URSS 2.0 : qu’est-ce qui se passe ?!

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Poutine a tout compris. La plupart des russes étant profondément nostalgiques de l’URSS (aussi bizarre que cela puisse paraître pour un occidental), il en profite pour entretenir l’esprit soviétique en faisant revivre des valeurs telles que le travail ou le nationalisme exacerbé. L’ayant personnellement constaté, je sais bien à quel point les russes sont passéistes et il m’est arrivé de penser qu’aujourd’hui, seuls les mauvais côtés de l’URSS ont survécus, mêlés aux pires facettes du libéralisme économique, ce qui donne à la population un visage triste, desespéré et … affreusement pauvre. Je ne souhaite pas approfondir l’idée selon laquelle tout est pire aujourd’hui, car je pense très sincèrement que derrière une partie de constat et certainement de vérité, il y a surtout des impressions et des émotions. Les mutations (négatives, dois-je préciser ?) que la Russie est en train de subir m’effraye autant qu’elles m’affectent : ce pays que j’affectionne tant me fait peur, alors que je rêve d’y retourner à la première occasion et – mieux encore – y faire ma carrière.

Quel est cette espèce de société mutante, sorte d’ « URSS 2.0 » que notre cher Vladimir Vladimirovitch est en train de construire ?

Par où commencer … Je me souviens, en 2005, il avait qualifié la disparition de l’URSS de « plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle« . Le 8 décembre 2011, 20 ans, donc, après la chute de l’URSS, Vladimir Vladimirovitch disait regretter que les autorités de l’époque — c’est-à-dire notamment Mikhaïl Gorbatchev — ne se soient pas suffisamment battues pour conserver « l’intégrité territoriale » de l’URSS. Aujourd’hui, ce n’est plus seulement dans les mots qu’il ressuscite l’URSS.

Rétablissement du titre honorifique de « Héro du travail » hérité de l’URSS

Le 29 mars 2013, le président russe signait un décret rétablissant le titre honorifique de « Héros du Travail » supprimé après la chute de l’URSS en 1991. Il demandait par la même occasion aux chaines de télévision de s’inspirer de l’exemple soviétique en accordant plus d’attention à l' »éducation patriotique » des Russes. Ca, c’est fait.

La loi de juillet dernier sur les ONG

Le 13 juillet 2012, on apprend que selon une loi votée par la Douma en troisième et dernière lecture, les ONG – et peut-être bientôt les médias – recevant des financements non russes sont désormais considérées comme des «agents de l’étranger», autrement dit des espions. Ainsi, les députés souhaitent restituer l’usage de la « propiska », enregistrement du lieu de résidence des citoyens auprès de la police, pratique imposée par Staline en 1932. Rien que ça.

Aujourd’hui même, la première ONG accusée de ne pas s’être inscrite au registre des « agents de l’étranger » fait les frais de cette politique et sera poursuivie pénalement par le gouvernement.

« Prêt au travail et à la défense ! »

Ca ne s’arrête plus. Samedi dernier, je lis avec surprise (oui, je suis toujours surprise) que vont être remis au goût du jour les programmes de l’enseignement sportif et militaire tout droit sorti de l’URSS.

Marie Jégo, correspondante à Moscou pour le Monde déplore : « Pourquoi ne pas puiser dans le modèle soviétique ? Marqué par son passé d’ancien agent du KGB, Vladimir Poutine, 60 ans, se montre parfaitement à l’aise dans le registre psychologique de l' »homo sovieticus » : la peur, la paranoïa, l’obsession de la puissance militaire, la haine de l’étranger. C’est le seul modèle qu’il connaisse. L’an III du poutinisme sera donc passéiste. Tant pis pour la modernisation annoncée. » réflexion faisant écho à un excellent éditorial du Monde daté du 31 mars de cette année.

Une volonté de mainmise sur les anciens Etats-satellites : comme au bon vieux temps

Entre 1991 et 1999, Moscou a été contrainte de laisser l’indépendance des ex-satellites soviétiques, n’ayant plus les moyens de les gérer ; la Communauté des Etats indépendants (CEI) étant le cadre spécifique crée pour gérer cette séparation. Maintenant, on observe le phénomène contraire : sans pour autant parler d’Empire Russe ni manifester de volonté expansionniste avouée, ce que nous laissons à Jirinovski (LPDR, extrême droite), la Russie semble souhaiter
récupérer ces ex « colonies ». On remarque effectivement une volonté de restaurer son influence au sein de pays tels que la Biélorussie, le Kazakhstan, l’Ukraine avec notamment l’idée de créer une union « Eurasiatique » évoquée en 2011.

Au-delà de la construction de cet URSS bis, je m’inquiète plus généralement de la normalisation de la répression allant dans le sens contraire de la tolérance et du respect des droits de l’Homme. Loi d’aubaine, la loi anti-homosexuel rend officielle la répression contre les gays. Non seulement on les insultera (et j’en ai été témoin, d’une extrême violence), on les tabassera, les harcèlera, mais les forces de l’ordre pourront les arrêter sans violer le droit.

A quoi s’attendre ? Bientôt une loi contre les étrangers, en plus de celle sur les ONG ? On n’est plus à ça près, la discrimination n’étant pas illégale (figurent de manière récurrente des phrases telles que « SAUF ETRANGERS » ou « UNIQUEMENT CITOYEN RUSSE » sur les annonces de travail ou d’appartement, et ensuite on vous demande si vous êtes bien « de couleur blanche »), pourquoi ne pas carrément la légaliser ?

Célia Mascré

#Ligouchka

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