Les trois grandes illusions de la Russie sur l’Iran

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Auteur : Polina Sinovets, chercheuse ukrainienne à l'Université d'Odessa.

Polina Sinovets est chercheuse pour le site « Ponars Eurasia » qui offre de nouvelles approches en matière d’analyse sur les thèmes de la politique et la sécurité en Russie et en Eurasie.Dans ce projet, les membres PONARS – politologu es connus, historiens et sociologues des États-Unis, d’Europe, de Russie et d’autres pays de la CEI rédigent des articles analytiques offrant un autre regard sur la Russie, sa politique et ses politiciens.

Aujourd’hui, Pauline Sinovets, de l’Université nationale d’Odessa, écrit sur ce que les Russes admettent des erreurs dans leurs jugements sur l’Iran.

RUSSIA-IRAN-NUCLEAR

L’élection d’un nouveau Président iranien en juin dernier, Hassan Rohani, a redonné espoir quant à un possible compromis concernant son programme nucléaire ainsi que des discutions apaisées avec la communauté internationale. De son côté, Moscou estime que le principal problème dans les relations avec l’Iran reste l’incapacité ou la réticence des États-Unis à comprendre les véritables causes du développement du programme nucléaire de Téhéran. Dans le même temps, la compréhension russe de ce que veut réellement l’Iran n’est pas non plus sans défaut, celle-ci étant davantage basée sur un mythe que sur une évaluation objective de la situation. Voici listés et explicités les principaux mythes dont il est ici question.

Mythe n°1 : l’Iran développe un programme nucléaire parce qu’il a besoin de garanties de sécurité, et non de l’arme nucléaire.

Commentant  ​​le programme nucléaire iranien, un expert russe dans le domaine de la non-prolifération, Vladimir Orlov, cite le président Vladimir Poutine : « Je pense que derrière la volonté de lutter contre la prolifération des armes de destruction massive en Iran, se cachent des intentions d’une tout autre nature, à savoir provoquer un changement de régime ». Ainsi, s’il l’on en croit la logique russe, l’Iran cherche à obtenir des États-Unis des garanties de sécurité solides et explicites, après quoi la « question générale du nucléaire ne sera plus à l’ordre du jour ».

Mais quel genre de garanties exactement, même théoriques, pourrait fournir l’Occident à l’Iran qui puisse suffisamment le satisfaire pour qu’il renonce au développement des armes nucléaires ? Ces garanties doivent-elle être inconditionnelles ou bien doivent-elles contenir certaines  « lignes rouges » ?

L’expert russe Alexeï Arbatov a déjà fait remarquer que la formule la plus constructive pourrait être celle d’une  « non-agression contre l’Iran en échange de sa non-agression contre Israël ou un allié des États-Unis dans le golfe Persique ». Pourtant, ce type de garantie ne pourrait pas empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire. Autrement dit, elle ne pourra pas l’empêcher d’influencer l’équilibre régional des forces en sa faveur sans pour autant qu’une attaque directe contre qui que ce soit ait lieu. Même sans déclencher une guerre, l’Iran peut provoquer une agression avec succès dans d’autres pays, en particulier en Israël. Il semble que ce type de garanties de sécurité puissent potentiellement déstabiliser l’équilibre régional actuel.

De plus, parler de garanties serait utile si et seulement si Téhéran souhaite réellement obtenir uniquement la sécurité. Ce n’est un secret pour personne, le chef spirituel de l’Iran, l’ayatollah Khamenei, associe le progrès nucléaire iranien à l’indépendance et au progrès national scientifique et technique. Si elle constitue une sorte de symbole de sa grandeur et de prospérité, alors pourquoi dans ce cas limiter le développement du programme nucléaire de l’Iran ? La situation est quelque peu similaire à celle de l’Inde, qui en son temps associait également l’arme nucléaire à l’idée nationale. Selon le Premier ministre Atal Bihari Vajpayee, qui en 1998 a autorisé les essais nucléaires indiens, « ils ont donné à l’Inde la force, la puissance, et la confiance dans sa vigueur » Mais à l’époque, la sécurité de l’État n’étais pas soumise aux défis extérieurs, et les relations avec la Chine et le Pakistan semblait avoir trouvé un semblant de stabilité.
Toutefois, même en partant du principe que la sécurité n’est pas la seule préoccupation de l’Iran et ne sert que de prétexte pour le développement de son programme nucléaire, cette théorie est largement reprise par des experts et des hommes politiques russes.

