« Ma vie chez les milliardaires russes »

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maviechez

Marie Freyssac est tout ce qu’il y a de plus normal. Française, elle a une trentaine d’années et cherche enfin un boulot stable. Après, certainement, des dizaines d’entretiens d’embauche, elle ne s’attendait pas à ça : une famille d’oligarques russes la recrutent via l’ANPE (oui car il faut faire les choses correctement). C’est ainsi qu’elle fera le voyage jusqu’à Moscou pour jouer le rôle de niania (nounou) avec un salaire à la clé de 5000€ par mois (logée, nourrie, transportée). Dans la capitale russe, parler français et même employer chez soi une gouvernante française devient très en vogue chez les nouveaux riches (« nouveaux russes »).

En Russie, à partir du XVIIIème siècle, le français est pratiqué à la Cour : les aristocrates parlent petit à petit français couramment, imitant Elisabeth 1ère de Russie. Un siècle plus tard, Tolstoï écrira d’ailleurs guerre et paix en français pour moitié. Petit à petit et surtout en raison des troubles politiques, le français n’est plus pratiqué. Les nobles russes vont même jusqu’à prendre des cours de russe auprès du « peuple ».

Aujourd’hui, le russe moyen se contente de rêver de Paris, quand le nouveau riche, lui, se paye des villas à Nice, Cannes, en Corse, et bronze tranquillement chaque été accompagné de tout son petit personnel.

Attention, ce n’est pas parce qu’ils sont riches et puissants que les oligarques agissent avec des manières occidentalisées. En revanche, ils s’adaptent, évidemment, pour les affaires. Ils tirent ainsi une croix sur les chemises en strass, les contrats signés sous l’emprise de vodka et ne se curent plus les dents au restaurant devant un client. Ce curieux mélange de comportement typiquement russe et affreusement américanisé font d’eux des personnages hors norme. Figurez-vous que ce sont ces caractéristiques qui les rendent précisément … Attachants.

Cette singularité marque plus généralement les « peuple nordiques » : les russes sont terriblement froids et distants au premier abord. Cette distance, en Russie, s’accompagne néanmoins d’une soviet touch : les « je ne parle pas aux gens de l’Ouest » sont quotidiens (dans le livre, la réplique est d’ailleurs : « Je ne bois pas avec les gens de l’Ouest ! », pire affront encore de la part d’un slave). L’oligarque, lui, se contentera de vous snober sans un mot, très humiliant. Après avoir « rompu la glace », ils sont désormais prêts à tout pour vous et manifestent un sens de l’amitié redoutable. De manière générale, ce sont ce genre d’extrémismes qui décrivent le mieux les russes. Les oligarques n’échappent pas à ce trait de caractère ; mais leur excès à eux se trouve dans l’argent. Surenchère et démesure marquent leur quotidien : il ne faut pas le plus pratique ou le plus beau des objets, il faut toujours le plus onéreux. En mettre plein la vue, exposer sa richesse, sa beauté, sa réussite autant que possible semble être la principale préoccupation de ces privilégiés. La maison d’à côté est à vendre ? Ils l’achètent, histoire d’éviter de devoir subir de potentiels travaux effectués par de potentiels voisins. Tout est simple. La petite est en retard pour sa sortie au musée ? Papa a à sa disposition un gyrophare qui lui permet d’utiliser la voie spéciale conçue pour les sorties de Vladimir Poutine … Ou les oligarques. Le père de famille détient même un macaron permettant de rouler à contresens.

Ces personnages hauts en couleur développent également une notion de bonheur très particulière, c’est le bonheur à court terme : céder aux caprices et éviter les contrariétés, autant du côté des adultes que des enfants.

La tâche n’est pas évidente : être gouvernante chez les oligarques, c’est donc tout un art. Une fois débarquée dans la maison des Sokolov, sur la « roubliovka » littéralement la route du rouble, (Dmitri Medvedev y vit), Marie doit se plier aux règles. L’art du consensus, l’art de dire ce que l’on souhaite entendre et de ne pas les contrarier. L’art d’être omniprésent tout en étant invisible. Du côté des enfants, ce statut ne confère absolument aucun avantage : ni celui d’être « copain-copain » ni celui d’incarner l’autorité et donc de se faire respecter. Ainsi faut-il leur « donner envie de ranger leur chambre » tout en évitant la crise d’hystérie de l’enfant qui vous lance ses jouets en bois en pleine figure. Évidemment, inutile d’attendre une quelconque reconnaissance de la part de qui que ce soit. Le seul remerciement se matérialise par des grosses coupures en liasses constituant un salaire, lui aussi, démesuré. Les oligarques ont cette marque de fabrique des milliardaires de ne pas savoir aimer autrement qu’en distribuant argent. C’est ainsi que dans un élan d’affection, le père de famille (Artiom) tendra froidement, sans même la regarder, un billet de 5000 roubles (120€) à Marie pour la journée de la femme. De la même manière, le petit garçon, Aliocha, a vite radié le « bonjour » de son vocabulaire au profit d’un « il est où mon cadeau ». S’il n’apporte rien, le visiteur ne mérite pas qu’on lui adresse la parole : affront total. Pourtant, c’est un immense amoncellement de cadeaux datant de plusieurs noëls en retard que les enfants ont dans leur chambre … Décidément, une expérience dont on ne ressort pas indemne.

#Ligouchka

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