Jean Sulpice fait de la Haute couture culinaire à Moscou

Par défaut

Le vendredi 11 octobre, le Chef cuisinier français Jean Sulpice donnait un master-class dans le cadre du Festival gastronomique de la région Rhône-alpes, dans le studio de cuisine Culinaryon, au centre de Moscou. Le responsable du restaurant gastronomique et étoilé « L’Oxalys », à Val Thorens, était accompagné du caviste de renom Georges Dos Santos, ainsi que Romain Raimbault, représentant de Rhône-Alpes en Europe. A cette occasion, le Chef a présenté sa tartelette à la crème de chou fleur et sa soupe d’œufs à la mousse de cèpes.

Apéritif
Savoureuses mises en bouche

En arrivant dans la salle, tout semble soigneusement préparé : les casseroles brillent, les plaques à induction sont prêtes à chauffer et une ribambelle d’accessoires incongrus n’attendent qu’à servir. Derrière ses fourneaux, le chef Jean Sulpice est bien entouré : les employés du Culinaryon sont sur le qui-vive, et sa traductrice en titre Zamira Ismatova prête à traduire en direct tous ses commentaires. Côté sonore, l’ambiance est au rendez-vous, avec les tintements de verres, le bruit du vin qui s’échappe du goulot, le tout légèrement accompagné par « La Foule » d’Edith Piaf.

Première surprise, le plat préparé ne sera pas celui indiqué sur le coupon d’invitation. Mais nous y gagnons au change, puisqu’au lieu de la mousse de poulet et sa sauce verveine escompté, nous aurons deux recettes. Jean Sulpice annonce le programme et Zamira s’empresse de traduire pour le plus grand plaisir de l’auditoire russophone : ça sera donc tartelettes à la crème de chou fleur et soupe d’œufs à la mousse de cèpes.

Le chef en pleine action

Le chef en pleine action

Mais avant de commencer, une petite mise en bouche consistant en un toast de Saint Marcellin accompagné  d’un vin blanc Grozes Hermitage 2010 (frères Guizal). George Dos Santos analyse : « fleural, lacté, avec quelques arômes d’amande, et un final de nez qui donne beaucoup de minéralité » pour finalement conclure :  « C’est un vin assez simple » !

La deuxième surprise, elle, est un peu moins positive : la tartelette à la crème de chou fleur est donnée à déguster avec … Le même vin blanc de l’apéritif. Sans que la question ne soit posée, M. Dos Santos prend les devants en prétextant à des problèmes de douane. En creusant un peu, il semblerait que les bouteilles aient été sacrifiées pour le gala de la veille au soir … Mais alors, quel vin aurait pu être servi, dans l’idéal, avec les tartelettes ? Le chef aurait bien vu un Condrieux blanc, ce vin produit sur la rive droite du Rhône dans la ville du même nom, dans le sud de la ville de Viennes.

C’est désormais la crémeuse soupe aux œufs et aux cèpes qui est servie, mais pas n’importe comment. Jean Sulpice s’est appliqué à une vitesse impressionnante à découper le chapeau de chaque œuf aux … Ciseaux à ongles. Le tout, évidemment, en répondant aux questions de ses spectateurs avec une précision déconcertante : « Je fais de la haute couture ! » plaisante-t-il. Chacun a donc droit à son œuf personnel, garni de cette soupe dont le goût à la fois fondant et piquant des cèpes émerveille les papilles : un mélange de sensations entre les œufs à la coque de grand-mère et les cueillettes automnales du dimanche matin.

Séance photo avec Jean Sulpice

Séance photo avec Jean Sulpice

Ces ingrédients, explique Romain Raimbault, ont été achetés autant que possible en Russie, dans des magasins spécialisés. L’essentiel est toutefois bien originaire de France : le vin, le pain, et le fromage ! Le master-class finit en beauté : séance photo avec le chef sur « Les comédiens » de Charles Aznavour.