En 2008, l’Iran a déclaré publiquement qu’il n’avait pas besoin de garanties internationales de sécurité qui restreindraient le développement de son programme nucléaire. L’ambassadeur iranien en Russie de l’époque, Gholamreza Ansari, a  notamment expliqué que « lorsqu’on nous parle de garanties de sécurité pour l’Iran, nous ne comprenons pas, tout simplement parce que nous n’en avons pas besoin ». Moscou a décidé d’ignorer cette déclaration.

Mythe n°2 : L’Iran est un allié potentiel de la Russie

Ce mythe est très populaire en Russie, on le retrouve à la fois chez les experts et les journalistes, et dans la conscience de masse. Sur les blogs d’analyse russes, l’Iran apparaît souvent comme un allié naturel de la Russie en raison de leurs intérêts communs, de leurs valeurs et objectifs, notamment la volonté de résister à l’influence des États-Unis. Cette idée se popularise de plus en plus à mesure que la crise syrienne croît et que la Russie et les États-Unis, soutenant chacun un camp adverse, se trouvent chacun d’un côté différent des barricades.

La récente déclaration de l’ambassadeur russe auprès de l’OTAN Dmitri Rogozine selon lequel « la Russie considère toute action militaire contre l’Iran comme une menace pour ses propres intérêts » a été interprétée par certains médias comme la volonté de Moscou de soutenir l’Iran en cas de conflit au Moyen-Orient.

Et Téhéran a conscience de ce sentiment russe. En leur temps déjà, les experts iraniens prédisaient que Moscou se lasserait rapidement de la politique du « Reset » proposé par Washington et ne lui permettrait pas de poursuivre sa politique unilatérale au Moyen-Orient, en particulier sur les fronts iranien et syrien.

Les dirigeants iraniens soutiennent activement l’équilibre géopolitique des forces, en utilisant souvent les sympathies russes pour bloquer les sanctions globales de l’ONU concernant le développement du programme nucléaire de l’État. Dans le même temps, sur un certain nombre de questions, Téhéran soutient des valeurs et des idées contredisant radicalement les intérêts russes. Par exemple, dans la presse officielle iranienne, la Tchétchénie apparaît comme un État islamique intégré à la Fédération de Russie et luttant pour son indépendance. Et bien que l’Iran soit heureux de voir la Russie dans les rangs de ses défenseurs, il refuse de compter sur Moscou concernant les questions les plus pointilleuses comme, par exemple, celle de l’enrichissement de l’uranium.

Mythe n°3 : La présidentielle de 2013 laisse présager une percée dans les négociations sur le programme nucléaire de l’Iran

En juillet 2013, le nouveau président élu de l’Iran Hassan Rohani a été décrit comme un candidat modéré ayant critiqué l’agressivité de son prédécesseur, et son incapacité à trouver un terrain d’entente avec l’Occident. Certains experts russes estiment même que le changement de président de Mahmoud Ahmadinejad à Rouhani sera dommageable pour les intérêts russes. Rouhani est considéré comme quelqu’un qui vise à bâtir un meilleur dialogue avec l’Occident, ce qui, de facto, signifie avoir un impact négatif sur les relations avec la Russie. En outre, au début des années 2000, Rouhani a été le négociateur en chef iranien sur les questions nucléaires et a finalement accepté de suspendre le programme d’enrichissement d’uranium et des inspections plus approfondies de l’AIEA sur les installations nucléaires de l’Iran. Dans sa première conférence de presse post-électorale, Rouhani a dit : « Nos programmes nucléaires sont complètement transparents. Mais nous sommes prêts à faire preuve de plus de transparence et à prouver au monde entier que les évolutions de la République islamique d’Iran sont en adéquation avec les cadres internationaux. »

Une telle déclaration peut être interprétée de différentes manières. Elle pourrait signifier que Rohani est prêt à faire certaines concessions concernant le programme nucléaire de l’Iran, mais également qu’il concentre ses efforts sur l’établissement des fondements juridiques pour les droits nucléaires de du pays. De toute façon, Téhéran va essayer d’exploiter l’image d’un nouveau chef « constructif » et « flexible » afin d’affaiblir les sanctions internationales sans pour autant qu’il y ait de changement majeur dans son programme nucléaire comme la limitation de l’enrichissement d’uranium ou un accès complet à l’AIEA. En outre, même selon les estimations les plus optimistes du programme d’armes iraniennes, selon lesquelles il aurait été stoppé en 2003, Rohani aurait toujours fait partie de l’équipe qui a poursuivi activement son développement. Il est également important de se rappeler que l’ayatollah Ali Khamenei a dirigé l’Iran pendant près de 25 ans – sous des gouvernements  conservateurs et d’autres plus libéraux qui ont conduit le programme nucléaire Étatique à travers des périodes de confrontation et de détente. Les Présidents iraniens sont peut-être responsables de la tactique de l’État avec la communauté internationale , mais c’est Khamenei qui définit la stratégie intérieur du pays.

