ont demandé plusieurs fois à la Russie de respecter l’intégrité territoriale de l’Ukraine – ils craignent donc de manière évidente que la Russie puisse cesser de le faire. Les ministres de la défense des pays de l’OTAN et le secrétaire d’État américain John Kerry évoquent la question avec passion, mais aucune promesse de protéger l’Ukraine n’a été faite.

La peur (ou l’espoir, cela dépend) que la Russie fasse entrer ses troupes en Crimée, est comme suspendue dans l’air. Beaucoup se souviennent d’août 1968 (Printemps de Prague, ndt). Mais les événements d’août 1968 sont des broutilles par rapport à ce qui pourrait se passer avec la Crimée, et les autorités russe feraient mieux de prendre une décision mûrement réfléchie.

Si cela se produit effectivement, nous nous trouvons face à la perspective quasi-inévitable d’une Troisième guerre mondiale. Elle n’arrivera ni aujourd’hui ni demain, car aujourd’hui, l’Occident a peu de chances de se battre pour la Crimée. Mais il a également peu de chance d’en tolérer l’occupation. Encore un mouvement brusque de la part de la Russie, qui sera forcément franchi si l’entrée des troupes en Crimée a lieu, l’Occident ne pourra tout simplement pas se garder d’intervenir.

Une guerre nucléaire a été évitée dans la deuxième partie du XXème siècle grâce à une délimitation claire des sphères d’influences respectives de l’URSS et de l’OTAN. La délimitation existait encore à l’ère nucléaire, depuis le printemps et l’été 1945, et se trouvaient à peu près là où s’étaient arrêtées les différentes armées alliées. Les frontières ne convenaient peut-être pas à l’Ouest, mais l’URSS, pour qui la zone d’influence s’est élargie bien au-delà de l’empire russe, était tout à fait satisfaite. L’apparition de l’arme nucléaire n’a fait que fixer ces limites. L’Occident aurait pu regarder avec indignation ce que faisait l’URSS en Hongrie en 1956 ou en Tchécoslovaquie, en 1968, et ressentir de l’empathie pour les résidents des pays de la «démocratie populaire», mais ils étaient impuissants, tout simplement parce que ces pays étaient des «proies légitimes» de l’URSS.

Aujourd’hui, la Russie n’a pas pas de sphère d’influence reconnue par l’Occident, à l’exception de sa frontière officielle.

Et, c’est une évidence, les européens n’apprécient pas ses dirigeants. Parce que l’actuelle Russie a perdu une grande partie de ce qui constituait l’empire Russe et l’URSS. Sauf que sur ces territoires, vivent des gens qui parlent russe.

… Et les dirigeants russes veulent les récupérer. Le plus pacifiquement possible, dans le cadre d’une union douanière. Mais tous les pays de l’ex-URSS ne veulent pas rejoindre la Russie, loin de là. L’Europe, de son côté, ne reconnaît pas le droit invoqué par la Russie de protéger la population de ces États. Ce qui rend la situation beaucoup plus similaire à celle de la première moitié du XXE siècle, lorsque l’Europe n’avait pas clairement été séparée par des sphères d’influence et lorsque les perdants d’autrefois* avaient une volonté de revanche qui n’a été retenue qu’un certain temps.

Par conséquent, si la Russie décide de lancer une opération militaire, l’Europe sera une nouvelle fois au bord d’une guerre majeure. Troisième guerre mondiale ou deuxième guerre de Crimée, c’est comme vous préférez.

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Un scénario possible : l’OTAN décide de fournir une assistance militaire à l’Ukraine en réponse à l’introduction de troupes russes en Crimée, les Américains et les Britanniques introduisent leur flottes en mer Noire. La Crimée est géographiquement isolée de la Fédération de Russie et du territoire de l’Ukraine, la flotte de la mer noire est physiquement et moralement obsolète. Son programme de modernisation vient à peine de commencer, et ne fait clairement pas le poids ni en termes de recrues ni en termes de moyens face aux marines britanniques et américaines. Aussi, établir un mouvement stable de troupe et d’approvisionnements en provenance de Russie par le détroit de Kertch avec une mer dominée par l’OTAN est pratiquement impossible. La deuxième guerre de Crimée, si elle ne se transforme pas en un conflit nucléaire à grande échelle, se terminera plus vite que la première, et pas forcément en faveur de la Russie.