#Ligouchka

Neuf « bonnes » raisons de quitter la Russie

Par défaut

« Un sujet de ce genre va avoir l’effet d’une bombe sur le site (Gazeta.ru, ndt). Mais tant pis, je vais jouer les kamikazes et continuer à écrire. Alors : pourquoi moi, une jeune femme de 25 ans, est-ce que je veux quitter ce pays? Quelles sont les raisons qui nous poussent, moi et des milliers de mes compatriotes à doucement se préparer au départ?

Station de métro Kourskaya, Moscou

Station de métro Kourskaya, Moscou

Préoccupations matérielles ? Pas du tout, dans le sens où nous, habitants de grandes villes, nous sommes plus heureux que les autres (même si l’argent ne fait pas le bonheur). Avoir un salaire permet d’avoir un regard plus assuré sur les choses, vivre sur ses propres deniers, et s’offrir des moments de détente.

Mais le pain ne suffit pas dans la vie d’un Homme.

Quand on vit en Russie, même avec tout l’argent du monde, il y a bien des choses que l’on ne peut pas acheter. C’est précisément de cela que je voudrais parler.

1/ La sécurité. Elle n’existe pas. La « milice » a été rebaptisée « police », les militaires se sont vu promettre de gros salaires, et l’ensemble du personnel des forces de l’ordre ont troqué leurs vieux costumes contre de beaux uniformes flambant neufs. L’effet escompté a-t-il eu lieu ? Non, car personne n’a perdu le réflexe de traverser la rue quand on croise un flic. Non, car chaque premier du mois, une femme doit toujours inspecter son mari pour vérifier qu’il ne se fait pas dépouiller de son salaire par la police. Non, puisque chaque conducteur cache toujours quelques billets de cent roubles dans son passeport au cas où il faille corrompre un policier. Non, s’il est toujours possible qu’un homme en uniforme fasse une apparition dans un supermarché pour tirer dans la foule.

Vous faites confiance à la police ? Pas moi. Ça fait longtemps que nous n’en sommes plus à penser « La police ne sert à rien, elle n’agit jamais pour nous ». Maintenant c’est plutôt : « La police agit beaucoup, donc il faut la craindre »

2/ La santé. J’ai une assurance maladie, ça oui. Mais l’argent que je donne chaque mois ne me permet pas d’être couverte pour tous les types de soins : le dentiste par exemple. Le pire, c’est que trouver un bon médecin nécessite de consulter l’ensemble de son entourage et au-delà pour ne surtout pas tomber sur un charlatant.

Je me souviendrai toujours avec horreur d’une certaine clinique moscovite, où travaillent des médecins non agréés… Et personne ne songe un instant à faire fermer cette clinique !

Au milieu de tout ça on a cette ribambelle de fantastiques médicaments et « recettes pharmaceutiques ». On a les pédiatres, qui distribuent à tour de bras des « potions homéopathiques » à tous les enfants sans exception et sans distinction. On a le ministère de la santé, qui est capable de recommander un médicament dont l’efficacité n’a pas été confirmée par aucune étude. Et puis on a ces soit-disant « cliniques pluridisciplinaires » qui poussent comme des pâquerettes à travers le pays.

Trouver un bon spécialiste, ce n’est pas seulement complexe, c’est presque impossible.

Sans parler de toutes ces subtilités, qui sournoisement énoncées dans le contrat d’assurance. « Ce service sort de l’assurance, il est payant » : en gros, la moitié des services médicaux que nous utilisons ne sont pas couverts.

Tsvetnoi Boulevar, Moscou

Tsvetnoi Boulevar, Moscou

3/ L’éducation. Le niveau général de l’éducation en Russie est en chute libre, ce n’est pas un secret. Les parents essayent au maximum d’envoyer leurs enfants à l’étranger, et moi je suis sous le choc quand j’entraperçois ce que certains professeurs tentent d’enseigner … Les cours sont des copier-collers d’internet, et les diplômes sont obtenus grâce aux pots-de-vin.