Si la présidence de Rouhani affecte les négociations nucléaires, cela ne peut être qu’à un niveau tactique, il facilitera le dialogue avec les homologues de l’Iran et préparera certainement la communauté internationale à l’idée que l’Iran est prêt à un compromis. Mais changer le moyen d’atteindre ses objectifs n’est pas la même chose que de changer les objectifs eux-mêmes.

Conclusion

Selon les mythes populaires qui circulent en Russie, l’Iran cherche à renforcer sa sécurité en exigeant des garanties de l’Occident , l’Iran est un allié russe potentiel sur les grandes questions politiques ; et le monde sera inspiré par un nouveau président qui cherche à développer un dialogue constructif avec l’Organisation des Nations Unies. C’est cet Iran que Moscou défend au Conseil de sécurité. En outre, l’Iran de Rohani pourrait être en mesure d’obtenir des faveurs encore plus politiques et économiques de Moscou, celle-ci cherchant à empêcher l’Iran de quitter sa sphère d’influence.

Cependant, ce scénario ne ​​coïncide pas avec un autre étant donné que l’Iran est déterminé à accroître son pouvoir et son influence non seulement dans la région mais aussi dans l’arène internationale. Le programme nucléaire de l’Iran est un signe important de la hausse du potentiel de l’Iran, un symbole de sa prospérité, d’indépendance et de fierté nationale . Les armes nucléaires peuvent être considérés comme le stade suprême du progrès national – un moyen pour l’Iran d’atteindre ses ambition et un symbole du retour à la grandeur de l’empire antique du pays. Peu importe qui est au pouvoir, guerrier ou diplomate, l’objectif principal de l’Iran sera la même, seuls les moyens diffèrent. L’Iran a besoin d’alliés pour atteindre ses objectifs, peut importe lesquels. Que ce soit la Russie ou l’Ouest, ils sont tous temporaires dans les objectifs au long terme. L’Iran a intégré dans sa culture des relations internationales qu’il doit lutter pour sa grandeur avec une confiance et une dépendance minimales envers un ou plusieurs autres États. Si l’Iran devait devenir capable d’obtenir l’arme nucléaire, il ferait valoir qu’il s’intéresse au Moyen-Orient de façon plus agressive, ce qui pourrait entraîner des conflits avec Israël, l’Arabie saoudite et les États-Unis mais aussi aussi aggraver la situation dans les pays voisins. En fin de compte , les Russes devraient se rendre compte que l’émergence d’un voisin nucléaire imprévisible, puissant, nationaliste, et déterminé sur sa périphérie sud fera peu pour augmenter leur propre sécurité.

Traduction : Célia Mascré

Source : PONARS Eurasia

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Oui, les JO de Sotchi sont corrompus. Non, il n’y a pas de « Stalinisme » qui tienne

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Auteur : Mark Adomanis, spécialiste de l'économie russe.

J’ai déjà écrit à propos de cette étrange et désagréable tendance de certains journalistes occidentaux à assimiler tout ce qu’ils n’aiment pas avec le stalinisme et comment cela se termine inévitablement par la sous-estimation du mal propre à cette période de l’histoire soviétique. Le stalinisme est réellement une des manifestations les plus horribles du 20ème siècle, de la violence politique de masse, et même dans le récit le plus optimiste, ce régime a tué des millions de personnes innocentes. Tout comme il faut être prudent lorsque l’on compare tout et n’importe quoi avec l’Holocauste, les comparaisons avec le stalinisme doivent être faites avec beaucoup de précaution afin de ne pas déprécier sa signification ou insulter la mémoire de ses victimes.

sotchi_stalineMalheureusement, de nombreux rédacteurs, presque toujours des gens qui sont très critiques envers Vladimir Poutine et le gouvernement russe, continuent de comparer les aspects aléatoires de la Russie d’aujourd’hui avec les pages les plus sanglantes de l’histoire du pays. Hier encore, le journaliste Michael Weiss écrivait dans son article sur « Les JO criminels de Poutine » et comparait de manière totalement injustifiée la construction des JO avec celle du Canal de la Mer blanche, ainsi que Poutine à Staline. […]

Le fait que le projet de Sotchi ne soit pas directement comparable à l’assassinat intentionnel de milliers d’innocents ne signifie pas pour autant qu’il soit absolument grandiose. En dehors de la Corée du Nord, rien au monde actuellement n’est «assimilable» à la construction du canal de la mer Blanche, et Dieu merci ! C’est un signe de l’évolution (extrêmement progressive !) politique de l’humanité qu’aucun gouvernement (encore une fois, à l’exception de la Corée du Nord) soit prêt à supporter de telles pertes.

