Ukraine : son coeur balance entre Bruxelles et Moscou

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Alors que l’Ukraine s’apprête à signer un accord douanier avec l’Union Européenne (UE) fin novembre à Vilnius, la Russie manifeste plus que jamais son mécontentement. Cette Ukraine, qui a pris sa majorité en 1991, s’émanciperait-elle de la mère Russie ?

© Fotolia/ bernanamoglu

Le 18 septembre dernier, le gouvernement ukrainien approuvait un projet d’accord d’association avec l’UE, qui déboucherait probablement sur un accord de libre échange en novembre prochain, dans le cadre sommet du Partenariat oriental à Vilnuis (Lituanie)

Seulement voilà : l’Ukraine détient depuis mai 2013 le précieux statut d’observateur au sein de l’union douanière composée du Kazakhstan de la Russie et de la Biélorussie. Or, l’Ukraine exporte à 60% vers les anciens pays soviétiques dont 38 % vont vers l’Union douanière (Russie, Kazakhstan, Biélorussie) : c’est un exemple de l’importance économique et stratégique de ce marché pour le pays.

Pour résumer, donc, l’Ukraine a postulé pour deux zones de libre échange différentes voire opposées. Or, elle a été reçue dans les deux cas … C’est un véritable choix cornélien qui s’impose ainsi à l’Ukraine.

L’irrésistible tentation vers l’Ouest

Les nombreux avantages que l’entrée du pays la seule zone de libre-échange européenne ne sont plus à prouver : modernisation des normes, évolutions technologiques, accès illimité aux produits européens, nouveau statut sur la scène internationale…

L’Ukraine pourrait même paradoxalement bénéficier d’une récente tolérance de la part de l’Europe : le journaliste Shaun Walker, correspondant à Moscou pour The Guardian, fait remarquer qu’ironiquement, les exigences de l’Union Européenne concernant l’Ukraine sur le plan de la corruption et des droits de l’Homme (Youlia Timochenko, etc.) vont en décroissant face à la pression de la Russie.

Actuellement, les relations entre l’UE et l’Ukraine reposent sur l’accord de partenariat et de coopération (APC) entré en vigueur en 1998. Lors du sommet de Paris organisé en 2008, les dirigeants de l’UE et de l’Ukraine ont convenu qu’un accord d’association devait succéder à l’accord de partenariat et de coopération.

Côté opinion publique, le terrain semble préparé en Ukraine : « Pour la première fois dans notre histoire, plus de 50% de la population soutient l’intégration européenne, et moins de 30% veulent renforcer les liens avec la Russie » expliquait le ministre ukrainien du commerce Petro Porochenko à Yalta ce week-end

Il faut dire que le comportement de la Russie, cet été, n’a pas vraiment joué en sa faveur quand elle a décidé de bloquer les exportations  pendant une semaine. La Russie a ainsi participé à un certain renversement de situation dans les mentalités : les ukrainiens se sont braqués contre la Russie et se sont raccrochés à l’union européenne

« Côté ukrainien, ils ont franchement accru le poids des soutiens pour l’UE, y compris chez les électeurs sceptiques ou indifférents, qui refusent d’être humiliés. Même les oligarques ont décidé de se défendre de façon solidaire. » explique au Monde Arseni Iatseniouk, membre de l’opposition, qui avait également déclaré à cette occasion que M. Poutine méritait une médaille pour avoir poussé l’Ukraine vers l’UE en déclenchait cette guerre commerciale.

D’un autre côté, et Poutine n’hésite pas à le rappeler, il existe des risques soulèvements politiques possibles dans les régions russophones de l’Ukraine (Est et Sud). Ces régions sont en effet dominées par des autorités locales anti-européennes et sont clairement positionnés du côté de la Russie. Mais ce n’est pas la seule carte que Poutine a en main.

Explications du « niet » russe

Vladimir n’apprécierait pas de perdre sa mainmise sur l’Ukraine en premier lieu et tout simplement parce que « Dans le système oligarchique dominant actuellement en Russie, il n’est pas pensable que l’Ukraine prenne son indépendance » (Christian Makarian dans « Allô l’Europe » sur France Inter)

Le Président russe présente toutefois des arguments bien plus recevable qu’un petit caprice géopolitique : par exemple, et cela n’a été contredit par aucun juriste, l’entrée de l’Ukraine dans la zone de libre échange de l’UE, irait à l’encontre du Traité d’amitié, de coopération et de partenariat entre la Fédération de Russie et de l’Ukraine de 1997. En particulier, l’article 13 qui prévoit « la coopération mutuellement avantageuse dans l’économie ». Cette incompatibilité juridique avait déjà été invoqué en 2008 lors de la possible entrée de l’Ukraine dans l’OTAN : Poutine ne veut vraiment pas lâcher sa petite protégée.

Arseni Iatseniouk, député ukrainien et ancien Président de la Rada (Parlement), résume la situation : « Le mur de Berlin est tombé il y a plus de 20 ans et il n’est pas nécessaire d’en construire un nouveau. Mais […] Moscou veut le construire à la frontière entre l’Ukraine et l’UE »

De manière moins juridique, il explique que si l’Ukraine appartient à ces deux zones de libre échange, le pays deviendra une véritable porte d’entrée pour produits russes et asiatiques sur le marché européen. La Russie, explique Poutine, se verra donc dans l’obligation de restreindre au maximum les modalités de l’union douanière eurasiatique.

Les relations russo-ukrainiennes en danger

Quoi qu’il en soit, Moscou a été claire : une fois le dos tournée à la Russie, l’Ukraine ne pourra attendre aucun geste d’aide ou d’amitié de la part de Moscou

Radek Sikorski (ministre ukrainien des affaires étrangères) lui pense que les relations russo-ukrainiennes ne seront que meilleures lorsque l’Ukraine sera intégrée dans le processus européen : il prend l’exemple de la Pologne.

Ces négociations sont donc bien plus tendues qu’elles n’y paraissent, tant les enjeux et les intérêts divers s’entrecroisent, parfois incompatibles entre eux. Pour la Russie, même si l’ « indépendance » de l’Ukraine est une mauvaise nouvelle, il ne s’agit pas de froisser ce pays si stratégiquement important. Pour l’Ukraine, l’idéal serait de bénéficier de l’union douanière européenne tout en gardant Poutine dans sa poche.

#Ligouchka

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