4/ Un manque de professionnalisme généralisé, en lien direct avec le paragraphe précédent. Nous sommes entrés dans l’ère de l’incompétence dans tous les domaines, allant de la médecine et à la finition dans une boutique de retouche-couture. Les gens ont oublié comment écrire une lettre professionnelle. Quand il faut lire un texte sur internet, c’est la panique totale.
L’exemple qui suit ne concerne pas seulement des informaticiens, mais tout simplement les gens qui connaissent l’anglais. L’administrateur système de l’un des aéroports de Moscou (diplômé d’un des plus célèbres instituts techniques de la ville) a prouvé à mon ami, également administrateur système, qu’il y avait une différence entre « routage » statique (en russe dans le texte, ndt) et « routage » statique (en anglais dans le texte, ndt)

La prochaine fois que vous pesterez à cause du retard de votre vol, souvenez-vous : des professionnels y travaillent.

Mais sérieusement, ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres…

5/ L’immobilier : aucune possibilité de devenir propriétaire dans votre ville un jour. Les prix des appartement sont gonflés de manière démesurée. Il n’y a pas si longtemps, une étude estimait que si vous vendez votre pauvre maison en ruine située en banlieue de Moscou, vous avez de quoi vous acheter un château en République Tchèque.

Si vous vendez votre pauvre maison en ruine située en banlieue de Moscou, vous avez de quoi vous acheter un château en République Tchèque.

Dans ce cas, même en ayant un logement, tu n’es pas à l’abri de ce que demain commence la construction de la prochaine Olympiade (ou de n’importe quoi), et qu’on détruise ta maison sans ton autorisation et sans compensation, évidemment.

6/ La corruption, et cette règle : « Tu payes pas, tu rentres pas ». Vous êtes capables, vous, de graisser la patte à quelqu’un ? Pas moi. Pourtant, la corruption est partout, partout, partout il faut « glisser dans la poche », « offrir », « remercier ». Ikea plie bagage en Russie, parce que Ikea non plus ne sait pas corrompre.

7/ La mauvaise qualité de l’ensemble des produits. J’ai bien dit « l’ensemble » : ça va du simple yaourt à la voiture. Il y aurait énormément de choses à dire sur les pros de l’industrie automobile russe, mais nous nous limiterons à ce qui a déjà été dit. De manière générale, nous ne faisons pas tellement la promotion de notre industrie automobile. Mais alors dès qu’il s’agit de nourriture, de vêtement, alors là c’est toute une histoire.

J’habite à Saint-Pétersbourg, et les excursions d’une journée pour faire du shopping en Finlande sont devenues très populaires.

Au début je ne comprenais pas trop l’intérêt, mais j’ai vite pigé. Nous avons deux shampooing identiques, de la même marque. L’un est fait en Russie, l’autre en Finlande. Pourtant, c’est le jour et la nuit. Le shampoing russe, c’est un genre de liquide étrange, alors que le shampoing finlandais est un vrai produit de qualité, grâce auquel les cheveux deviennent soyeux et brillants

Et même pour la viande, le poisson, le lait, ce n’est pas comparable. Pourquoi? Je ne sais pas. Je ne comprends pas pourquoi la petite Finlande fournit à notre pays de produits laitiers. Je ne comprends pas pourquoi minuscule Israël fournit des radis et des fraises à l’immense Russie.

Les prix sont aussi étonnants. Un seul et même produit peut coûter du simple au double qu’il soit chez nous ou en Finlande. Prenez les tee-shirt : de bons tee-shirts américains de montagne coûtent aux États-Unis entre 16 et 20 dollars. En Russie, il coûtera entre 50 à 60 dans la boutique de la marque. Dans un magasin revendeur, 100 dollars. Où est la logique ? Pourquoi ?

Train russe

Train russe

8/ Le huitième point est le manque de respect total des droits et libertés de la personne. Je ne m’étendrai pas sur ce point, me contentant seulement d’évoquer ces mots : «La justice soviétique est la plus humaine de toutes les justices du monde». Cette phrase parle d’elle-même me semble-t-il.