Le fait que la construction de Sotchi n’ait pas tué un très grand nombre de personnes ne signifie pas qu’elle soit au-dessus de tout reproche. Y a-t-il eu de nombreuses (et souvent très graves) violations de la législation du travail au cours de la préparation de Sotchi ? Oui, malheureusement. Les travailleurs migrants ayant construit la plupart des sites olympiques ont-ils été bien traités ? Non, malheureusement. Beaucoup d’entre eux ont été traités lamentablement. Les propriétaires de diverses entreprises de construction à Sotchi (et autour de la ville) ont-ils profité très largement de la manne des fonds publics ? Oui, sans aucun doute. Est-ce que tout cela reflète une image positive du gouvernement russe ? Non, je ne vois pas comment ça pourrait.

Mais bien que la corruption soit condamnable, ce n’est tout simplement pas la même chose qu’un assassinat massif. Les projets de construction staliniens comme le canal de la mer Blanche ont souffert de gigantisme, de corruption, d’énormes dépassements de budgets, de retards répétés, et de morts en masse. Le projets de construction Poutiniste qu’est Sotchi ne détient pas ce dernier élément de la liste, et c’est précisément ça qui fait toute la différence dans le monde.

Source : Forbes

Traduction : Célia Mascré

Les députés ont voté : l’alcool ne doit plus faire partie intégrante de la culture russe

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Des députés de la Douma (chambre basse du Parlement) ont présenté aujourd’hui un projet de loi interdisant aux médias et aux publicitaires de mettre en avant l’alcool comme tradition russe et comme faisant partie de la culture russe. Oleg Mikheev, député du parti « Russie Juste », s’est fait porte-parole de ce projet de loi.

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Si le texte passe, il sera donc interdit de présenter l’alcool comme style de vie ou comme permettant de mieux s’intégrer dans la société, de gravir les échelons dans son entreprise ou de réaliser ses ambitions personnelles. Par ailleurs, les auteurs du texte considèrent comme inadmissible l’idée selon laquelle l’alcool permet d’étancher sa soif ou d’être de meilleure humeur.

La note explicative du projet de loi stipule que les produits alcoolisés sont actuellement souvent commercialisés sous l’étiquette de la « culture russe ». Ainsi, l’alcoolisme aurait tendance à être toléré chez un homme qui après tout ne ferait que « vivre selon les traditions de son pays » et cela réduit considérablement l’efficacité des mesures prises par les autorités de réduire le niveau de consommation d’alcool dans le pays. Or, selon les députés à l’origine du texte, la clé de la réussite de ces mesures serait une tolérance zéro et l’absence totale de justification quelle qu’elle soit envers une personne abusant de l’alcool.

Ces dernières années, les autorités russes ont adopté toute une série de mesures visant à lutter contre l’alcoolisme en réduisant notamment la consommation d’alcool fort grâce à une augmentation de la TVA et des prix minimaux sur celui-ci.

En 2013, la consommation annuelle d’alcool par adulte a diminué de 13% par rapport à l’année précédente et de 13,5 litres par habitant. En 2010, ce chiffre était encore à 18 litres par habitant.

Source : Lenta

#Ligouchka

Dix questions à Poutine sur la corruption à Sotchi

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Auteur : Natalia Teleguina, journaliste pour le journal russe "Slon"

Vladimir Poutine a récemment annoncé qu’il n’y avait pas  de corruption à grande échelle dans le cadre de la préparation des JO de Sotchi. Il a exhorté, à cette occasion, toutes les personnes ayant connaissance de ce phénomène à partager les informations  avec les fonctionnaires d’Etat. Le journal « Slon » a préparé dix questions au Président russe. « Nous ne sommes pas des fonctionnaires du ministère de l’intérieur (MVD), ni de la Commission d’enquête, mais curieusement, il n’a pas été difficile de trouver les failles »

http://ru-travel.livejournal.com/23604477.html

Qui va ramasser les poubelles ?

En octobre 2013, un journaliste d’Associated Press (AP) a découvert la construction d’un gigantesque site d’enfouissement de déchets dans le village Akhshtyr, au nord de Sotchi. La société des chemins de fer (RZHD) a reçu pour cela une amende de 3000 dollars pour cette décharge non autorisée. Toutefois, selon un journaliste de l’AP, les déchets ont continué d’être déversés dès le 25 octobre.
Deux ans plus tôt , une dizaine de maisons privées rue Bakinski, à Sotchi, ont été détruites par un glissement de terrain. La raison de cette catastrophe n’était autre que des structures en béton armé des  constructions olympiques qui se sont déversées la nuit sur ​​une colline. Les riverains parlaient alors de trois milles camions Kamaz présents pour déblayer les gravats.

