Lénine était féministe.

Par défaut

Dès la Révolution d’octobre 1917, les femmes russes se voient octroyer des droits politiques de manière fulgurante : droit de vote, droit d’avortement, droit de divorcer par le simple envoi d’une lettre … Contrairement aux pays occidentaux, où le processus d’émancipation était un processus évolutif, la nature organique et de longue haleine de la politique bolchevique était de reconnaître mécaniquement l’égalité entre les hommes et les femmes.

1737583_3_c598_valentina-tereshkova-premiere-femme_2f8c7353f87bd34b08f8c042df8964ad

Valentina Terechkova, première femme cosmonaute à aller dans l’espace

Les ouvrages phares qui ont fait naître les grandes théories marxistes témoignent d’idées profondément féministes. Dans le Manifeste du Parti Communiste (1848), Marx et Engels écrivent : « Avec l’abolition du régime actuel de production disparaîtra la communauté des femmes qui en découle, c’est-à-dire la prostitution officielle et non officielle ». Attention, l’émancipation de la femme en tant que programme politique s’apparente fortement, dans leurs écrits, à l’idéologie du communisme, ce qui implique l’absence de « libération » au sens où nous l’entendons, à savoir au sens de l’épanouissement. En effet, la liberté s’acquière par le travail. Le code de la famille de l’URSS de 1968 a confirmé le rôle central des femmes dans la famille (dans un but simple, la croissance), en référence au fait qu’il « fournit les conditions sociales nécessaires pour la combinaison d’une mère heureuse avec une participation de plus en plus active et créative dans la vie industrielle et socio-politique. » En 1926, 9,2% des femmes sont actives (hors agriculture) tandis qu’en 1939 elles sont déjà 44,7% ! En revanche, nuançons cette avancée en ajoutant qu’aucune ascension dans la hiérarchie n’est constatée pour une femme dans le cadre de son travail. Elles travaillent, certes, mais font du surplace. Pendant longtemps, l’idéologie officielle a refusé aux travailleuses soviétiques une quelconque sexualité ou esthétisme. Ces tabous sociaux sont particulièrement vrais dans la mode. En particulier, au cours de la période du culte de la personnalité où prévalait l’interdiction de vêtements accentuant trop la forme féminine. C’était les occidentales immorales qui tournaient leur vie sur le sexe et le plaisir.

 « L’homme et la femme ont des droits égaux, des libertés égales et des possibilités égales de les exercer », Constitution de la RSRS de 1917

Après les mots, les actes : des droits politiques sont rapidement acquis par les femmes aussitôt après la Révolution d’Octobre 1917. Le divorce est possible pour une femme par une simple demande unilatérale à l’État grâce au Code de la Famille de 1926 qui vient compléter les décrets du 18 et 19 décembre 1917 instituant déjà l’égalité entre la femme et l’homme face au divorce. Les russes l’appelle « le divorce carte postale » tant la procédure est aisée.Ces décrets instaurent également le mariage laïc, amputant ainsi l’Église de son droit de regard sur les mariages (désormais, les jeunes couples auront affaire au ZAGS). En 1920, l’avortement est légalisé par le décret du 18 novembre (grâce à Alexandra Kollontaï). La Russie fait également figure de précurseur en termes de droit de vote, puisqu’elles l’acquièrent en 1917.

Les femmes russes sont donc, en tout cas politiquement, situées sur un pied d’égalité avec l’homme. Ces avancées politiques majeures font de l’URSS un État tout à fait en avance en la matière.

À l’arrivée de Staline au pouvoir, on note une certaine rupture avec ces évoutions. En 1936, il annule le décret qui autorisait en l’avortement thérapeutique, donnant ainsi le ton d’une politique conservatrice. La procédure de divorce redevient complexe, le paiement des pensions alimentaires restreints, et une glorification de la mère de famille en tant que rôle sociétal. En somme, selon Staline, la femme doit se restreindre à un rôle d’ouvrière et de mère.

Clin d’oeil

Une journaliste du journal Novaya Gazeta, dans un article questionnant les raisons de l’absence de féminisme en Russie, écrit : « Contrairement à l’Europe et aux États-Unis, les femmes en Russie ne se battent pas pour le droit de travailler et de gagner de l’argent comme les hommes. Elles se battent pour le droit de dépenser ce que gagnent leurs maris. »

Une maxime très caricaturale, certes, mais une chose est sûre, le féminisme ne prend pas en Russie. En témoigne cet article, en français, d’une jeune étudiante russe :  Mon regard sur le féminisme français

 

Chronologie

8 mai 1916 : Première célébration de la journée internationale des femmes (Saint-Pétersbourg)

1917 : Droit de vote accordé aux femmes

1920 : Légalisation de l’avortement par décret

1936 : Annulation du décret d’avortement thérapeutique par Staline

1963 : La première femme cosmonaute va dans l’espace : c’est Valentina Terechkova

Publicités