9/ Et voici maintenant le point qui l’emporte sur toutes les précédents. C’est ce point, plus que tous les précédents qui me pousse à déménager dans un autre pays. Je parle de ce que l’on appelle le syndrome du « concierge » : il se résume en deux choses : un manque total de respect d’autrui, et l’intolérance qui tend parfois vers le fascisme.

Imaginez une seconde que suite à un accident, l’ensemble des fonctionnaires du pays périssent tragiquement. Que se passera-t-il un mois, ou une semaine plus tard ? Nous verrons les mêmes visages exactement aux mêmes endroits. Pourquoi? Parce que les gens ne changent pas parce que et que pour tout un tas de raisons qui m’échappent totalement, nous somme dirigés par de telles personnes.

C’est le conducteur de train, hurlant sur une vieille femme, qui ne trouve pas immédiatement billet. C’est la mégère de secrétaire de la polyclinique municipale. C’est un flic qui frappe un type sans raison. C’est le moujik qui fait gicler sa morve sur le trottoir. C’est votre collègue fonctionnaire qui après avoir volé l’agrafeuse vous accuse de voler l’État. C’est la mère qui fait faire ses besoins à son enfant dans les vestiaires publics… Pour ensuite s’indigner parce qu’un jeune s’est soulagé dans l’ascenseur.

Je ne sais pas, je ne sais vraiment pas pourquoi nous avons des gens pareils. A une époque j’ai pensé que l’ère soviétique avait participé à l’égalitarisme par l’élimination des élites… Mauvaise pioche.

J’ai vite compris avec Tolstoï, Saltykov-Shchedrin, Tourgueniev, en un mot nos classiques, dont la lecture m’a fait comprendre que ça a toujours été comme ça. Pourquoi? Je ne sais pas. C’est « historique ».

Ce sont neuf points, qui parlent d’eux-mêmes. Bien sûr, on peut se contredire. Arguer que tout n’est pas aussi effrayant. Arguer qu’il faut se battre pour son bonheur, pour un avenir radieux. Mais pourquoi me battre pour l’avenir? Désolé, les amis, je ne suis pas un guerrier, je suis juste une secrétaire.

 Je ne veux pas de brillant avenir, je souhaite simplement être sereine au présent.

Vous me demandez ce que j’apporte à a la société ? Je me suis souvent posée la question.

Alors non, je ne suis pas un guerrier, non, je ne suis pas une révolutionnaire. Mais peu m’importe qui vaut au-dessus de moi – écolos, communistes, nationalistes, libéraux… Je veux juste une vie tranquille.

Je veux pouvoir faire correctement ce pourquoi je suis douée, et selon moi c’est ce à quoi tout État devrait aspirer. Mais je fais mon travail, ne vole pas, refuse les de pots-de-vin, et respecte mon entourage. Je paie mes impôts, je suis même prête à payer non pas 13% de mon revenu, mais 20 ou même 25%, rien que pour avoir la paix et l’ordre autour de moi. Je suis prête à payer pour avoir des routes lisses, des parcs verdoyants, un air pur et une maison confortable. En ce qui me concerne, il me semble avoir rempli ma part du contrat. Mais où est la partie que l’état doit garantir ? Je ne vois pas.

Au nom de quoi devrions-nous supporter tout ça ? Au nom de l’amour de nos ancêtres ? Je les porte dans mon cœur, pas dans ma terre.

Après avoir lu tout ça vous pensez sûrement que je suis une traître à sa patrie? Tout simplement parce que je veux vivre dans ma maison, et non pas séjourner en cellule ? Parce que je veux vivre et non survivre ? N’apprenez pas et ne prenez pas le pli de corrompre tout ce qui bouge. C’est exactement ce qu’ils veulent.

Naturellement, je ne suis pas plus intelligente qu’un autre. Je suis une personne ordinaire, qui aspire à une vie ordinaire. Est-ce une trahison pour autant ? »

 Source : Gazeta.ru

Traduction : #Ligouchka