Vladimir Vladimirovitch, près de 2 milliards de roubles alloués pour l’élimination des déchets olympique, vraiment ?

Que va-t-il survenir des installations olympiques ?

En 2011 , Dmitri Medvedev, alors Président de la Fédération de Russie, avait affirmé que les quatre installations sportives après les Jeux olympiques seraient transportées vers d’autres villes : Vladikavkaz, Rostov-sur-le-Don, Astrakhan et Stavropol. Or, c’est précisément ce système « repliable » qui engendre un coût particulièrement élevé. Après les jeux, les 400 000 habitants de Sotchi pourront jouir d’un Cluster côtier composé de quatre complexes sportifs et de divertissement pouvant accueillir 3 à 40 mille spectateurs, un parc des expositions et une piste cyclable … Pour quoi faire ?

A Londres par exemple, les premiers plans de travail concernant l’héritage olympique ont commencé en 2007. Aujourd’hui, la London Legacy Development Corporation, dirigée par Boris Johnson, y est spécialement dédiée. Ainsi, le village Olympique (Athletes’ Village) a été converti en un nouveau quartier de 2800 maisons d’habitation (la moitié sont des logements sociaux), et le parc Olympique Queen Elizabeth attirera à partir de 2016 jusqu’à 9 millions de touristes par an. Notre absence de plans clairs est la conséquence, si ce n’est la corruption, alors, au moins, d’une inefficacité flagrante.

Qui se rendra à Sotchi après les jeux ?

La question de la cherté des Jeux provoque des allergies chez n’importe quel fonctionnaire russe. La plupart du temps, l’on nous répond que ces dépenses ne sont pas seulement réalisées pour les Jeux olympiques mais aussi à long terme pour le développement global de la ville en tant que station de ski. Mais alors, il serait intéressant mettre à notre disposition un rapport d’analyse montrant combien de touristes vont se rendre à Sotchi après les Jeux précisément grâce à l’amélioration de ces infrastructures.
Il y a plusieurs années, la région de Rostov a commandé une étude à BDO Unicon Consulting et Spectrum Gaming Group concernant le potentiel touristique de la région, dans la perspective de construire un parc d’attraction « Azov City ». Aujourd’hui, la construction de ce parc est au point mort. La question est donc la suivante : si les pouvoirs locaux sont capables de calculer les conséquences de leurs actes, pourquoi les pouvoirs fédéraux n’en font pas autant ?

Où sont les salaires des travailleurs ?

« Plus vous discutez avec les travailleurs et directeurs des entreprises ayant des contrats pour Sotchi, plus ils vous décrivent une énorme système financier pyramidal. Ces entreprises retardent au maximum leurs paiement aux sous-traitants, la dette atteint quatre à cinq chaînons, puis augmente jusqu’à ce qu’elle descende vers le bas de la pyramide pour frapper sa base, à savoir les ouvriers. » rapporte dans son reportage un journaliste de Novaya Gazeta. L’article fait référence aux 700 cas recensés de maltraitance des « hard worker » sur place, qui même s’il ont fait l’objet d’un rapport au ministère de l’intérieur, ne semblent être que la partie émergée de l’iceberg. À un an des Jeux, Human Right Watch a publié un rapport sur les conditions particulièrement inhumaines des travailleurs ainsi que des retards de paiement voire de paiements incomplets. Mais cet argent fait certainement partie des estimations des entrepreneurs…

Vladimir Vladimirovitch, si vous voulez en savoir plus sur les affaires de corruption à Sotchi, ça vaudrait peut-être le coup de jeter un œil aux rapports d’enquête sur les activités de la société Bolverk, qui dénonce que les retards de salaires s’élèvent à 11 millions de roubles (239 158 euros) ? Ou encore ceux de l’entreprise Krilakspetstroï dont un employé, Roman Kusnetsvo, s’est littéralement cousu la bouche en signe de protestation ?

Est-il éthique d’investir dans la construction d’un sanatorium pour le gestionnaire du budget annuel du président de Sotchi ?

(En Russie, un sanatorium est une maison de cure ou de repos avec spa, etc.)

Le luxe n’a pas de frontière, et ce centre de repos en est la meilleure preuve. Mais pourquoi ce tel luxe, digne des cheiks arabes, avec de magnifiques piscines ornées de stuc et entourées de palmiers et de fresques, est-il construit sur l’argent des contribuables ?