Ce scénario est toutefois pratiquement irréaliste. Actuellement, l’OTAN ne veut pas combattre à cause de la Crimée, car rien ne lui dit que la Russie ne va pas prendre toute l’Ukraine ou bien utiliser l’arme nucléaire. Amérique et l’Europe feront des déclarations choc à l’adresse de la Russie, mais ne risqueront pas la vie de leurs citoyens.

C’est évidemment sur cela que comptent les «faucons» russes. Et ils ont probablement raison, cela ne laissant rien présager de bon.

Parce que la lâcheté de l’Occident d’aujourd’hui mène presque inévitablement à la guerre mondiale de demain*.

Le fait est que les douces réprimandes, comme celles qui ont été faites lors de la guerre de Géorgie, ne fonctionnent pas avec la Russie. Les dirigeants européens refusent de le comprendre. Mais ce ne sont pas trois mois de copinage avec les manifestants de Maïdan et l’Europe qui vont faire que Poutine, tel un tyran, décidera de déchirer le pays en morceaux. Dans une telle situation, la réaction de l’Occident serait tellement impétueuse, qu’il est possible que soit une déclaration de guerre, soit une rupture des relations diplomatiques ait lieu. L’appartenance de la Crimée à la Russie ou sa quasi-indépendance ne sera jamais reconnue. La Russie serait exclue du Conseil de l’Europe et d’autres organisation européennes. Les projets bilatéraux avec les pays occidentaux seront gelés, et des sanctions contre la Russie seront certainement introduites. Et le plus important, l’Ukraine, ainsi que de la Géorgie et d’autres anciens pays soviétiques le désirant, se verront accorder de réelles garanties de sécurité et une assistance militaire. Si la Russie obtient la Crimée, la presse occidentale toute entière va crier sur le fait que l’inaction de 2008 a été une erreur tragique qui a conduit à la situation actuelle. Or, les dirigeants des États-Unis, du Royaume-Uni et d’Allemagne ne laisseront pas une telle erreur se répéter.

[…]

Ce sera le début d’une grande guerre. Parce que les politiciens occidentaux, lâche et indécis comme ils sont, ne peuvent pas s’en sortir indéfiniment. Soit ils se décident à être fermes, soit ils seront remplacés par d’autres. Ils ont déjà essayé une première fois* de s’en sortir sans rien faire, et ont reçu tout le mépris de leur population et le lynchage de leur médias qu’ils méritaient. La deuxième fois, qui a peut-être lieu actuellement, ils reçoivent le double. La troisième fois, ça ne passera pas.

Le reste du monde, évidemment, profitera de la situation. De nombreux pays, comme la Chine, l’Iran, la Turquie, ont accumulé beaucoup de « problèmes » avec leurs voisins, et pendant que la Russie s’affrontera avec l’OTAN, ils seront heureux pouvoir les résoudre. Qui sera dans quel camp ? En admettant que les Etats-Unis et la Russie annoncent vouloir utiliser l’arme nucléaire (et même sans ça), les pays tels que le Pakistan devront bien s’aligner.

C’est pourquoi je suis presque sûr que l’armée russe ne prendra pas la Crimée. Je ne partage pas l’opinion publique selon laquelle Poutine est stupide et intellectuellement limité. Je pense qu’il comprend les conséquences possibles d’un tel acte, et se souvient de la célèbre phrase de son idole Stolypine: « Donnez à l’État vingt ans de paix interne et externe ». Il comprend certainement aussi les conséquences que peuvent avoir le fait de ne pas donner cette paix aux Russes. Par conséquent, il ne s’aventurera pas à de telles actions, bien que la tentation doit être très grande.

Si la passion l’emporte sur la raison et que les troupes russes pénètrent en Crimée, disons que nous avons trois ans pour passer en Amérique Latine. Les missiles ont peu de chance d’être tiré vers les pays de cette région. Pour les autres parties du monde, je n’en suis pas si sûr.

Source : Colta.ru

* Notamment : la France perdant l’Alsace-Lorraine, l’Empire Ottoman les territoires des Balkans, l’Allemagne certains territoires germanophones à l’est du pays, l’Italie avec les terres irrédentes, etc. (ndt)

* Référence supposée aux accords de Munich de 1938, ndt

* Géorgie, 2008, ndt

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