Depuis janvier 2013, le Bureau du Président de la fédération de Russie* a dépensé sur la rénovation de la magnifique construction près de 9,5 milliards de roubles, ou 26,3 millions par pièce – et cela fait partie du budget olympique. Tout en sachant que ces chiffres ne sont pas définitifs, puisque la station de luxe n’est terminée qu’à 89%. En ajoutant 11 % du budget, cette rénovation équivaudra bientôt au budget annuel de Sotchi pour 2014.

En tout, combien de violations a effectivement trouvé la Cour des comptes ?

Au printemps 2013, le directeur de la Cour des comptes Sergueï Stepachine révélait une surestimation de la valeur des installations olympiques à Sotchi de 15,5 milliards de roubles (32 millions d’euros). Ces chiffres dataient de fin 2012. Pourquoi tous les rapports sur le sujet ont-ils été rendus indisponibles ? Il serait intéressant de connaître le montant total de la corruption aux JO, même si ce ne sont que des estimations « prudentes » du Conseil d’État.

Peut-on transformer un réseau d’ingénierie en sept jours ?

Le célèbre opposant Alexey Navalny, connu pour sa lutte contre la corruption, a découvert en décembre dernier un appel d’offe lancé par les autorités locales de Krasnodar (la région de Sotchi, ndt) pour un chantier de sept jours à 601 millions de roubles (13 millions d’euros, ndt). Comme l’avait prédit le blogueur et avocat, c’est la société Youg Stroï 1 qui a remporté l’appel d’offre, comme à chaque fois. Il semblerait qu’aucun concurrent n’ait réellement été admis à la négociation. Alors, qu’en pensez-vous, Vladimir Vladimirovitch, cela ressemble-t-il à un client d’affaire et futur contractant et faut-il charger des organismes d’application de la loi de vérifier toutes les exigences menées précédemment par le Bureau général des constructions de la région de Krasnodar, ainsi que l’ensemble des appels d’offres remportés par Youg Sroï 1 ?

Pourquoi avez-vous soudain « oublié » la corruption à Gornaïa Karoussel ?

Vous, Vladimir Vladimirovitch, avez mis en scène le 6 février 2013 une réprimande générale à cause du non-respect des délais et de l’augmentation du budget multiplié par huit (passant de 1,2 milliards de roubles à 8 milliards (200 milliards d’euros)) pour la construction d’un complexe de saut à skis à Sotchi. Les frères Bilalov*,coupables tous désignés, ont été contraints de payer une amende à Sberbank, à qui appartient à 90% la célèbre station de ski « Krasnaya Poliana ». Sberbank elle-même, qui appartient à 50% à l’État russe, a tout à fait pu injecter cet argent non pas dans le « Chantier du siècle » qu’est Sotchi, mais dans le budget fédéral. Peut-on dire alors que la hausse des prix de 6,8 milliards de roubles est une manifestation de la corruption ?

Qui a besoin de 30 minutes pour se rendre de la côte maritime à la montagne?

Alpika Service est devenu le symbole de la la ligne ferroviaire Adler-Alpika Service
et son complexe autoroutier, même pendant la construction. Rien de surprenant étant donné que la facture chiffrait déjà 260 milliards de roubles à 65 % de la réalisation du projet. Vladimir Vladimirovitch, ça n’a pas dû être très agréable quand toutes sortes de hipster s’exclamaient ironiquement que pour cette somme, la route aurait pu être couverte de caviar noir (et à l’époque ils ne connaissaient pas encore le coût final). Après tout, il s’agit d’un objet technique complexe avec des ponts et des tunnels.

Pourtant, la Chine a réussi à construire un chemin de fer qui fonctionne sur cinq mille mètres d’altitude, 1900 km de long, plein de tunnels et viaducs – et tout cela pour un 26,2 milliards de yuans (environ 2 milliards d’euros au taux de change le 1er janvier 2006). En d’autres termes, un kilomètre coûte 117 millions d’euros en Russie, tandis qu’en Chine – environ 1 million d’euros, autrement dit 108 fois moins cher. Sauf qu’en Chine, il n’y avait même pas de route au départ.
Mais la question n’est pas là. Durant les olympiades, le train Lastotchka emmènera les spectateurs de la côte jusqu’aux montagnes en trente minutes, et jusqu’au centre de Sotchi en quarante minutes. Mais qui va s’amuser à « voler » sur la Lastotchka (litt. « hirondelle ») ? Il est tout à fait possible de rejoindre directement la station de ski depuis l’aéroport en voiture ! En ce qui concerne le RER, qui relie les côtes maritimes aux montagnes, il sera sûrement annulé par manque de fréquentation.

Que veut prouver Gazprom en mettant côte à côte les toilettes des hommes ?

Le 20 janvier dernier, Steve Rosenberg tweetait une photo des toilettes masculins au centre de presse de Sotchi, à l’étonnement général : pas de cloison entre eux … C’est un peu embarrassant de parler de ça avec vous, Vladimir Vladimirovitch. Et pourtant : ne croyez-vous pas que la décence veut que deux WC soient séparés entre eux ? Le deuxième toilette c’est quoi, un bidet ? 48,2 milliards de roubles – et c’est le montant provisoire –  ont été consacrés à la construction de ce complexe de biathlon «Laura» par Gazprom. La compagnie d’État aurait-elle voulu économiser de l’argent ?

Tweet du 20 janvier de Steeve Rosenberg, correspondant en Russie pour la BBC. Le tweet provoque un tollé immédiat sur la toile.

*Le Bureau du Président de la Fédération de Russie est une autorité exécutive fédérale (organisme fédéral) qui gère l’organisation et la mise en œuvre du soutien logistique direct et du bien-être, des activités de services médicaux et sanitaires des autorités fédérales.

*Akhmed Bilalov a été relevé de ses fonctions de responsable du développement du tourisme dans la région du Caucase du Nord.

Source : Slon

Wikipédia solidaire des manifestants pro-européens de Kiev

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La version ukrainienne de la célèbre encyclopédie en ligne Wikipédia s’est joint aux protestations de nos compatriotes à Kiev. Le site de ressources a annoncé dans un communiqué mettre le site « Offline » pendant trente minutes chaque jour en signe de protestation. Cette décision est directement liée aux récentes lois adoptées par les pouvoirs ukrainiens prévoyant un contrôle plus strict sur ​​les citoyens de l’État, entraînant une surveillance accrue. Le site a également ajouté un bordereau noir en haut de ses pages en ukrainien où il est écrit « Wikipédia est contre la censure » (voir ci-dessous)

 Nouvelle entête du site Wikipédia en ukrainien "Wikipédia est contre la censure"

Nouvelle entête du site Wikipédia en ukrainien « Wikipédia est contre la censure »

Selon Wikipedia, ces lois peuvent sérieusement endommager l’Internet libre et ouvert, y compris son propre site. La désactivation de la version ukrainienne du portail de ressources Internet aura lieu de 16h à 16h30 minutes (de 21h à 21h30, heure de Paris) tous les jours à partir du 21 Janvier 2014. Les « encyclopédistes » ukrainiens soulignent qu’ils n’adhèrent à aucune idéologie quelle qu’elle soit. Ils se prononcent pour un concept unique : le stockage gratuit de données, la distribution et l’utilisation des connaissances de manière libre.

Pendant ce temps, les manifestants dans les rues de Kiev continuent de lutter contre les forces de l’ordre qui, elles, tentent d’empêcher la population de gagner le Parlement et l’édifice du Gouvernement ukrainien. Entre eux, des colonnes de carcasses de véhicules brûlés : cette barricade fait office depuis déjà 24h de mur artificiel entre les manifestants et les policiers. L’opposition a également fabriqué des catapultes en bois propulsant des pierres avec efficacité. Les citoyens ont aussi leur lot de violence : grenades assourdissantes, gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc.

Le représentant de l’UDAR (Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme) Vitaliy Kovalchuk a déclaré aux médias avoir besoin d’une réunion d’urgence des leader de l’opposition avec Viktor Ianoukovitch pour une avancée réelle dans la résolution de la crise aiguë qui touche le pays. De son côté, le chef du parti UDAR, le boxeur Vitali Klitschko, a déclaré que la responsabilité de l’approfondissement de la crise politique reposera entièrement sur Ianoukovitch. Selon Klitschko, Ianoukovitch élimine indirectement les possibilités de dialogue en se plaçant au-dessus de toute négociations.  » Cela démontre encore une fois qu’il refuse d’entendre nos attentes » – a déclaré le politicien.

Des mesures sévères pour rétablir l’ordre ont été demandées par les députés du Parti des régions du Conseil régional de Lougansk au Président Ianoukovitch. Selon eux, « Euromaïdan » en tant que protestation pacifique s’est terminée dans la soirée du 19 janvier, lorsqu’elle a dégénéré en une confrontation violente. Ils tiennent également pour responsable quiconque ayant brûlé un véhicule des forces de l’ordre, leur ayant lancé des pierres, et pointe notamment du doigt Vitali Klitschko, Arseni Iatseniouk et Oleg Tiagnybok, accusés d’avoir « encouragé l’agressivité et l’hystérie chez les manifestants ». (trois leaders de l’opposition, ndt)

Malgré tout, les négociations de résolution de crise ont bel et bien débuté hier soir, avec le Secrétaire général du CNDS (conseil national de sécurité et de défense) Andriy Klyuyev. Du côté de l’opposition, étaient présents Iouri Lutsenko, ancien ministre de l’intérieur, Ruslan Kochulinsky, président de l’Union panukrainienne « Svoboda », Vitaly Kovalchuk, député UDAR, et Alexandre Tourtchinov, de l’Union panukrainienne « Patrie ». Du côté du gouvernement, la ministre de la Justice Olena Lukash et le conseiller présidentiel Andrei Portnov étaient présents.

Selon la majorité des Ukrainiens, seules des négociations pourraient aider à résoudre la situation explosive actuelle. Selon une étude du Centre Razoumkov, 73,2% des habitants à l’ouest du pays se prononcent pour la nécessité de telles négociations, 64,3% dans le centre, 79,9% dans les régions méridionales, et 77,6% à l’est.

Le 22 Janvier 2014, de nouvelles lois renforçant le contrôle sur Internet et les communications mobiles entreront en vigueur, interdisant toute activité médiatique en ligne sans être enregistré comme agences de presse, ainsi que des peines plus sévères en cas de trouble à l’ordre public lors de manifestations.

#Ligouchka

Source : Vesti.ru

Quand les remords de Kalachnikov font vendre

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Le 13 janvier, le journal russe Izvestia publiait une lettre rédigée par Mikhaïl Kalachnikov datant du 7 avril 2013 et adressée au patriarche Kirill, chef de l’Eglise orthodoxe russe. Dans cette lettre, l’inventeur de l’AK47 exprimait ses préoccupations quant aux conséquences de l’utilisation de son arme : « Ma douleur est insupportable (…): si mon fusil a ôté la vie à des humains, moi, Mikhaïl Kalachnikov, fils d’une paysanne, chrétien orthodoxe, suis responsable de la mort de ces humains même si c’étaient des ennemis? » écrivait-il.

MikhaïlTimofeïevitch Kalachnikov

Mikhaïl Timofeïevitch Kalachnikov

Alexandre Vokov, le porte-parole du Patriarche, avait même commenté, tout en confirmant l’existence de cette lettre :  « Il a inventé son arme pour défendre sa patrie et non pas pour que des terroristes d’Arabie Saoudite s’en servent ».

En attendant, remords ou pas, les affaires vont bon train pour le consortium Kalachnikov qui vient de signer un contrat exclusif pour l’exportation de 200 000 fusils par an aux Etats-Unis et au Canada. C’est ce qu’annonce le site officiel ce matin, même si Elena Filatova, sa porte-parole, avait déjà annoncé la nouvelle lundi à Moscou : « Le consortium Kalachnikov, qui fait partie du holding russe de hautes technologies Rostec, signera un accord exclusif avec Russian Weapon Company (RWC) sur les livraisons d’armes aux Etats-Unis.

Le communiqué de presse publié ce matin sur le site de RWC énonce que « Conformément aux termes de l’accord, la société RWC acquis le droit exclusif de l’exportation aux États-Unis et au Canada des armes […] de la marque « Kalachnikov » sur une durée de 5 ans. Le volume des armes exportées variera entre 80 et 200 mille pièces par an. En plus des ventes, la société d’armes russe effectuera la promotion des produits et son service et de garantie« .

Source : Kalashnikovconcern.ru, Kommersant

Vingt-sept prix Nobel demandent à Poutine d’annuler sa loi anti-propagande homosexuelle

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Vingt-sept lauréats du prix Nobel ont signé une lettre ouverte au président russe Vladimir Poutine lui demandant d’abroger la loi punissant la propagande homosexuelle auprès des mineurs adoptée le 11 juin dernier. La lettre ouverte a été publiée hier, mardi 14 Janvier,  dans le journal britannique The Independent.

 Sir Ian McKellen

Sir Ian McKellen : « Je suis Magneto et Gandalf à la fois : remets-toi s’en ! »

Parmi les signataires de cette lettre « pour le Président et le peuple de Russie », figurent John Maxwell Coetzee, prix Nobel de littérature en 2003, le généticien Paul Nurse, qui a remporté le prix Nobel de médecine en 2002, et le chimiste Sir Harold Kroto, lauréat du prix Nobel en 1996. C’est précisément Sir Kroto, avec l’acteur Sir Ian McKellen (Gandalf, Magneto…), connu pour son militantisme en faveur des droits des personnes LGBT, qui sont à l’origine de cette lettre.

« Manifester n’est pas évident, mais nous espérons qu’en exprimant notre désaccord avec la nouvelle loi, nous encouragerons le gouvernement russe à défendre les principes humains, politiques et démocratiques propres au XXIè siècle, continuant ainsi ce que Mikhaïl Gorbatchev avait commencé » peut-on lire dans la lettre ouverte.

Source : Lenta.ru